Netanyahu appelle à la fin de l’accord iranien et décrit la marche à suivre des sanctions
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Analyse

Netanyahu appelle à la fin de l’accord iranien et décrit la marche à suivre des sanctions

Le discours du Premier ministre à l’ONU a en partie exposé son plan pour “amender ou abandonner” le pacte nucléaire, même s’il reste des failles dans son raisonnement

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant la 72e session de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 19 septembre 2017. (Crédit : Jewel Samad/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant la 72e session de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 19 septembre 2017. (Crédit : Jewel Samad/AFP)

NEW YORK – En 2012, c’était le canard nucléaire. Un an après, le président iranien voulait avoir son yellowcake [un concentré d’uranium] et le manger. Cette année, ce sont les pingouins qui peuvent reconnaître que parfois, les choses sont noires ou blanches, vraies ou fausses.

Quand le Premier ministre Benjamin Netanyahu prononce d’importants discours politiques, les métaphores sont nombreuses, colorées, souvent drôles, mais le message principal est généralement le même : l’Iran est un danger pour le monde libre, nous n’avons pas de meilleurs amis que les Etats-Unis, et Israël est prêt à la paix avec les Palestiniens et même avec tout le monde arabe (même si son engagement au principe de « deux états pour deux peuples », cité l’année dernière, était absent mardi.)

Le discours de mardi était différent. S’éloignant des dessins de bombe et des propos sarcastiques qui marquent généralement ses discours (exception faite des pingouins), Netanyahu est passé aux choses sérieuses sur l’accord nucléaire haï, enhardi par la présence du président américain Donald Trump à la Maison Blanche.

Il avait déjà critiqué l’année dernière « l’agression iranienne et le terrorisme iranien », et promis de ne jamais laisser le régime obtenir d’arme nucléaire, mais il ne pouvait pas rêver qu’un président américain parle d’annuler ou d’amender l’accord.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant la 72e session de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 19 septembre 2017. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant la 72e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 19 septembre 2017. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Cette année, pourtant, Netanyahu a tout donné. La politique d’Israël vis-à-vis de l’accord nucléaire est très simple, a-t-il dit. « Changez-le ou annulez-le. Amendez-le ou abandonnez-le. »

« Abandonner l’accord implique de restaurer une lourde pression sur l’Iran, notamment avec des sanctions invalidantes, jusqu’à ce que l’Iran démantèle totalement ses capacités d’armement nucléaire, a-t-il dit. Amender l’accord nécessite de nombreuses choses, notamment d’inspecter les sites militaires ou autres qui sont suspectés, et de pénaliser l’Iran pour chaque violation. Mais par-dessus tout, amender l’accord implique de se débarrasser de la clause de caducité. »

Pour défendre la réouverture des négociations sur l’accord iranien, Netanyahu, qui a dit avoir parlé avec Trump des moyens d’ « amender » le texte, parie principalement sur la puissance des sanctions. Ce sont des sanctions handicapantes qui ont forcé l’Iran à négocier en premier lieu, explique-t-il, et avec des sanctions encore plus sévères, la République islamique pourrait être forcée d’abandonner totalement ses ambitions nucléaires.

Les partisans de l’accord, que l’Iran a signé avec six puissances mondiales, ne sont pas d’accord avec ce raisonnement. Ils estiment qu’il a fallu des années et de nombreuses négociations pour créer le régime des sanctions, et qu’il serait impossible de refaire la même chose.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump au Palace Hotel de New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump au Palace Hotel de New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Même si les Etats-Unis se retiraient unilatéralement de l’accord, et imposaient à nouveau de sévères sanctions à l’Iran, d’autres acteurs majeurs, comme la Russie, la Chine, le Japon et d’autres, ne suivront probablement pas, ce qui neutralisera en partie l’impact des sanctions américaines.

Avec la levée des sanctions internationales, les corporations d’Europe et d’ailleurs sont joyeusement revenues sur le marché iranien, et ces pays ne cesseront probablement pas de commercer avec Téhéran uniquement parce que Netanyahu et Trump n’aiment pas l’accord, expliquent les partisans de l’accord.

Dans son discours, Netanyahu n’a pas abordé ces préoccupations, mais pendant un point-presse lundi, il a indiqué qu’il pensait que, si les Etats-Unis abandonnaient l’accord, comme Trump a indiqué qu’il pourrait le faire, d’autres puissances mondiales suivraient.

Netanyahu pense que le monde entier s’alignera avec la position américaine en raison de la suprématie de la puissance financière des Etats-Unis.

Tout comme avant la signature de l’accord, Netanyahu continue de penser que la première économie du monde a une influence importante sur tous les autres pays. Si la Maison Blanche menaçait de cesser ou de limiter ses échanges commerciaux avec les pays qui ne rejoignent pas sa politique contre l’Iran, les nations du monde s’assureraient de rejoindre rapidement un nouveau régime de sanctions internationales, pense Netanyahu.

Comme l’a dit un responsable israélien cette semaine, « avoir l’économie iranienne, c’est bien. Avoir l’économie américaine, c’est indispensable. »

Le président français Emmanuel Macron, à gauche, avec le président iranien Hassan Rouhani, au Millennium Hotel de New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Ludovic Marin/AFP)
Le président français Emmanuel Macron, à gauche, avec le président iranien Hassan Rouhani, au Millennium Hotel de New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Ludovic Marin/AFP)

Les sanctions de ce type sont incroyablement rares et peuvent se retourner contre le pays qui les applique en l’isolant. Il n’est donc pas évident de savoir pourquoi Netanyahu pense que Trump, qui veut redonner sa grandeur à l’économie américaine, sera prêt à punir chaque pays qui n’imposerait pas de sanctions à l’Iran.

Le responsable israélien n’a pas précisé ce sujet.

Même si Trump a en horreur l’accord nucléaire – il a jugé mardi qu’il était une « honte », il reste à voir s’il sera prêt à nuire à l’économie américaine en interdisant potentiellement son marché à des partenaires cruciaux majeurs.

Parfois, contrairement aux pingouins, les choses ne sont pas uniquement noires et blanches.

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