Netanyahu accepte l’accord de compromis qui empêchera un nouveau scrutin
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Netanyahu accepte l’accord de compromis qui empêchera un nouveau scrutin

Le Premier ministre dit qu'il soutiendra la proposition visant à repousser l'échéance budgétaire de lundi ; pour Kakhol lavan, le Premier ministre va devoir prouver son engagement

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration à la presse, le 23 août 2020 (Capture d'écran)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration à la presse, le 23 août 2020 (Capture d'écran)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé dimanche qu’il acceptera une proposition de compromis visant à reporter l’échéance de l’adoption d’un budget par le gouvernement, ce qui permettra probablement d’éviter la menace immédiate de nouvelles élections.

« Par sens de la responsabilité nationale, j’ai pris la décision d’accepter la proposition de compromis qui a été soumise par le député Zvi Hauser », a-t-il déclaré dans une conférence de presse au bureau du Premier ministre de Jérusalem.

Cette déclaration a été faite alors que la commission des Finances de la Knesset devait voter un projet de loi parrainé par Hauser, membre du parti Derech Eretz, déterminant un report de cent jours de la date-limite fixée pour l’adoption du budget et évitant un quatrième scrutin.

Si la Knesset échoue à approuver ce texte d’ici lundi soir, le gouvernement serait automatiquement dissous et un nouveau scrutin national serait organisé.

« Cette proposition permet l’afflux immédiat de fonds qui seront versés aux citoyens et à l’économie et elle empêchera que de nouvelles élections soient nécessaires », a dit Netanyahu.

En réponse, Kakhol lavan a émis un communiqué disant que Netanyahu devrait joindre l’acte à la parole, lui recommandant avec vivacité de « tenir votre promesse, d’éviter de nouvelles élections et de respecter l’accord » – une référence apparente à l’accord de coalition entre les deux parties.

La Douzième chaîne a noté que Kakhol lavan n’était pas entièrement convaincu que Netanyahu ferait en sorte de mettre un terme à la crise. Des responsables du parti ont confié à la chaîne qu’ils n’en seraient sûrs qu’à l’issue du vote final du texte reportant l’approbation du budget – qui devrait avoir lieu lundi avant minuit.

Hauser, pour sa part, a indiqué qu’il était « heureux d’entendre » que Netanyahu avait accepté sa proposition, mais il a souligné que son projet devait encore être inscrit dans la loi.

Tout en disant à la conférence de presse que le moment était venu « de réaliser l’unité, pas d’organiser des élections », Netanyahu a accusé ses partenaires de Kakhol lavan d’agir comme « un gouvernement au sein du gouvernement », répétant une accusation infondée selon laquelle un dossier pénal contre le ministre de la Justice, Avi Nissenkorn, avait été secrètement fermé par le procureur-général Avichai Mandelblit – le procureur général que le chef du gouvernement et ses alliés ont fréquemment raillé suite à l’inculpation du chef du gouvernement dans une série d’affaires de corruption. Et si un tel dossier avait impliqué un politicien de droite, a insisté Netanyahu, nul doute qu’il aurait envahi les médias.

Nissenkorn a écrit en réponse sur Twitter : « Cette campagne d’incitations et de mensonges, lancée au moment choisi, ne me dissuadera pas et je continuerai à protéger l’Etat de droit et la démocratie israélienne ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de la Défense Benny Gantz, dirigent une réunion hebdomadaire du cabinet du ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 7 juin 2020. (Marc Israel Sellem)

Netanyahu a expliqué qu’Israël devait « oeuvrer de concert » à relever les défis et notamment dans la bataille contre la COVID-19 et ses conséquences économiques, que le pays devait déjouer les plans de l’Iran, renforcer la sécurité et conclure de nouveaux accords de normalisation avec les Etats arabes.

« Unissons-nous et travaillons tous ensemble à attendre ces objectifs importants », a-t-il déclaré.

Il a également demandé au parti national-religieux Yamina de rejoindre le gouvernement – une offre qui aurait été ultérieurement rejetée par la formation.

« Netanyahu a précipité Yamina dans l’opposition et il a démantelé le camp  de la droite », auraient expliqué des sources du parti, des propos repris par le site d’information Srugim.

Dans un exemple de relation dysfonctionnelle entre lui et Kakhol lavan, son parti rival de coalition, Netanyahu a indiqué, en réponse à une question, qu’il n’avait pas informé Gantz de sa décision d’accepter la proposition évitant un nouveau scrutin en amont de la conférence de presse.

Il a été aussi demandé à Netanyahu s’il y aurait une nouvelle crise potentielle d’ici trois mois et s’il céderait le poste de Premier ministre à Gantz, au mois de novembre 2021, comme promis dans l’accord. Il a répliqué que les crises étaient évitables si le gouvernement fonctionnait correctement.

Avant la conférence de presse, un communiqué de Kakhol lavan avait appelé Netanyahu à « se ressaisir et à s’intéresser à nouveau à ce qui est bon pour le pays, plutôt qu’à ce qui est bon pour lui. Alors que neuf millions de citoyens recherchent l’unité et qu’ils veulent que les défis sécuritaires et le coronavirus soient pris en charge, le Likud, pour sa part, s’affaire à rechercher des stratagèmes politiques ».

Le ministre de la Défense Benny Gantz s’exprime lors d’une conférence de presse au quartier général du ministère de la Défense à Tel Aviv le 18 août 2020.
(Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

En plus du report de l’approbation du budget, des informations ont laissé entendre que le compromis qui a été proposé permettra aussi aux parties d’approuver des dépenses supplémentaires tout en planchant sur le nouveau budget ; qu’elles conviendront de se concentrer sur la gestion de la pandémie de coronavirus et sur l’épidémie de grippe durant l’hiver ainsi que sur les menaces sécuritaires potentielles sur les frontières nord et sud. Elles formeront également une commission qui sera chargée de réfléchir à la manière dont les hauts-responsables sont nommés à leurs postes.

Aucune désignation à des fonctions de haute responsabilité ne sera effectuée jusqu’à ce que la commission présente ses conclusions mais la Douzième chaîne a fait savoir, dimanche, que le Likud réclamait une exception pour la sélection d’un nouveau chef pour la police. Netanyahu a démenti cette information.

Si le projet de loi de Hauser est voté en commission des Finances du parlement, dimanche soir, il devra alors être approuvé en deuxième et troisième lectures avant d’intégrer l’arsenal législatif israélien.

L’annonce faite par Netanyahu, dimanche soir, a eu lieu après que ses alliés de coalition ultra-orthodoxes, les partis Shas et Yahadout HaTorah, ont expliqué qu’un accord de compromis avait été adopté avec le soutien du Likud et de Kakhol lavan.

Selon des informations parues dans les médias en hébreu, les deux formations ont obtenu l’approbation d’un budget de 400 millions de shekels supplémentaires pour les yeshivot ultra-orthodoxes qui sont en manque grave de financement en l’absence d’un budget.

Cette absence de budget signifie également que le gouvernement travaille conformément au budget de 2019 – avec une dépense se limitant à 50 % du total des fonds mensuels définis pour l’année dernière. Les médias ont noté que la loi sur le report inclurait une clause qui déterminera une augmentation des fonds de 2,5 % pour 2020 par rapport à 2019. Une partie de cet argent sera allouée aux séminaires ultra-orthodoxes.

Le président du parti Shas et ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, (au centre), le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, à la Knesset, le 4 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Peu avant la prise de parole de Netanyahu, la Treizième chaîne avait donné les résultats d’un sondage montrant le Likud chuter de 36 à 31 sièges à la Knesset si de nouvelles élections avaient lieu aujourd’hui.

Après le Likud, arriverait la formation Yesh Atid du leader de l’opposition, Yair Lapid (19 sièges), suivie par le parti national religieux Yamina – autrefois allié de Netanyahu, mais qui n’a pas intégré le gouvernement (18 sièges), faisant une percée notable.

La Liste arabe unie tomberait, pour sa part, de 15 à 13 sièges. Kakhol lavan n’en rassemblerait que 11.

Le parti laïc de droite d’Avigdor Liberman, Yisrael Beytenu, engrangerait huit sièges, tandis que Shas et Yahadout HaTorah en obtiendraient sept chacun et le Meretz de gauche 6.

Les formations Travailliste, Derech Eretz, Gesher et HaBayit HaYehudi ne parviendraient pas à franchir le seuil électoral.

Dans l’ensemble, le sondage avait accordé aux partis de droite et religieux 63 sièges, ce qui est suffisant pour former une majorité en y incluant Yamina.

Selon l’enquête d’opinion, 50 % des personnes interrogées étaient persuadées que « le facteur principal » influençant les décisions politiques de Netanyahu était « son avenir judiciaire » et seulement 18 % estimaient que sa motivation concernait « les intérêts de l’Etat ».

S’il y avait des élections aujourd’hui, avait encore révélé le sondage, 59 % en attribueraient la responsabilité à Netanyahu et 20 % à Gantz.

Au coeur de la crise, l’adoption d’un budget par le gouvernement. Le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, insiste sur l’adoption d’un budget courant sur 2020 et 2021 – comme le stipule l’accord conclu entre les deux partenaires de coalition – tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu répète, pour sa part, que seul un budget couvrant le reste de l’année 2020 doit être approuvé, citant l’incertitude entraînée par la pandémie de coronavirus.

Kakhol lavan accuse Netanyahu de tenter de contrevenir à l’accord de coalition de manière délibérée avec sa demande soudaine portant sur un budget d’un an pour se laisser la possibilité, à l’avenir, de dissoudre le gouvernement – ce qui lui éviterait d’honorer l’accord de partage du pouvoir souscrit avec Gantz, auquel il devra abandonner, sous les dispositions prévues, le poste de Premier ministre au mois de novembre 2021.

Netanyahu réclamerait un plus grand pouvoir sur les nominations des hauts-responsables, notamment dans le secteur de la justice, en contradiction avant les accords qui avaient été conclus précédemment. En réponse à une question, dimanche soir, il a dit qu’il n’avait pas l’intention de chercher à nommer un nouveau commissaire de police et un nouveau procureur d’Etat.

Le ministre des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, qui appartient aux rangs de Kakhol lavan, a estimé samedi que Netanyahu cherchait à ce que de nouvelles élections soient organisées pour « des raisons personnelles et judiciaires » liées à son procès, laissant entendre qu’il espérait qu’une nouvelle Knesset pourrait lui apporter une majorité de députés désireux de soutenir une législation susceptibles de déjouer les procédures lancées à son encontre dans trois dossiers pour corruption.

D’éminents économistes ont estimé qu’un budget englobant à la fois 2020 et 2021 était le plus raisonnable dans la mesure où il y avait peu d’intérêt à voter un budget 2020 à quelques mois seulement de la fin de l’année. Netanyahu dit ne pas être d’accord, citant le contexte d’incertitudes lié à la crise du coronavirus.

Le président Reuven Rivlin a discuté, ces derniers jours, avec les partenaires de coalition dans le but d’empêcher de nouvelles élections, a indiqué jeudi un communiqué de la résidence du président.

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