Mansour Abbas critiqué par son parti pour sa rencontre avec le maire de Lod
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Mansour Abbas critiqué par son parti pour sa rencontre avec le maire de Lod

Le secrétaire du Mouvement islamique a condamné une visite "inappropriée et malencontreuse" avec Yair Revivo, ancien chef de campagne du Likud, peu apprécié par les Arabes de Lod

Le chef du parti Raam Mansour Abbas rencontre le maire de Lod,  Yair Revivo, le 17 mai 2021. (Capture d'écran :  Kan)
Le chef du parti Raam Mansour Abbas rencontre le maire de Lod, Yair Revivo, le 17 mai 2021. (Capture d'écran : Kan)

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, a été âprement critiqué à l’intérieur même de son parti islamiste, dimanche, pour sa rencontre avec le maire de Lod, Yair Revivo, suite à d’importantes émeutes dans les villes arabes israéliennes.

Abbas a rencontré le maire controversé pendant une visite de la ville, au cours de laquelle l’islamiste a aussi juré de reconstruire les synagogues de la municipalité. Plusieurs ont été incendiées pendant les nombreux épisodes de violences, ces derniers jours.

« C’est important, Yair, nous avons une mission très difficile à relever – faire revivre les relations entre Juifs et Arabes », a dit Abbas à Revivo alors qu’ils visitaient ensemble une synagogue.

Abbas a appelé de ses vœux une coopération plus importante entre Arabes et Juifs et une meilleure intégration, au cours de ces derniers mois. Son parti a tenté de rejoindre, pour la toute première fois, une coalition de formations politiques sionistes.

Mansour Abbas, chef du parti Raam, dirige une réunion de faction, au Parlement israélien, le 19 avril 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Mais au cours de la dernière semaine, les villes mixtes ont connu certains des pires affrontements ethniques à avoir eu lieu dans le pays depuis des décennies. Abbas et d’autres leaders arabes ont condamné ces violences, en vain.

Lod, en particulier, a été touché par des échauffourées intenses entre Juifs et Arabes israéliens. Plusieurs synagogues ont été incendiées, des bandes arabes ont mis le feu à des voitures, des extrémistes juifs ont jeté des pierres à des Arabes israéliens et un résident de Lod a essuyé des tirs, succombant à ses blessures, pris pour cible par un Juif israélien dans des circonstances encore peu claires.

La rencontre d’Abbas avec Revivo, dimanche, a entraîné la colère de la Branche du sud du Mouvement islamique, dont Raam est l’aile politique. Le secrétaire-général du groupe islamiste, Ibrahim Hejazi, a critiqué la visite, disant qu’elle n’était « que personnelle, quoique inappropriée et malencontreuse ».

« Ces dernières années, Revivo a lancé des attaques racistes à l’encontre de la population arabe et de la présence arabe à Lod », a dit Hejazi.

Le post plein de reproche de Hejazi a été partagé par plusieurs membres éminents du parti d’Abbas, notamment par l’ancien député Iman Khatib-Yassin. La branche du mouvement islamique de Lod a, elle aussi, dénoncé la réunion.

De nombreux habitants arabes de Lod éprouvent du mépris pour Revivo, ancien chef de campagne électorale du parti du Likud qui, selon eux, s’est livré à des incitations à la violence à leur encontre et dont les politiques visent à les expulser de la ville.

Yair Revivo vote aux élections municipales dans un bureau de vote de la ville de Lod, dans le centre du pays, le 22 octobre 2013. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Le maire a déclaré de manière répétée que la culture arabe était intrinsèquement violente. En 2015, il avait dit au journal Makor Rishon que l’arrivée de Juifs religieux avait « sauvé » Lod qui, selon lui, était menacée de devenir une ville arabe.

« Lod aurait pu devenir une ville arabe, contrôlant notre seul aéroport avec tout ce que cela implique », avait-il commenté à l’époque, exprimant sa reconnaissance face à l’arrivée d’une vague de Juifs religieux dans la municipalité.

Pour sa part, Abbas a affirmé dans une publication sur Facebook que sa rencontre avec le maire était « une coïncidence » et qu’il avait accepté spontanément son invitation à se rendre dans une synagogue en sa compagnie. Mais il a également estimé que son entretien avec Revivo avait été important pour ramener le calme dans la ville, en proie aux tensions.

« Et pour tous ceux qui m’attaquent en disant que j’ai rencontré un partisan du mouvement pro-implantation, je réponds que je l’ai rencontré en tant que maire de Lod. Je l’ai rencontré parce qu’il représente l’autre partie dans le conflit », a dit Abbas.

Ces dissensions internes surviennent à un moment critique pour Abbas, qui espère tirer des bénéfices pour son parti Raam de la part du prochain gouvernement israélien. C’est une opportunité rare pour un parti arabe israélien : Jusqu’à présent, jamais aucun n’avait été déterminant dans la mise en place d’une coalition au sein de l’État juif.

Abbas a juré de proposer un nouveau paradigme dans la politique arabe israélienne, souhaitant que la communauté, longtemps marginalisée, devienne décisionnaire et influente. Dans ce cadre, il a montré sa volonté de siéger auprès de politiciens qui, selon les Arabes israéliens, sont racistes, comme Naftali Bennett, leader de Yamina, ou le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Ses critiques arabes l’accusent d’opportunisme, disant que sa volonté d’intégrer un gouvernement de coalition d’extrême-droite dénote son manque de principes. Il a indiqué qu’il ne siégerait ni aux côtés du bloc soutenant Netanyahu, ni aux côtés du bloc rejetant le Premier ministre, mais qu’il chercherait plutôt à établir un partenariat avec les formations, quelles qu’elles soient, qui s’engageraient à prendre en charge les besoins de ses électeurs arabes.

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