Masad Barhoum : Alléger le confinement maintenant est une « grosse erreur »
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Masad Barhoum : Alléger le confinement maintenant est une « grosse erreur »

Pour le directeur de l'hôpital de Nahariya, les hôpitaux sont toujours en train de lutter contre le virus et la faible vaccination chez les Arabes est un danger

Des Israéliens jouent au tennis sur une route vide pendant le confinement imposé par le gouvernement pour aider à réduire la propagation du coronavirus à Ramat Gan, près de Tel Aviv, le 9 avril 2020. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
Des Israéliens jouent au tennis sur une route vide pendant le confinement imposé par le gouvernement pour aider à réduire la propagation du coronavirus à Ramat Gan, près de Tel Aviv, le 9 avril 2020. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

L’allègement du confinement est une « grosse erreur » et Israël aurait dû, à la place, se mettre à l’arrêt complet pendant deux semaines « comme le pays le fait à Yom Kippour », a affirmé le directeur d’un hôpital.

Masad Barhoum, du centre médical de Galilée à Nahariya, est « très inquiet au sujet du taux de morbidité » constaté au sein de l’Etat juif et il craint que si la situation ne devait pas s’améliorer à ce niveau, les hôpitaux « ne soient plus en mesure de prendre soin de tout le monde ».

Barhoum, premier directeur arabe d’un hôpital public, a tiré la sonnette d’alarme au vu du faible taux de vaccination enregistré au sein de la population arabe israélienne. Il a noté que cette dernière était en contact avec les Palestiniens qui ne sont pas encore vaccinés, et que le taux d’infection au virus dans cette communauté pouvait en conséquence rester élevé, sans faiblir.

Seuls 23 % des Arabes âgés de 16 ans et plus sont vaccinés, selon les chiffres du ministère de la Santé, contre 48 % dans la population générale. Les calculs du ministère prennent en compte tous les individus ayant reçu la première dose du vaccin depuis au moins quinze jours.

Un membre de l’équipe médicale du Magen David Adom, portant un équipement de protection, manipule un test de coronavirus effectué sur un patient à Jérusalem, le 17 avril 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Barhoum a demandé avec force aux Arabes israéliens de se faire vacciner au cours d’une visite réalisée dans son établissement par le président Reuven Rivlin, dans la journée de dimanche. « Je vous implore d’aller vous faire vacciner », a-t-il dit en arabe. « C’est notre seul espoir. Des millions de personnes ont d’ores et déjà reçu le vaccin et rien de mauvais, ni de dangereux ne leur est arrivé ».

Actuellement, la population arabe affiche un taux de transmission du coronavirus sensiblement plus élevé que celui d’Israël de manière générale : 0,95 contre 0,84. Cette statistique se réfère au nombre moyen de personnes contaminées par un seul porteur confirmé de la COVID-19.

En Israël, plus globalement, il y a encore trop d’infections et pas suffisamment de vaccinations pour justifier les initiatives en faveur d’un retour à la normale qui sont actuellement entreprises, a estimé Barhoum, qui siège au sein d’une commission de conseil du ministère de la Santé, auprès du Times of Israel lors d’un entretien, ce week-end.

« On lève le confinement mais c’est une grosse erreur », a-t-il ajouté. « Nous ne sommes pas encore parvenus à l’immunité de groupe et je pense que si on veut atteindre le niveau où la nation sera vraiment forte – socialement, économiquement et dans le système scolaire – il faudrait qu’il y ait au moins cinq millions de personnes qui aient déjà bénéficié de leur deuxième injection ».

La campagne de vaccination a connu un ralentissement, ces derniers jours. Le pays est actuellement à mi-parcours de la cible définie par Barhoum concernant la vaccination avec 2,5 millions d’individus qui ont reçu les deux doses du vaccin. D’ici trois semaines, 1,5 million d’Israéliens auxquels la première dose a été administrée bénéficieront de la seconde. Mais il faudrait encore un million de personnes pour atteindre l’objectif défini par le dirigeant de l’hôpital de Galilée.

Une unité de traitement du coronavirus au centre médical de Galilée. (Ancho Gosh Jini Photo Agency via Galilee Medical Center)

« Nous devrions mettre en place encore deux semaines de confinement du pays, comme celle qui intervient lors de Yom Kippour – sans voyage, sans magasin ouvert », a-t-il continué. « Si on veut faire baisser le taux de transmission, nous devons vacciner un million de personnes de plus et donner de l’espoir. Si un confinement continu n’est pas maintenu, alors nous allons connaître une morbidité élevée et les hôpitaux ne seront pas capables de résister à la pression ».

Dimanche, Barhoum a dépeint au président les pressions extrêmes connues par son établissement. « Nous travaillons dans un contexte de pénurie constante et le coronavirus a établi très clairement notre besoin de ressources humaines professionnelles », a-t-il dit. « Il nous manque au moins 60 médecins pour nos unités. Il nous manque 20 % de personnel. Au cours de cette vague, nous avons traité 1 195 patients, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. »

Barhoum a dit au Times of Israel qu’il était déçu par le rythme lent des vaccinations chez les Israéliens âgés de moins de 50 ans – un manque de mobilisation de la population qui, selon lui, est choquant au vu de ce que lui-même constate au sein de ses unités. « Un quart de mes patients ont moins de 50 ans et nous avons même un malade de 22 ans dans nos services », a-t-il expliqué. « Certains sont atteints de maladies chroniques mais d’autres n’ont aucune comorbidité », a-t-il ajouté.

« Je ne sais pas pourquoi les Israéliens âgés de moins de 50 ans ne vont pas se faire vacciner. Peut-être pensent-ils que c’est une maladie de personnes âgées, mais ce n’est pas le cas. Et peut-être ont-ils peur du vaccin mais ils ne devraient pas le redouter : Il est très sûr », a-t-il continué.

Dimanche, Barhoum s’est rendu en compagnie de Rivlin au chevet de Shimon Kakon, originaire d’Akko et âgé de 57 ans. « Cela fait douze jours que je suis là », a expliqué le malade. Avant « d’arriver ici dans un sale état, je ne me rendais absolument pas compte de la gravité de cette maladie épouvantable. Je lisais bien les informations et je regardais aussi la télé, mais je n’avais pas compris. Ici, tout le monde travaille avec acharnement, 24 heures sur 24, c’est la folie. Le pays doit leur donner davantage », a-t-il indiqué.

Masad Barhoum (à gauche) rencontre le président Reuven Rivlin au centre médical de Galilée le 14 février 2021. (Autorisation : Centre médical de Galilée)

Barhoum a noté être particulièrement inquiet concernant les hésitations de la communauté arabe – où le rythme de la campagne de vaccination est plus lent que dans la population israélienne en général- face au vaccin. « C’est un problème important parce que si on veut l’immunité de groupe, il faut un bon pourcentage », a-t-il dit.

Il a précisé que les Infox étaient endémiques chez les Arabes israéliens : « Ils entendent un grand nombre de fake news et ils ont peur d’aller se faire vacciner. Il y a beaucoup, beaucoup d’infox qui suggèrent des choses comme un éventuel changement de votre ADN suite à la vaccination », a-t-il déploré.

Une situation qui est particulièrement inquiétante dans la mesure où de nombreux Arabes entretiennent des contacts avec des Palestiniens de Cisjordanie qui ne sont pas encore vaccinés, a remarqué Barhoum.

« De nombreux Palestiniens entrent en Israël et certains de façon clandestine », a-t-il déclaré. « Nous savons également que des Arabes se rendent dans la ville palestinienne de Jénine et ailleurs et si les voyages deviennent plus faciles à faire après le confinement, et que nous ne sommes pas suffisamment vaccinés, alors il va y avoir des problèmes… C’est une problématique qui doit être prise en compte dans l’urgence », a-t-il martelé.

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