Netanyahu aura du mal à échapper à une inculpation d’après l’ex-n°1 de la police
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Netanyahu aura du mal à échapper à une inculpation d’après l’ex-n°1 de la police

Dans un sens, c'est la crédibilité de la police qui est en jeu ici, affirme Roni Alsheich, qui réfute toujours, par ailleurs, les accusations de fuites à la presse

L'ancien chef de la police israélienne, Roni Alsheich, lors d'une conférence à Ramat Gan, le 8 janvier 2019. (Crédit : Flash90)
L'ancien chef de la police israélienne, Roni Alsheich, lors d'une conférence à Ramat Gan, le 8 janvier 2019. (Crédit : Flash90)

L’ancien chef de la police israélienne Roni Alsheich a déclaré dimanche qu’il était difficile pour lui d’envisager un scénario dans lequel le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne serait pas mis en examen pour corruption dans les affaires qui le visent.

Alsheich, dont le mandat a pris fin le mois dernier, a supervisé trois enquêtes de la police sur Netanyahu, lesquelles ont toutes conduit la police à recommander sa mise en examen pour corruption et d’autres charges. Les pièces du dossier sont actuellement examinées par le procureur général Avichai Mandelblit, dont la décision d’inculper le Premier ministre, après audition, est attendue le mois prochain.

« J’ai du mal » à voir une situation où le Premier ministre n’est pas inculpé pour corruption, a déclaré Alsheich lors d’une conférence organisée à l’Institut d’études en sécurité nationale de l’université de Tel Aviv, soulignant qu’il avait lu tous les éléments des enquêtes de la police.

« Pouvez-vous imaginer une situation dans laquelle le Premier ministre n’est pas mis en examen pour corruption ? » lui a-t-on demandé. Il a répondu qu’il l’envisageait mal. « Nous avons tous vu les preuves », a-t-il élaboré, faisant référence à la police et à l’équipe d’enquête du procureur Mandelblit qui ont travaillé ensemble sur l’affaire. Pour lui, les preuves peuvent être interprétées différemment mais de façon très limitée, « mais au final, les faits sont sous nos yeux ». Il a néanmoins rappelé que « seule la personne compétente » — le procureur général — prendrait la décision finale.

« Dans un sens, la crédibilité de la police dépend d’une mise en examen de Netanyahu », a-t-il ajouté. « Le rôle de la police est de découvrir la vérité, et d’obtenir des réponses les plus précises possibles. Plus il s’avère que les faits mis au jour par la police sont erronés, plus c’est difficile pour la police. »

Il s’est dit convaincu que Mandelblit prendrait « une décision professionnelle » sur le fond des affaires, uniquement fondée sur les preuves et qu’il ne se laisserait pas influencer par des considérations extérieures. « Nous avons dit ce que nous avions à dire » au sujet des preuves, a-t-il ajouté, en référence aux recommandations de la police.

Alsheich a également nié avoir fait fuiter des informations aux médias. Il a laissé entendre que certaines des informations transmises aux journalistes avaient pour but de décrédibiliser les enquêtes.

« Les journalistes savent que la police ne divulgue pas les informations de ces enquêtes, point », a-t-il ajouté.

Interrogé sur les allégations accusant la police de vouloir monter un coup contre Netanyahu, Alsheich a répondu que la police n’en avait pas le pouvoir puisque c’est le procureur général, et non la police, qui a demandé l’ouverture d’enquêtes.

L’équipe de défense de Natenyahu a porté une réclamation devant Mandelblit, exigeant qu’il ouvre une enquête sur les fuites qu’ils jugent avoir compromis l’intégrité des affaires.

Le chef de la police Roni Alsheich et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, photographiés au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Alsheich a également réitéré des affirmations qu’il avait formulées dans le passé selon lesquelles des détectives privées suivaient les officiers de police en charge d’enquêter sur Netanyahu — des déclarations réfutées par le Premier ministre. Il a également dit avoir lui-même fait l’objet de menaces, mais a refusé d’en dire plus.

Dans un communiqué, le Likud a réagi à ces accusations d’Alsheich, expliquant qu’elles n’étaient que la preuve de ses croyances en des théories conspirationnistes, ce qui nuit à sa capacité à mener une enquête juste.

« Roni Alsheich répète ce soir de fausses insinuations selon lesquelles le Premier ministre aurait fait appel à des détectives privés contre les enquêteurs de la police », indique le communiqué. « Quand le commissaire en chef de la police croit en une conspiration folle, comment s’attendre à un procès juste ? Ce n’est pas étonnant de voir Alsheich se joindre à la pression de la gauche sur le procureur général visant à inculper le Premier ministre Netanyahu. »

La semaine dernière, Alsheich aurait dit qu’il pensait que Mandelblit allait faire part de son intention de mettre en examen Netanyahu avant les élections d’avril. Il aurait également dit qu’il n’avait « aucun doute » sur une inculpation pour corruption.

L’année dernière, la police avait recommandé l’inculpation de Netanyahu pour prise de pots-de-vin dans les trois affaires. Plusieurs mois après, le mandat d’Alsheich en tant que chef de la police prenait fin après trois ans de service ; il ne s’était pas vu proposer de quatrième année comme il est de coutume.

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d’une conférence à Jérusalem le 3 septembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu, qui avait nommé Alsheich à son poste, n’a jamais caché sa détestation du chef de la police ces deux dernières années, l’accusant de faire fuiter des informations à la presse et de mener une « chasse aux sorcières » à son encontre.

Alors que les rumeurs vont bon train concernant une mise en examen pour corruption de Netanyahu par Mandelblit, au terme d’une audience, qui pourrait survenir le mois prochain, Netanayahu s’est efforcé de dépeindre cette décision comme une décision illégitime.

Il assure régulièrement, sans preuve, que les enquêtes font partie d’un complot de la gauche pour le destituer et que les médias et la gauche tentent de « voler » les élections du 9 avril.

L’une des enquêtes concerne les cadeaux que Netanyahu aurait reçus de bienfaiteurs milliardaires, les deux autres portent sur des soupçons de contreparties que Netanyahu aurait accordées ou envisagé d’accorder en échange d’une couverture médiatique favorable.

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