Netanyahu défend le gel de l’accord sur la zone mixte au mur Occidental
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Netanyahu défend le gel de l’accord sur la zone mixte au mur Occidental

Le Premier ministre a déclaré aux responsables juifs américains à Tel Aviv, que la querelle sur le site pouvait être facilement réglée

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'Assemblée générale annuelle de la JFNA à Tel Aviv, le 24 octobre 2018 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'Assemblée générale annuelle de la JFNA à Tel Aviv, le 24 octobre 2018 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

S’adressant aux responsables juifs nord-américains à Tel Aviv dans la journée de mercredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a défendu le gel controversé d’un accord de compromis prévoyant l’élargissement de la plate-forme de prière mixte au mur Occidental, blâmant la pression exercée par « la rue ultra-orthodoxe » et affirmant que les questions relatives à la religion et à l’Etat en Israël ont toujours été réglées via des « compromis ad hoc » et des « arrangements qui évoluent lentement ».

L’accord – conclu au mois de janvier 2016 et suspendu un an et demi plus tard – ne sera pas pleinement mis en oeuvre, mais il a juré qu’une nouvelle plate-forme de prière « rénovée » sera très bientôt mise à disposition des fidèles.

Affirmant que les discussions sur le mur et autres sujets de désaccord, comme celui de la conversion, peuvent facilement déboucher sur une solution, Netanyahu a estimé que le plus grand problème que rencontre aujourd’hui la communauté juive mondiale est la perte de l’identité juive, et que le développement d’une conscience et d’une fierté juives chez les jeunes est la plus importante mission dont la Diaspora doit s’acquitter.

Concernant les inquiétudes des juifs de la Diaspora face au manque de pluralisme religieux en Israël, Netanyahu a noté que même le tout premier Premier ministre du pays, David Ben-Gurion, avait échoué à combler le fossé entre la majorité laïque et la minorité ultra-orthodoxe, sans laquelle il était incapable de former un gouvernement.

« Ce sont deux principes en conflit – on ne peut pas les résoudre avec un principe d’union. On peut les résoudre par une série de compromis ad hoc qui évoluent avec le temps », a commenté Netanyahu à la fin de la séance plénière de l’Assemblée générale annuelle de l’organisation JFNA (Jewish Federations of North America).

« De temps en temps, le statu quo est remis en question. Il évolue petit à petit. En fait, les progrès réalisés par les humains, jusqu’à une date récente, se sont réalisés graduellement. En fait, il faut trouver un statu quo qui va placer les choses à un certain niveau, puis ça changera », a-t-il continué.

Sur le dossier portant sur les conversions au judaïsme et sur les personnes autorisées à les superviser, Netanyahu a expliqué qu’au cours de son premier mandat de Premier ministre, il avait trouvé un bon compromis avec la commission Yaakov Neeman, qui a duré 20 ans avant d’être remis en cause. Le gouvernement actuel a demandé un rapport à Moshe Nissim qui, selon Netanyahu, représentait un « bon compromis », ajoutant qu’il est pourtant actuellement dans l’incapacité de le faire adopter. « Tout dépend des réalités politiques », a-t-il expliqué.

Evoquant le mur Occidental, il a relaté les négociations autour d’un accord de compromis appelant à la mise en place d’une plate-forme de prière pluraliste sur le lieu saint « d’une manière positive et qui soit accessible à tous ». Le plan directeur comprenait la création d’une entrée conjointe pour les trois zones de prière – la section pluraliste et les sections pour hommes d’un côté et femmes de l’autre, pour les fidèles orthodoxes.

« Nous avions les dessins techniques, tout. Une partie de cet accord comportait des notes explicatives, quand je l’ai amené devant le gouvernement, des notes qui auraient impliqué la reconnaissance indirecte dans le pays des courants conservateur et libéral », a dit Netanyahu. « Et il n’y a pas eu de problèmes. Les gens étaient d’accord… Puis il a été remis immédiatement en doute, vous voyez, par la rue ultra-orthodoxe, qui a dit : ‘Choisissez. Vous avez un gouvernement ou pas de gouvernement’. »

Netanyahu a ajouté que les formations de l’opposition pouvaient l’attaquer pour avoir cédé à la pression, mais qu’il avait des preuves que ces partis avaient eux-mêmes fait des offres aux ultra-orthodoxes « qui dépassaient celles soumises par le Likud ».

Plutôt que d’annuler l’accord, il a préféré le geler. « Le garder sous la main. Ne pas l’abroger. Et faire ce que l’accord dit de faire, à savoir rénover l’endroit ».

Netanyahu a noté que les travaux pour replacer le bloc de pierre qui était tombé du mur sur la plate-forme égalitaire, au mois de juillet, ont commencé mardi.

« Ce qui devrait accélérer les choses, et je pense que la zone sera bientôt terminée », a-t-il dit. « Nous avons achevé presque tout le travail de réglementation – qui était tout simplement impossible – mais nous y sommes presque. La zone sera bientôt finie, rénovée, sûre, très belle ».

« Israël restera le foyer de tous les juifs », a continué le Premier ministre, déclenchant les applaudissements du public. « Je me moque de savoir s’ils sont conservateurs, libéraux ou orthodoxes, et je me moque de savoir s’ils sont totalement laïcs ou athées ».

La plateforme de prière égalitaire du mur Occidental construite sur les pierres tombées du deuxième Temple pendant sa destruction dans la rue en contrebas, où elles ont été découvertes 2 000 plus tard par les archéologues. Photographie non datée. (Crédit : autorisation d’Eilat Mazar)

« L’équilibre entre la religion et l’Etat, en Israël, est différent du système existant aux Etats-Unis et ailleurs », a-t-il précisé, « mais il est ce qu’il est ici. Et voilà ce dont nous disposons : d’une série d’arrangements qui évoluent lentement ».

« Ces arrangements », a-t-il ajouté, « reflètent en fin de compte ‘l’évolution de l’électorat israélien' ».

Vers la fin de son intervention, alors que le présentateur – le président sortant des JFNA Richard Sandler – était sur le point de saluer Netanyahu, le Premier ministre a demandé à conserver la parole pour faire part de ce qui, a-t-il dit, « l’inquiète véritablement au sein de la communauté juive de la Diaspora ».

« Il y a une chose qui me préoccupe lorsqu’on en vient aux juifs : c’est la perte d’identité. Ce n’est pas la question du mur ou de la conversion : nous dépasserons cela. C’est la perte de l’identité », a-t-il répété.

Paraphrasant un article écrit par Ammiel Hirsch, Netanyahu a dit que ceux qui ne s’inquiétaient pas de la survie des juifs ne survivraient pas en tant que juifs.

« Il y a une vérité fondamentale en cela », a-t-il déclaré. « La survie juive est garantie dans l’Etat juif, si nous défendons notre État. Mais nous devons aussi d’oeuvrer en faveur de la continuité des communautés juives dans le monde en développant l’éducation juive, l’étude de l’hébreu, en entretenant le contact avec ces jeunes juifs qui viennent en Israël ».

Il faut une nouvelle approche, adaptée à l’ère d’Internet, qui aidera les juifs de la Diaspora à « comprendre que leur propre avenir en tant que juifs dépend de la continuation de cette identité », a expliqué Netanyahu.

« C’est la protection de l’identité juive et le développement de la conscience juive qui sont les plus importants. Ces nécessités transcendent la politique, elles touchent aux fondations-mêmes de l’histoire », a-t-il conclu. « Nous ne formons qu’un seul peuple. Assurons-nous que chaque enfant juif dans le monde sache combien il doit être fier d’être juif ».

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