« Ne me menacez pas ! » aurait hurlé Kushner à Erekat lors d’une dernière réunion
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« Ne me menacez pas ! » aurait hurlé Kushner à Erekat lors d’une dernière réunion

Le Palestinien a évoqué une conversation violente alors que le conseiller spécial de Trump lui annonçait que les USA allaient reconnaître Jérusalem et déplacer l'ambassade

Le conseiller principal du président des États-Unis, Jared Kushner, est photographié avant d'être décoré de l'Ordre de l'Aigle aztèque du Mexique par le président mexicain Enrique Pena Nieto à Buenos Aires, le 30 novembre 2018, en marge du Sommet des dirigeants du G20. (SAUL LOEB / AFP)
Le conseiller principal du président des États-Unis, Jared Kushner, est photographié avant d'être décoré de l'Ordre de l'Aigle aztèque du Mexique par le président mexicain Enrique Pena Nieto à Buenos Aires, le 30 novembre 2018, en marge du Sommet des dirigeants du G20. (SAUL LOEB / AFP)

Saeb Erekat, haut responsable de l’Autorité palestinienne (AP), a décrit sa dernière rencontre belliqueuse avec le gendre et conseiller du président américain Donald Trump, Jared Kushner, avant que Washington annonce en décembre dernier que Jérusalem serait reconnue comme capitale d’Israël.

Le 30 novembre 2017, moins d’une semaine avant que Trump n’annonce qu’il reconnaissait Jérusalem et y transférait l’ambassade américaine – une décision qui a conduit l’AP à rompre ses liens avec l’administration – Kushner a reçu Erekat à la Maison Blanche, a déclaré Erekat au Forum de Doha sur la politique internationale au Qatar dimanche, dans des commentaires cités par Buzzfeed.

M. Erekat a déclaré qu’au cours de la réunion, il avait rappelé à M. Kushner que M. Trump devait signer la dérogation présidentielle retardant le déménagement de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, qui avait été décidé par le Congrès américain en 1995.

Kushner, indique-t-il, lui a alors répondu : « Nous ne signerons pas ».

« Je lui ai rétorqué : ‘Que voulez-vous dire par nous n’allons pas signer ? Le président nous a promis à la Maison Blanche qu’il ne prendrait aucune mesure qui pourrait prédéterminer ou préjuger le statut de Jérusalem, pas avant les négociations' », a rappelé Erekat.

Saeb Erekat s’adresse aux journalistes dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 1er septembre 2018. (AFP/Ahmad Gharabli)

Kushner, qui est marié à Ivanka, la fille de Trump, a répondu : « C’est notre affaire et nous mènerons nos politiques en fonction de nos intérêts », a rapporté M. Erekat.

M. Erekat a ensuite déclaré que si le transfert de l’ambassade avait lieu, les Etats-Unis se « disqualifieraient » de tout rôle dans le processus de paix.

Kushner a répondu : « Ne me menacez pas ! », ce à quoi Erekat répondit : « Ecoutez-moi bien. Vous vous disqualifierez de tout rôle dans le processus de paix ».

« Vous ignorez les changements qui se produisent autour de vous dans le monde arabe », aurait déclaré M. Kushner.

« Ce qui compte pour moi, c’est d’apprendre, alors instruisez-moi », répondit Erekat. Kushner aurait répondu en criant : « Ne soyez pas sarcastique ! »

M. Erekat a expliqué au forum qu’il a ensuite essayé d’expliquer son point de vue et de mettre en garde contre les conséquences désastreuses que pourrait avoir le déménagement de l’ambassade.

« Pensez-vous que les pays arabes ouvriront des ambassades à Tel Aviv et reconnaîtront Jérusalem, avec la mosquée Al-Aqsa, comme capitale d’Israël ? » a-t-il expliqué à Kushner. « Pour eux, Jérusalem est une ligne rouge – tous ! Saoudiens, Qataris, Egyptiens, Jordaniens, Bahreïnis. Alors de quoi parlez-vous ? »

Kushner n’a pas voulu se justifier. « C’est notre affaire, notre politique », aurait-il dit.

« Si vous faites cela, vous amènerez Israéliens et Palestiniens au bord du désastre », a dit Erekat à Kushner, en guise d’avertissement.

Le président américain Donald Trump signe la déclaration de reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, à la Maison Blanche, le 6 décembre 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)

Le 7 décembre 2017, Trump a annoncé qu’il reconnaissait Jérusalem comme capitale d’Israël et qu’il avait chargé le département d’État d’entamer les préparatifs en vue du transfert de l’ambassade des États-Unis dans cette ville. L’Autorité palestinienne boycotte Washington depuis lors et, le 14 mai, la nouvelle ambassade a ouvert ses portes dans le quartier Arnona de Jérusalem.

Quelques heures après sa déclaration de décembre, Trump a signé la dérogation et l’a signée de nouveau en juin 2018, ce qui constitue un véritable tour de passe-passe bureaucratique.

Cette décision de Trump a été rendue nécessaire par le fait que la résidence officielle de l’ambassadeur n’avait pas encore été transférée dans la capitale.

La décision américaine a plongé les relations avec l’AP dans une spirale descendante. Compte tenu de la rupture des liens de Ramallah, les États-Unis ont coupé toute aide aux Palestiniens cette année, à l’exception des quelque 42 millions de dollars qu’ils reçoivent pour les efforts de coopération en matière de sécurité. Ils ont également fermé la mission de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington DC.

Le plan de paix israélo-palestinien de l’administration Trump devrait être mis en œuvre dans les mois à venir. Bien que l’administration Trump vante depuis longtemps son plan de paix, les détails en ont été peu nombreux et les Palestiniens se sont engagés à ne pas coopérer avec les efforts américains.

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