Marche des vivants: l’histoire se répète, avertissent des survivants de la Shoah
Rechercher

Marche des vivants: l’histoire se répète, avertissent des survivants de la Shoah

"L'époque me rappelle les années 1930", a déclaré Hedy Bohm à Birkenau, alors que l'on enregistre une recrudescence de l'antisémitisme dans le monde

L'ancienne prisonnière du camp de concentration d'Auschwitz et plaignante Hedy Bohm arrive pour le procès de l'ancien officier SS allemand Oskar Groening dans un tribunal à Lueneburg, dans le nord de l'Allemagne du nord, le mercredi 1 juillet 2015. (Ronny Hartmann/Pool Photo via AP)
L'ancienne prisonnière du camp de concentration d'Auschwitz et plaignante Hedy Bohm arrive pour le procès de l'ancien officier SS allemand Oskar Groening dans un tribunal à Lueneburg, dans le nord de l'Allemagne du nord, le mercredi 1 juillet 2015. (Ronny Hartmann/Pool Photo via AP)

AUSCHWITZ-BIRKENAU, Pologne — La recrudescence d’attaques antisémites au cours des dernières années rappelle l’époque ayant précédé la Deuxième Guerre mondiale en Europe, a prévenu une survivante de la Shoah mercredi. D’autres s’accordent à dire que l’antisémitisme fait un retour en force, un jour avant leur participation à l’événement annuel de la Marche des Vivants.

« Pendant des années, je pense que beaucoup de survivants ont eu le sentiment que cette époque nous rappelait les années 1930 », a déclaré Hedy Bohm au Times of Israel à Birkenau, le camp de la mort nazi auquel elle a survécu il y a 75 ans.

« Malheureusement, j’ai le même sentiment – que l’humanité n’a pas retenu la leçon, que nous sommes incapables d’apprendre. L’histoire se répète. Nous essayons de nous souvenir, nous essayons d’être plus intelligents, nous essayons, et c’est tout ce que nous pouvons faire – continuer d’essayer », a déclaré Bohm, qui aura 92 ans le 11 mai prochain. Cette native de Roumanie participera à sa sixième Marche des Vivants en Pologne jeudi.

La marche de cette année intervient dans un contexte de forte recrudescence des incidents, des attaques et de la rhétorique antisémites dans le monde, dont le dernier épisode tragique a été la fusillade à la synagogue de Poway en Californie, où une fidèle a été tuée et trois autres blessés, dont une fille israélienne de huit ans et le rabbin de la communauté.

Edward Mosberg, tenant un rouleau de la Torah, lors d’une Marche des Vivants en 2018 dans l’ancien camp de la mort d’Auschwitz en Pologne. (Crédit Des profondeurs).

Mercredi, des chercheurs de l’université de Tel Aviv ont déclaré que 2018-2019 a vu « une augmentation de presque toutes les formes de manifestations antisémites, dans l’espace public mais aussi privé ». De nombreux Juifs de la Diaspora se sentent de plus en plus en insécurité et se posent des questions sur leur place dans la société, ont-ils indiqué.

Selon leur étude, les attaques ciblant les Juifs ont augmenté de 13 % en 2018, avec notamment la terrible fusillade mortelle qui a tué 11 fidèles à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh le 27 octobre dernier.

Une autre étude de l’Anti-Defamation League (ADL) publiée cette semaine a révélé une hausse de la violence contre les Juifs aux Etats-Unis.

« En Europe, au Canada et aux Etats-Unis, l’antisémitisme est de retour », a déclaré Max Eisen, âgé de 90 ans, qui prendra part à sa 21e Marche des Vivants. « C’est effroyable ».

Max Eisen à Cracovie en Pologne le 30 avril 2019. (Crédit: Yoav Etiel)

Eisen, un intervenant de premier plan, a publié un livre l’année dernière intitulé « By Chance Alone » (Seulement par chance), qui narre sa survie dans les camps de concentration d’Auschwitz et de Mauthausen.

Il a donné un exemple personnel d’un incident antisémite : sa photo affichée à côté de la synagogue de Toronto a été vandalisée en juillet dernier. Le mot allemand « Achtung« , que les nazis disaient aux Juifs dans les camps de concentration et qui signifie « attention », y a été gribouillé sur son front.

« Je connais ce mot d’Auschwitz », a déclaré Eisen, « et cela se produit aujourd’hui en Amérique du nord ».

« Les Juifs ne sont pas conscients de ce qui se produit, beaucoup d’entre eux ne comprennent pas cela, alors j’essaie d’éduquer les générations. J’espère qu’ils pourront raconter cette histoire quand nous ne pourrons plus le faire », a-t-il ajouté.

« Malheureusement, l’antisémitisme est encore très présent. Et je dis cela le cœur lourd », a déclaré Renata Brailovsky, âgé de 88 ans, dont la famille a pu fuir l’Allemagne pour le Chili avant le début de l’extermination des Juifs.

« Je suis bouleversée », a-t-elle déclaré ajoutant qu’elle se rendait en Pologne pour la première fois afin de participer à la Marche des Vivants.

« Mon objectif est que mes enfants sachent que je souhaite laisser un témoignage, de ce que cela signifie d’être juif », a-t-elle déclaré. « Am Yisrael Chai. »

Des jeunes juifs du monde entier participent à la Marche des vivants au camp d’Auschwitz-Birkenau en Pologne le 11 avril 2018 (Crédit : Yossi Zeliger / Flash90)

Ces craintes sont partagées par les organisateurs de la Marche.

« Je pense que ce que nous traversons actuellement – et pas seulement aujourd’hui mais ces dernières années – est un regain très grave de l’antisémitisme », a déclaré Shmuel Rosenman, le président et co-fondateur de la Marche des Vivants, au Times of Israel.

« Plus nous avançons dans le temps plus le nombre de survivants de la Shoah encore en vie diminue, plus l’antisémitisme revient et s’affirme partout dans le monde », a-t-il continué. « Je pense qu’à travers la Marche des Vivants, nous pouvons venir dire haut et fort au monde : nous ne laisserons pas passer cela, nous le combattrons – pas seulement nous en tant que Juifs, mais tout le monde – et de cette manière, peut-être pourrons-nous éviter que cela ne se reproduise ».

Plus de 10 000 jeunes juifs et non juifs de 40 pays, ainsi que des dizaines de survivants de la Shoah et des dignitaires du monde entier, doivent participer à la 31e édition internationale et annuelle de la Marche des Vivants, une marche de trois kilomètres reliant Auschwitz à Birkenau.

Contrairement à l’année dernière, l’absence d’officiels importants de l’Etat juif et du pays hôte, la Pologne, est à noter.

L’ambassadeur américain en Israël David Friedman lors du 6ème forum global de lutte contre l’antisémitisme de Jérusalem, le 19 mars 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour la première fois, les Etats-Unis y enverront une délégation officielle, dirigée par l’ambassadeur en Israël, David Friedman. Seront également présents : celui basé en Allemagne Richard Grenell, l’ambassadrice en Pologne Georgette Mosbacher, et l’envoyé spécial pour la surveillance et la lutte contre l’antisémitisme, Elan Carr.

La délégation se rendra ensuite dans l’État juif.

Un groupe d’ambassadeurs des Nations unies participera aussi à la marche, avant d’aller en Israël, où il restera pour les célébrations de l’Indépendance du pays prévues la semaine prochaine. Les diplomates ont répondu à l’invitation du mouvement sioniste américain et de la Marche internationale des Vivants.

Ils visiteront le pays pour en apprendre plus sur la terre, l’histoire juive et le sionisme, et recevoir des informations sur les défis sécuritaires auxquels fait face Israël. Ils participeront notamment à des discussions et des réunions de haut rang.

JTA a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...