Netanyahu, longtemps apprécié pour la sécurité donnée au pays, nous met en péril
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Opinion

Netanyahu, longtemps apprécié pour la sécurité donnée au pays, nous met en péril

Prêt à tout pour garder le pouvoir, le Premier ministre nourrit la haine avec une vigueur sans précédent en Israël, ignorant les avertissements de ses propres chefs de la sécurité

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime à Jérusalem, le 6 juin 2021. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime à Jérusalem, le 6 juin 2021. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

Les quatre élections (dont trois non-concluantes) qui ont eu lieu ces deux dernières années ont reflété la profonde incertitude de l’électorat concernant les avantages et les inconvénients des services offerts par Benjamin Netanyahu au poste de Premier ministre.

Pendant un nombre record d’années passées au pouvoir (14 en tout), il a été considéré à la fois comme profondément clivant à l’échelle nationale, dressant les populations qui forment la mosaïque démographique israélienne les unes contre les autres, et comme particulièrement efficace quand il était question de protéger l’intégrité des Israéliens à l’échelle internationale et régionale.

Son comportement ces derniers jours – au cours de ce qui sera, peut-être, ses derniers jours au poste de Premier ministre (ou pas) – aura favorisé les divisions dans le pays et même la haine et ce, avec une vigueur sans précédent. Il a amené les Israéliens au bord d’un abîme – celui de la mise en péril de notre intégrité physique, et de notre seul fait.

Dans le discours le plus digne de celui d’un homme d’État qu’il est parvenu à prononcer jusqu’à présent, le Premier ministre désigné – jusqu’ici plutôt décevant et vraiment instable dans ses positionnements – Naftali Bennett a supplié Netanyahu, dimanche soir, de « lâcher prise » et de ne pas laisser « une terre brûlée » derrière lui. Mais pendant que le leader de Yamina s’adressait à la nation, Netanyahu insistait encore, au cours d’une interview accordée à la Vingtième chaîne de droite, pour dire que l’élection du 23 mars avait été « volée » et que la future coalition présumée était de mèche avec « l’État profond ».

Ailleurs, Netanyahu avait décrit la coalition de huit partis qui s’est rassemblée pour lui succéder comme un produit de « la plus grande fraude électorale de toute l’Histoire israélienne et de toute l’Histoire des démocraties ». Il avait averti que, s’il devait être confirmé, le nouveau gouvernement représenterait un danger pour l’État d’Israël, pour sa population, pour son territoire et pour sa sécurité. Et il avait demandé à ses députés du Likud de « tomber » sur les membres de Yamina et du parti de droite Tikva Hadasha, potentiellement hésitants face à l’improbable coalition, de manière à les pousser à renoncer à soutenir l’alliance lorsque celle-ci devrait être approuvée à la Knesset – un vote qui est prévu dimanche prochain. « Leur tomber dessus », avait noté Bennett, « comprend suivre en voiture [la députée de Yamina] Idit Silman pendant une journée entière, avec un haut-parleur sur le toit ; c’est effrayer ses enfants alors qu’ils quittent l’école… c’est proférer des insultes et des menaces incessantes ».

L’affirmation tant et plus répétée par Netanyahu que le dit « gouvernement du changement » sera un gouvernement « de gauche » – un terme qu’il a utilisé jusqu’à plus soif pour tenter de diaboliser ses adversaires politiques – est de toute évidence mensongère. Et ses accusations de vol et de fraude électorale, dans le pur style trumpien, sont parfaitement infondées.

Le chef de Yesh Atid, Yair Lapid (G), le leader de Yamina, Naftali Bennett (C) et le leader de Raam, Mansour Abbas, signent un accord de coalition le 2 juin 2021 (Crédit : Raam).

En ce qui concerne l’orientation politique de la nouvelle coalition, sur les huit partis qui chercheront à obtenir dimanche la majorité de 61 députés à la Knesset, forte de 120 membres, trois (Tikva Hadasha, Yamina et Yisrael Beytenu) ont des positionnements idéologiques qui les situent à la droite de Netanyahu et leurs dirigeants ont été ministres dans d’anciens gouvernements de Netanyahu ; deux (Yesh Atid et Kakhol lavan) sont centristes et sont aussi présidés par des personnalités ayant été ministres sous Netanyahu, deux (Le parti Travailliste et le Meretz) sont de gauche (et ne représentent que 13 de ces 61 sièges) et un (Raam, avec quatre parlementaires) est une formation conservatrice islamiste qui a été courtisée par le Likud, il n’y a (vraiment) pas si longtemps.

Le député Benny Gantz, chef de Kakhol Lavan (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, chef du Likud, signent leur accord de gouvernement d’unité le 20 avril 2020. (GPO)

La décision prise par Tikva Hadasha, Yamina et Yisrael Beytenu, pour leur part, de se servir des voix de leurs électeurs de droite pour s’allier à la gauche et au centre contre le Premier ministre n’est certainement pas plus une trahison politique que ne l’avait été la décision prise par Benny Gantz d’utiliser les votes remportés par Kakhol lavan – qui avait fait campagne sur la promesse répétée de ne jamais siéger dans un gouvernement placé sous l’autorité de Netanyahu – pour finalement s’unir à Netanyahu au cours d’une coalition qui ne devait pas faire long feu, il y a un peu plus d’un an.

En contraste avec Gantz – qui avait répété son leitmotiv au cours de trois campagnes électorales entières de ne jamais établir un partenariat avec Netanyahu tant que ce dernier serait mis en cause pour corruption – les partisans d’Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman savaient déjà pertinemment, au mois de mars, qu’ils soutenaient un parti catégoriquement opposé à Netanyahu. Saar avait directement recommandé à son électorat potentiel de ne pas soutenir Tikva Hadasha si l’objectif était de maintenir Netanyahu au pouvoir. Et Bennett, tout en indiquant être prêt à intégrer un gouvernement Netanyahu, avait bâti toute sa campagne sur sa volonté de remplacer le chef du Likud au poste de Premier ministre, disant aux électeurs qu’il « est temps qu’il s’en aille ».

Le climat national est soumis à une telle pression que le chef du Shin Bet, Nadav Argaman, est sorti de sa réserve habituelle pour lancer une mise en garde sans précédent à l’adresse de toutes les personnalités publiques – politiciens, rabbins, éducateurs et autres – en les exhortant à apaiser leurs discours parce qu’il craint, un quart de siècle après l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, l’éclatement de violences majeures qui, selon lui, seraient à nos portes.

Nullement découragé, Netanyahu – qui en tant que leader de l’opposition, en 1995, avait amèrement et personnellement contesté les politiques de Rabin dans les semaines fiévreuses qui avaient précédé l’assassinat – continue à asséner ses accusations complotistes, ses dénonciations de ces personnalités suffisamment téméraires pour s’opposer à lui, et ses déclarations alarmistes d’un péril sur le point de s’abattre sur le pays si le nouveau gouvernement venait à accéder au pouvoir.

Ses dernières insistances sur la nécessité pour la police de réexaminer, selon lui, la décision, pourtant de bon sens, de ne pas autoriser la reprogrammation de la marche nationaliste des Drapeaux à travers la Vieille Ville – un mois seulement après que le défilé initial a servi de prétexte au Hamas pour amorcer la mini-guerre de onze jours qui a été marquée par l’envoi de plus de 4 300 roquettes et autres projectiles vers les profondeurs d’Israël – semble, de manière presque transparente, chercher à décapiter en quelque sorte le vote de la Knesset qui pourrait couronner le gouvernement Bennett-Lapid.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec le ministre du Tourisme de l’époque, Yariv Levin, lors d’un vote dans la salle de réunion de la Knesset le 13 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90 / File)

La marche qu’il cherche à remettre sur les rails aurait lieu le 10 juin après que des députés de droite et d’extrême droite ont précisé qu’ils défileraient ; le président de la Knesset issu du Likud, Yariv Levin, s’est assuré de reporter le vote de confirmation de la coalition trois jours après, le dimanche 13 juin.

Cela donne une idée du degré de pyromanie qui est dorénavant affiché par Netanyahu que de voir ce leader, profondément apprécié par notre électorat divisé pour sa capacité à éviter des mésaventures militaires, dorénavant soupçonné – et de façon crédible – d’être prêt à risquer une nouvelle escalade de violences et un nouveau conflit avec l’État terroriste du Hamas si cela pouvait empêcher sa chute politique.

« Ne laissez pas une terre brûlée derrière vous. Nous voulons nous souvenir de tout le bon, de tout ce que vous avez fait de bien pendant votre mandat au poste de Premier ministre », a imploré Bennett dimanche.

Mais Netanyahu ne l’écoutait pas, trop affairé à crier à la fraude électorale, à faire valoir des théories du complot incendiaires et à attiser les divisions et la haine au sein de la nation.

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