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Neguev: Une firme polluante va nettoyer en échange de l’extension de sa concession

Rotem Amfert et sa société mère, le groupe ICL, garantissent de remédier à des décennies de pollution causées par l'exploitation du phosphore et de réhabiliter les sols et les eaux

Le mur écroulé dans un bassin d'évaporation de la firme ICL Rotem (ex-Rotem Amfert Neguev Ltd), le 27 janvier 2020. (Autorisation : Rael Horwitz, HaMaarag)
Le mur écroulé dans un bassin d'évaporation de la firme ICL Rotem (ex-Rotem Amfert Neguev Ltd), le 27 janvier 2020. (Autorisation : Rael Horwitz, HaMaarag)

Le gouvernement a accepté mercredi d’autoriser l’une des entreprises les plus polluantes du pays à poursuivre l’extraction et le traitement des phosphates pendant trois années supplémentaires dans le désert du Neguev, à condition qu’elle finance le nettoyage d’un million de mètres cubes de déchets industriels qui se sont accumulés au fil des décennies.

Les phosphates sont utilisés dans les engrais et d’autres industries.

Rotem Amfert, près de la ville de Dimona, dans le sud du pays, a une concession de 19 ans qui prend fin le 31 décembre. En juin, la ministre de l’Énergie, Karine Elharrar avait gelé les pourparlers sur le renouvellement pendant que des enquêtes étaient menées sur les paiements de redevances de Rotem Amfert pour les années 2016-2018.

Il y a deux semaines, Rotem Amfert a accepté de verser au ministère de l’Énergie 23,7 millions de shekels supplémentaires en plus des 53 millions de shekels qu’elle avait déjà payés, selon ses calculs.

Usine Rotem Amfert d’Israel Chemicals. (Crédit : Shay Levy/Flash90)

Les ministères de l’Energie et de la Protection de l’environnement ainsi que le comptable général ont accepté que la concession soit prolongée de trois ans (la société en voulait initialement neuf) mais la commission des Finances de la Knesset a dû donner son approbation finale.

Guy Samet, responsable des ressources naturelles au ministère de l’Énergie, a déclaré mercredi à la commission qu’après avoir étudié la manière dont les redevances sont calculées à l’étranger, le ministère avait modifié sa réglementation afin de garantir une perception maximale des redevances à l’avenir.

Un porte-parole du ministère de l’Energie a ensuite précisé que la société avait payé 158 157 000 shekels de redevances pour les années 2010-2020.

Le ministère de la Protection de l’environnement estime qu’il faudra 20 ans et environ 325 millions de shekels pour nettoyer ce qui représente 80 % de tous les déchets industriels du pays et pour réhabiliter le sol et l’eau pollués par les infiltrations de déchets.

Les eaux vives de la réserve naturelle de Bokek, dont un recours collectif prétend qu’elles ont été polluées par l’industrie. (Crédit : capture d’écran de YouTube)

La plupart des déchets sont du phosphogypse, qui est radioactif.

La concession comprend donc des clauses obligeant Rotem Amfert à transférer un montant initial de 60 millions de shekels au cours des prochaines semaines et à fournir des garanties bancaires renouvelables à l’avenir, qui seront souscrites par le groupe ICL (anciennement Israel Chemicals Ltd.).

Si les entreprises ne respectent pas leurs obligations, l’État pourra intervenir, utiliser les garanties et imposer des amendes. Un programme et un calendrier détaillés pour le nettoyage ont été inclus dans les permis que le ministère de la Protection de l’environnement délivre à Rotem Amfert et constitueront une annexe à l’accord de concession.

La pollution présumée par Rotem Amfert des eaux souterraines et des cours d’eau tels que le populaire ruisseau de Bokek, près de la mer Morte, n’est pas mentionnée dans l’accord de concession.

Un employé de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs transporte une gazelle morte après un déversement de déchets acides dans le ruisseau Ashalim, le 30 juin 2017. (Crédit : Mark Katz/Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Les responsables du ministère de la Protection de l’environnement ont déclaré à la commission des Finances de la Knesset que ces problèmes étaient traités par des actions en justice, chacune s’élevant à des centaines de millions de shekels, dont certaines auxquelles le ministère s’était joint.

Rotem Amfert est responsable de l’une des pires catastrophes environnementales d’Israël.  Le 23 juin 2017, la paroi d’un bassin d’évaporation s’est effondrée, envoyant entre 100 000 et 250 000 mètres cubes ou plus d’eaux usées hautement toxiques se précipiter dans le ruisseau Ashalim voisin.

Selon le ministère de la Protection de l’environnement, soit au moins 13 bouquetins – un tiers de ceux qui vivent dans la région – et de nombreux renards et oiseaux ont été retrouvés morts dans les deux semaines qui ont suivi le déversement.

Trois ans plus tard, l’environnement le plus proche de la fuite ne se remet toujours pas. Les neuf inondations naturelles qui ont balayé la zone n’ont pas réussi à emporter le fluor, le phosphore, le soufre, le sodium et les métaux lourds qui polluent encore le sol.

Alon Tal en en décembre 2012. Il est un militant écologiste israélien, co-fondateur de l’Union israélienne pour la défense de l’environnement, de l’Institut Arava pour les études environnementales et de la Green Zionist Alliance. (Crédit : Flash90)

Plusieurs législateurs se sont exprimés au cours de la discussion de mercredi sur ce qu’ils ont appelé les tentatives répétées d’ICL pour éviter de payer son dû à l’État.

Le vétéran de la campagne environnementale, le député Alon Tal (Yesh Atid) a décrit le conglomérat comme un « délinquant en série ».

En octobre, les avocats d’ICL ont persuadé le ministère de la Justice de faire marche arrière et d’effacer une dette de 65 millions de shekels due pour l’utilisation de l’eau par une autre société d’ICL, Dead Sea Works.

Les avocats avaient fait valoir que les paiements pour l’utilisation de l’eau dans la zone de concession de Dead Sea Works étaient inclus dans les redevances qu’elle payait et avaient priorité sur la loi sur l’eau.

L’ICL est toujours en conflit avec l’administration fiscale au sujet des 180 millions de dollars qu’elle a été condamnée à verser pour les années 2016 et 2017 à un fonds souverain pour les bénéfices excédentaires tirés des ressources naturelles, notamment le pétrole, le gaz et les minéraux.

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