Netanyahu soutient la trêve avec l’Iran, l’opposition dénonce un « désastre »
Après l’annonce par Trump d’un cessez-le-feu de deux semaines, Lapid accuse le Premier ministre d’avoir cédé sans garanties et prévient de dommages stratégiques durables

Israël a annoncé mercredi qu’il soutiendrait et respecterait la trêve de deux semaines avec la République islamique d’Iran, déclarée par le président américain Donald Trump, tout en affirmant qu’il poursuivrait son offensive contre le groupe terroriste chiite du Hezbollah au Liban.
Dans la foulée, des responsables de l’opposition ont vivement critiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’accusant de ne pas avoir garanti les objectifs stratégiques qu’Israël s’était fixés dans le cadre de cet accord. Le chef de l’opposition Yaïr Lapid a ainsi dénoncé la pire « catastrophe diplomatique » de l’histoire du pays, estimant que les conséquences mettraient des années à être réparées.
Donald Trump avait auparavant menacé de frapper des infrastructures civiles clés et laissé entendre « qu’une civilisation entière disparaîtrait » en Iran si la République islamique ne rouvrait pas le détroit d’Ormuz avant mardi soir. Environ 90 minutes avant l’échéance, il a toutefois annoncé, à l’issue d’échanges avec les dirigeants pakistanais, qu’il avait accepté « de suspendre les bombardements et les attaques contre l’Iran » pendant deux semaines, sous réserve de la réouverture immédiate du détroit.
Dix minutes avant la date limite, fixée à 3 heures du matin mercredi en Israël, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a affirmé que « la République islamique d’Iran et les États-Unis d’Amérique, ainsi que leurs alliés, ont convenu d’un cessez-le-feu immédiat partout, y compris au Liban et ailleurs, AVEC EFFET IMMÉDIAT ».
Près de trois heures plus tard, dans un communiqué publié uniquement en anglais, le bureau de Benjamin Netanyahu a déclaré « qu’Israël soutient la décision du président Trump de suspendre les frappes contre l’Iran pendant deux semaines, à condition que l’Iran rouvre immédiatement le détroit et cesse toutes les attaques contre les États-Unis, Israël et les pays de la région ».
« Israël soutient également les efforts des États-Unis visant à garantir que l’Iran ne représente plus une menace nucléaire, balistique et terroriste pour l’Amérique, Israël, les voisins arabes de l’Iran et le monde », poursuit le communiqué. « Les États-Unis ont assuré à Israël qu’ils s’engageaient à atteindre ces objectifs, partagés par les États-Unis, Israël et les alliés régionaux d’Israël, lors des négociations à venir. »
Le texte précise enfin que « le cessez-le-feu de deux semaines n’inclut pas le Liban ».
Mercredi matin, l’armée israélienne a confirmé avoir cessé ses frappes contre le régime iranien, tout en précisant qu’elle continuait ses opérations contre le Hezbollah au Liban. Ce dernier a indiqué à Reuters qu’il avait cessé ses tirs contre Israël dans le cadre de l’accord.
« Conformément aux directives de l’échelon politique, Tsahal a cessé le feu dans le cadre de la campagne contre l’Iran et reste en état d’alerte maximale sur le plan défensif, prête à répondre à toute violation », a déclaré l’armée israélienne.
Elle a toutefois précisé qu’elle « poursuivait les combats et les opérations terrestres contre l’organisation terroriste du Hezbollah » au Liban.
Selon Tsahal, les frappes contre l’Iran ont été suspendues à 3 heures du matin, après une série d’attaques menées par l’armée de l’air afin de réduire les tirs de missiles balistiques iraniens visant Israël.
Au cours de ces frappes « intensives » menées durant la nuit, des avions de chasse ont visé des sites de lancement et des lanceurs de missiles balistiques, « afin de réduire et limiter significativement l’ampleur des tirs », a précisé l’armée.
« Les avions de chasse de l’armée de l’air de Tsahal, sous la direction du Directorat des Renseignements militaires, ont frappé des dizaines de sites de lancement, déjouant ainsi un barrage de missiles balistiques de plus grande ampleur visant l’État d’Israël », a encore indiqué Tsahal.
Téhéran a continué de tirer des missiles balistiques sur Israël jusqu’à environ 3 h 30 du matin.
Peu après l’annonce du cessez-le-feu par Donald Trump, le régime iranien a lancé un missile balistique en direction de la région de Jérusalem et du centre du pays, suivi de plusieurs autres tirs visant le centre, le nord et le sud d’Israël.
Les secouristes ont signalé que trois jeunes garçons avaient été légèrement blessés par une sous-munition iranienne qui a frappé la ville méridionale de Tel Sheva. Les services de secours du Magen David Adom (MDA) ont indiqué avoir pris en charge deux adolescents de 15 ans et un enfant de 12 ans blessés par l’explosion et des éclats de verre.
Plusieurs autres personnes ont été traitées pour des troubles anxieux aigus, a ajouté le MDA.
Le commandement du Front intérieur a procédé, de son côté, à une évaluation de la situation. Tsahal a indiqué qu’elle informerait la population de toute modification des consignes de sécurité.
Le Hezbollah devrait publier une déclaration exposant sa position officielle sur le cessez-le-feu, ainsi que sur l’affirmation faite par Benjamin Netanyahu selon laquelle le Liban n’était pas concerné, ont indiqué trois sources libanaises à Reuters.
Par ailleurs, des médias libanais ont fait état mercredi matin de plusieurs frappes israéliennes dans le sud du Liban. Tsahal a également réitéré son appel aux civils à évacuer la ville côtière de Tyr, en prévision de nouvelles frappes dans la zone.
Le Hezbollah a lancé, le 2 mars, sa première attaque à la roquette contre Israël depuis l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024. Israël a alors mené des frappes aériennes massives et poussé ses troupes plus avant en territoire libanais. Cet accord de trêve avait mis fin à plus d’un an de conflit déclenché par le Hezbollah, qui avait ouvert les hostilités au lendemain du pogrom du 7 octobre 2023 perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, soutenu par le régime iranien lui aussi, et qui avait déclenché la guerre à Gaza.
Le Hezbollah a déclaré que la reprise de ses attaques était une réponse à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au début de la campagne de bombardements américano-israélienne le 28 février, mais aussi aux frappes et à la présence continues d’Israël au Liban depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.
Israël a maintenu cinq positions stratégiques à l’intérieur du Liban, invoquant des impératifs de sécurité, et a continué de mener des frappes aériennes régulières contre des bastions du Hezbollah dans le pays, accusant le groupe de violations répétées de l’accord.
Selon les autorités libanaises, plus de 1 500 personnes auraient été tuées au Liban et près d’un million déplacées depuis le 2 mars. Tsahal affirme, pour sa part, avoir éliminé environ 1 100 terroristes membres du Hezbollah, dont plusieurs centaines appartenant à la force Radwan, l’unité d’élite du groupe.
Onze soldats israéliens ont été tués dans le sud du Liban depuis la reprise des combats. Deux civils ont été tués par des tirs de roquettes du Hezbollah, tandis qu’un civil israélien a été tué par erreur dans le nord lors d’un tir d’artillerie israélien.
« L’un des plus graves échecs stratégiques qu’Israël ait connu »
Alors que les réactions nationales à la trêve avec l’Iran sont restées limitées en raison de la fête de Pessah, les responsables de l’opposition ont accusé Benjamin Netanyahu de ne pas avoir obtenu satisfaction sur les exigences israéliennes dans le cadre du cessez-le-feu.
« Il n’y a jamais eu un tel désastre diplomatique dans toute notre histoire », a écrit sur X le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, à la tête du parti centriste Yesh Atid. « Israël n’était même pas à la table des négociations lorsque des décisions ont été prises concernant le cœur de notre sécurité nationale. »
Tout en reconnaissant que « l’armée a accompli tout ce qui lui a été demandé » et que « la population a fait preuve d’une résilience remarquable », Lapid a estimé que Netanyahu « a échoué sur le plan diplomatique, sur le plan stratégique, et n’a atteint aucun des objectifs qu’il s’était lui-même fixés ».
« Il nous faudra des années pour réparer les dégâts diplomatiques et stratégiques causés par Netanyahu, en raison de son arrogance, de sa négligence et de son absence de planification stratégique », a-t-il ajouté.
Yaïr Golan, chef du parti de gauche Les Démocrates, a lui aussi dénoncé la conduite du gouvernement, estimant que « Netanyahu a menti ». « Il a promis une “victoire historique” et la sécurité pour des générations ; dans les faits, nous avons connu l’un des plus graves échecs stratégiques qu’Israël ait connus », a-t-il écrit.
« Du sang a été versé. Des citoyens courageux ont été tués. Des soldats sont tombés. Une nation entière s’est réfugiée dans des abris », sans « qu’aucun des objectifs n’a été atteint : le programme nucléaire n’a pas été détruit, la menace balistique demeure, le régime est toujours en place et sort de cette guerre renforcé ».
Le député Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, a averti « qu’un cessez-le-feu avec l’Iran offre au régime des ayatollahs un répit et le temps de se réorganiser ».
« Tout accord avec l’Iran, sans qu’il renonce à détruire Israël, à enrichir de l’uranium, à développer des missiles balistiques et à soutenir des groupes terroristes dans la région, signifie que nous nous dirigeons vers une nouvelle guerre, dans des conditions plus difficiles et à un coût plus élevé », a-t-il écrit sur X.
L’annonce du cessez-le-feu par Donald Trump a également suscité des critiques immédiates au sein de la coalition. Le député Zvika Fogel, du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, avait écrit sur X : « Donald, tu t’es ridiculisé ! », dans un message qu’il a depuis supprimé, sans commenter le rôle de Benjamin Netanyahu dans l’accord.







