Netanyahu, cette force de la nature qui divise et qui refusait d’être vaincue
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Analyse

Netanyahu, cette force de la nature qui divise et qui refusait d’être vaincue

Même les forces combinées de trois ex-chefs d'état-major se sont avérées impuissantes pour arrêter un Premier ministre désormais en route vers son 5e mandat

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre israélien embrasse son épouse Sara durant son apparition devant les partisans au siège du parti du Likud dans la ville côtière de Tel Aviv, la nuit des élections, le 10 avril 2019 (Crédit : Thomas COEX / AFP)
Le Premier ministre israélien embrasse son épouse Sara durant son apparition devant les partisans au siège du parti du Likud dans la ville côtière de Tel Aviv, la nuit des élections, le 10 avril 2019 (Crédit : Thomas COEX / AFP)

Finalement, la force combinée de trois ex-chefs d’état-major n’aura pas suffi pour l’emporter sur la volonté politique de Benjamin Netanyahu.

Force clivante de la nature qui aura accaparé les ondes, arpenté les marchés et leurs étals de fruits et légumes, monopolisé les réseaux sociaux et même appelé les électeurs potentiels à quitter précipitamment les vagues sur une plage de Netanya, le jour du scrutin : Netanyahu a tout simplement refusé d’être vaincu.

Il a été aidé pour cela. Le président Donald Trump lui aura offert la reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan – à un moment extraordinairement bien choisi – à la fin du mois dernier et, cette semaine, le placement des Gardiens de la Révolution islamique sur la liste des organisations terroristes. Le président Vladimir Poutine a aussi apporté sa contribution avec le retour, grâce à la Russie, de la dépouille de Zachary Baumel, 37 ans après la mort de ce commandant d’une unité de blindés pendant la guerre du Liban.

Il a aussi eu droit à un message d’une des stars du ballon rond (Neymar) quand Jair Bolsonaro a été le premier chef d’État à se recueillir en tant que chef d’État au mur Occidental, aux côtés d’un Premier ministre israélien.

Le président brésilien Jair Bolsonaro (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu touchent le mur Occidental, le lieu le plus saint où les Juifs peuvent prier, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 1er avril 2019. (Crédit : Menahem KAHANA / POOL / AFP)

Il aura toujours joué franc-jeu. Son mantra gevalt des derniers jours de campagne, « Votez pour le Likud, seulement pour le Likud », a siphonné les suffrages de ses partenaires ostensibles de droite. Le recrutement de militants par le parti pour déployer des caméras cachées dans les bureaux de vote arabes, mardi, nécessitera une enquête supplémentaire – tout comme l’impact que cette tactique a pu avoir sur le taux de participation dans le secteur arabe. Ses efforts visant à dépeindre son principal rival Benny Gantz comme instable psychologiquement ont été – on peut le dire – une bassesse.

Il a prouvé qu’il était capable, de manière spectaculaire, de transformer le scandale potentiel majeur d’une campagne illicite sur Twitter en victoire face à ses accusateurs, même au prix de la venue à la résidence du Premier ministre de « Captain George« , un homophobe et extrémiste.

Il a également utilisé des moyens répréhensibles jusqu’à la fin en négociant la construction de l’Union des partis de droite, avec l’inclusion du mouvement Kahaniste Otzma Yehudit, tentant d’empêcher la perte de votes essentiels pour la droite (il a été même content de tenter de faire sombrer dans l’oubli politique le parti HaYamin HaHadash de Naftali Bennett et d’Ayelet Shaked).

Les co-dirigeants de HaYamin HaHadash Ayelet Shaked et Naftali Bennett lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 17 mars 2019 (Crédit : Flash90)

Et alors qu’il se prépare maintenant à essayer de former une coalition majoritaire, on soupçonne très largement qu’il conditionne tacitement sa promesse récente d’annexer les implantations de Cisjordanie et l’attribution des premiers rôles parmi ses partenaires potentiels de droite à leur soutien à une législation qui le protégerait de ses inculpations en suspens pour fraude, abus de confiance et de pots-de-vin.

Netanyahu l’a nié – avec toutefois de moins en moins de conviction ces derniers jours. Certains partenaires potentiels, tels que Moshe Kahlon de Koulanou, ont déclaré que jamais ils n’apporteront leur soutien à cette initiative d’immunité. D’autres, comme l’aspirant ministre de l’Education de l’Union des partis de droite, Bezalel Smotrich, ont fait savoir qu’ils l’appuieront.

Mais en fin de compte – et au terme d’une âpre campagne dans laquelle il n’a cessé de dénigrer les trois ex-chefs d’état-major, les qualifiant de « gauchistes faibles », et attaqué les médias, la police et les procureurs de l’Etat qui, selon lui, se sont livrés à une chasse aux sorcières ostensible contre lui en raison de sa corruption présumée – Netanyahu, dans la nuit de mardi à mercredi, est apparu encore une fois victorieux.

Et il ne le doit pas qu’à lui-même. Il a bénéficié du glissement israélien graduel vers la droite : en 1999, il avait été battu par un autre ex-chef d’état-major et nouveau-venu sur la scène politique, Ehud Barak, en partie parce qu’une bonne proportion de l’électorat estimait alors qu’il ratait des opportunités en faveur de la paix. Cela n’a pas été le cas cette fois. Pas dans un Israël encore traumatisé par la Seconde intifada. Pas dans un Israël auquel on rappelle par intermittence l’existence des tunnels du Hezbollah, des roquettes et des menaces – et qui a vécu les attaques à la roquette du Hamas, parmi d’autres dangers résultant de l’abandon d’un territoire adjacent.

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz durant un meeting de campagne àTel Aviv, le 7 avril 2019. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Netanyahu a aussi bénéficié des maladresses bien compréhensibles de Gantz dans ses premiers pas politiques, et de l’échec plus large de Kakhol lavan à exploiter les tirs de roquette sur Tel Aviv pour saper les références de « M. Sécurité ».

Finalement, même cette cavalcade sans précédent de militaires n’est pas parvenue à persuader les Israéliens qu’ils peuvent aussi faire confiance à quelqu’un d’autre que Netanyahu. En tous cas pas tous.

Gantz et Netanyahu ont prononcé des discours de victoire dans les premières heures qui ont suivi la fermeture des bureaux de vote. Mais pour Gantz, c’était trop tôt. Netanyahu, pour sa part, a fait un pari – et c’est lui qui a eu le dernier mot.

Dans son allocution, alors que la victoire était sur le point d’être officialisée, il a pu se permettre de paraître magnanime pour la toute première fois au cours de la campagne électorale – de promettre qu’en œuvrant à construire un gouvernement de droite, il serait aussi le Premier ministre de tous les Israéliens, à droite et à gauche, Juifs et non-Juifs. Alors qu’il avait répondu à Rotem Sela, qu’Israël était seulement le pays des juifs.

Quelques heures plus tôt, et des semaines et des mois encore auparavant, il avait adopté un ton pour le moins différent. Hier, il est redevenu Bibi le roi – sur le point d’être à nouveau couronné.

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