Moshe Yaalon favorable à une coalition minoritaire soutenue par la Liste arabe
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Moshe Yaalon favorable à une coalition minoritaire soutenue par la Liste arabe

Avec l'appui de la faction Telem au sein de Kakhol lavan et d'Yisrael Beytenu, Gantz pourrait avoir plus de soutien que Netanyahu ; Liberman veut envoyer ce dernier "à la retraite"

Le député Kakhol lavan Moshe "Boogie" Ya'alon arrive au siège du parti à Tel Aviv, le soir des élections, le 2 mars 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le député Kakhol lavan Moshe "Boogie" Ya'alon arrive au siège du parti à Tel Aviv, le soir des élections, le 2 mars 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le député Moshe Ya’alon, un ancien ministre de la Défense faucon qui a autrefois servi sous le Premier ministre Benjamin Netanyahu, serait favorable à un gouvernement minoritaire dirigé par Benny Gantz et soutenu extérieurement par la Liste arabe unie.

Selon le quotidien Haaretz, Ya’alon a récemment changé d’avis sur un tel scénario après s’y être opposé auparavant et a exprimé son soutien à un gouvernement minoritaire lors de deux réunions récentes, à condition que la faction dure de la Liste arabe unie, Balad, soit exclue.

Ya’alon est le numéro 3 de Kakhol lavan et le chef de la faction Telem, relativement belliciste, au sein du parti centriste. Le chef de l’alliance centriste, Benny Gantz, aurait accusé deux membres de cette faction d’avoir contrecarré une tentative similaire de former un gouvernement minoritaire qui serait renforcé par les partis arabes après les élections de septembre.

À cette occasion, il aurait blâmé les députés Yoaz Hendel et Tzvika Hauser, deux anciens conseillers de Netanyahu. On ignore s’ils s’allieraient cette fois-ci avec Ya’alon et rejoindraient un gouvernement minoritaire aux côtés de la Liste arabe unie. Les deux intéressés ont nié mardi qu’ils envisageaient de changer de camp et de soutenir une coalition dirigée par leur ancien patron.

Yoaz Hendel (à gauche) et Zvi Hauser, députés du parti Kakhol lavan, à la Knesset, avant l’ouverture de la session parlementaire du nouveau gouvernement, le 29 avril 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Yisrael Beytenu devrait recommander au président Reuven Rivlin de charger Gantz de former un gouvernement, selon des informations rapportées par des médias jeudi, ni confirmées ni démenties par le parti.

Avec le soutien de Liberman, Gantz pourrait recevoir plus de recommandations que Netanyahu, ce qui compliquerait le choix de Rivlin pour déterminer à qui donner la première chance de former un gouvernement.

Bien que ni l’un ni l’autre n’ait obtenu la majorité à la Knesset lors des élections de lundi, Benjamin Netanyahu peut compter sur le soutien de 58 députés et son Likud est arrivé en tête du scrutin. Mais si Avidgor Liberman et l’ensemble des partis principalement arabes recommandaient Gantz, ce dernier disposerait de 62 soutiens. Même si la faction Balad de la Liste arabe unie, composée de trois députés, décidait de ne pas soutenir Gantz, comme cela s’est produit en septembre, le leader de Kakhol lavan en aurait quand même 59.

Jeudi soir, on ne savait toujours pas si la Liste arabe unie, forte de 15 sièges, soutiendrait le dirigeant centriste, comme la plupart de ses membres l’ont fait après les élections de septembre, ou s’abstiendrait. En septembre, Yisrael Beytenu avait refusé de soutenir un candidat. Les relations de la Liste arabe unie avec Gantz se sont détériorées ces dernières semaines, ce dernier ayant catégoriquement exclu de rechercher le soutien de celle-ci à une éventuelle coalition majoritaire.

Un porte-parole d’Yisrael Beytanu a refusé de commenter les informations ou de confirmer ou nier que le parti recommanderait Gantz comme Premier ministre au président.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef du parti Yisrael Beytenu, Avidgor Liberman, après la signature de l’accord de coalition, à la Knesset, le mercredi 25 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La décision de Liberman de soutenir Gantz vise également à donner à Kakhol lavan le contrôle du poste de président de la Knesset, permettant aux partis d’opposition de faire avancer une législation qui empêcherait une personne faisant l’objet d’une mise en examen de former un gouvernement – ce qui aurait pour effet de disqualifier Netanyahu, rapportait le quotidien Haaretz jeudi.

Le parti de Liberman a annoncé son soutien au projet de loi de Kakhol lavan plus tôt jeudi. L’alliance centriste chercherait également à évincer le président de la Knesset, Yuli Edelstein, membre du Likud, afin de s’assurer qu’il ne torpille pas le projet législatif.

Après avoir tenu une réunion de faction plus tôt jeudi, Yisrael Beytenu a fait savoir dans une déclaration qu’il avait décidé « de procéder à l’avancement de deux lois » : la première limitera l’exercice de la fonction de Premier ministre à deux mandats. La seconde loi empêchera un député mis en examen de former un gouvernement. »

La législation vise directement Netanyahu, qui a occupé quatre mandats de Premier ministre et est inculpé pour corruption, escroquerie et abus de confiance dans trois affaires l’incriminant ; son procès doit commencer le 17 mars.

« C’est la première étape », a déclaré M. Liberman aux responsables d’Yisrael Beytenu lors de consultations internes jeudi, selon les médias. « Maintenant, nous attendons tranquillement et nous laissons les choses évoluer. Une chose est claire : nous ne laisserons pas Netanyahu pousser à une quatrième élection. Notre objectif est d’établir un gouvernement le plus rapidement possible et d’envoyer Netanyahu à la retraite. »

« Même les membres du Likud à la Knesset qui me parlent me disent : ‘bravo pour cette initiative. Ils veulent voir Netanyahu terminer son mandat et quitter [la résidence du Premier ministre] Balfour », a-t-il ajouté.

Avidgor Liberman, leader de Yisrael Beytenu, visite le centre commercial Sarona Market à Tel Aviv le jour des élections, le 17 septembre 2019. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Yisrael Beytenu rejoint les députés de Kakhol lavan, du Parti travailliste-Gesher-Meretz et de la Liste arabe unie qui ont indiqué qu’ils soutiendraient une législation empêchant Netanyahu de former une coalition. Si tous les membres de ces quatre formations la soutiennent, la loi sera adoptée avec une majorité de 62 voix favorables.

Jeudi, le Premier ministre sortant a accusé Gantz et Liberman de chercher à défier la volonté de millions d’électeurs. Le président autoritaire de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, « a beaucoup à apprendre d’eux », a-t-il tancé. « Même l’Iran ne se comporte pas comme ça. »

Gantz a proposé une telle loi après les élections de septembre, mais elle a été rejetée à l’époque par Liberman.

Le chef du parti de centre-gauche Benny Gantz aux côtés de sa femme Revital à la sortie d’un bureau de vote à Rosh Hayin, le 2 mars 2020. (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Le conseiller juridique de la Knesset, Eyal Yinon, a précisé mercredi qu’aucune loi ne pouvait être adoptée avant qu’un nouveau Parlement ne prête serment. Mais Kakhol lavan ne prévoit de déposer le projet de loi qu’après l’intronisation de la nouvelle Knesset, le 16 mars.

Après le décompte de plus de 99 % des voix, le Likud et ses alliés ont obtenu 58 sièges au total. Le bloc religieux de droite qui soutient Benjamin Netanyahu – composé du Likud, du Shas, de Yahadout HaTorah et de Yamina – n’a donc pas obtenu les 61 sièges nécessaires pour former un gouvernement, et ses rivaux semblent certains de détenir une majorité à la prochaine Knesset. Ces chiffres ont été confirmés jeudi par la Commission électorale centrale, bien qu’ils n’aient pas encore été officiellement publiés.

Une loi similaire à celle proposée par Kakhol lavan, qui évincerait un Premier ministre mis en examen, a été soutenue par Netanyahu lui-même en 2008, alors qu’Ehud Olmert était accusé de corruption, ont rapporté les médias. La loi n’a pas été adoptée, mais Olmert a démissionné avant sa mise en examen.

On ignore encore si le projet d’adopter une loi interdisant à une personne accusée de corruption d’occuper le poste de Premier ministre était techniquement possible, certains observateurs faisant valoir que les projets de loi d’initiative parlementaire et non gouvernementale ne peuvent pas être présentés pendant un gouvernement de transition.

Kakhol lavan est apparemment convaincu que c’est possible, et que cela n’est pas différent de la proposition de loi du Likud visant à dissoudre la Knesset et à convoquer de nouvelles élections, comme cela s’est produit l’année dernière.

Jacob Magid et Raoul Wootliff ont contribué à cet article.

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