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INTERVIEW

Netanyahu : Une réforme est nécessaire car la Cour suprême est « trop puissante »

Le Premier ministre a déclaré, lors d'une interview donnée à Londres le week-end dernier, que la réforme du système judiciaire fera d'Israël une "démocratie plus forte"

Le journaliste britannique Piers Morgan, à gauche, interviewant le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Londres, le 25 mars 2023. (Crédit : Capture d'écran YouTube : utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur les droits d'auteur)
Le journaliste britannique Piers Morgan, à gauche, interviewant le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Londres, le 25 mars 2023. (Crédit : Capture d'écran YouTube : utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur les droits d'auteur)

Dans une interview enregistrée samedi soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a insisté sur le fait que la réforme du système judiciaire de son gouvernement était nécessaire car la Cour suprême est « trop puissante », affirmant que les tentatives controversées de neutraliser la Cour aboutiraient à une « démocratie plus forte ».

Alors que l’interview devait être diffusée lundi soir, elle a été mise en ligne quelques heures plus tôt, car on craignait qu’elle ne devienne rapidement obsolète, alors que le pays est secoué par des manifestations de masse et que Netanyahu devait annoncer une suspension du processus législatif de la réforme largement controversée.

Netanyahu a donné l’interview à Londres, où il a accusé la Haute Cour d’Israël « d’annuler » les actions du gouvernement par le biais de ses interventions « inacceptables ».

« Il y a beaucoup de tension en ce moment et j’aimerais qu’il n’en soit pas ainsi, mais je suis certain que nous surmonterons cette difficulté parce qu’il faut réformer les choses qui s’enlisent », a-t-il déclaré lors de l’entretien avec Piers Morgan.

La coalition Netanyahu, réunissant la droite, l’extrême-droite et les ultra-orthodoxes, a mis en place un projet de loi, qui vise à affaiblir la capacité de la Cour à contrôler le Parlement et à donner au gouvernement le contrôle de la nomination des juges.

L’interview a été diffusée alors que des manifestations nationales de masse faisaient rage pour la douzième semaine consécutive en raison des projets du gouvernement. Dimanche soir, des manifestations spontanées ont éclaté dans tout le pays après que Netanyahu a limogé le ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour avoir demandé l’arrêt du processus législatif.

Les manifestations se sont poursuivies lundi, en plus d’une grève générale déclenchée par le Syndicat national de la Histadrout, qui a entraîné la fermeture d’écoles, de jardins d’enfants et d’entreprises, ainsi que l’immobilisation des vols en partance de l’aéroport Ben Gurion.

« Les critiques et les opposants à la réforme judiciaire soulèvent une question qui, à mon avis, est tout à fait justifiée : Voulons-nous passer d’un extrême à l’autre ? Il ne faut pas que le pendule passe de l’autre côté et que la Knesset, notre Parlement, puisse annuler n’importe quelle décision de la Cour suprême, et je pense qu’il faut un équilibre. Je suis d’accord avec cela », a répondu Netanyahu à Morgan.

Les opposants à la réforme considèrent le projet de loi relatif aux nominations judiciaires comme une « ligne rouge », affirmant qu’il politiserait la Cour, supprimerait des contrôles essentiels du pouvoir gouvernemental et porterait gravement atteinte au caractère démocratique d’Israël.

Le Premier ministre a réitéré son affirmation selon laquelle la réforme ferait d’Israël une « démocratie plus forte ».

« Ce que nous avons en Israël, c’est l’ossification du déséquilibre entre les trois branches du gouvernement. Cela s’est produit au cours des 20 dernières années. Il n’a cessé de se creuser, de se creuser et de se creuser un peu plus », a-t-il déclaré.

« Et les gens disent que nous voulons corriger cela et vous savez, les gens qui sont habitués à une chose ne veulent pas se corriger [sic] », a-t-il ajouté, avant que Morgan ne le défie en disant que les critiques pensaient qu’il s’agissait d’un changement de régime plutôt que d’une réforme.

Des manifestants devant la Knesset contre le projet de réforme du système judiciaire du gouvernement, à Jérusalem, le 27 mars 2023. (Crédit : Miriam Pomerantz)

« Il faut bien comprendre ce qu’est une démocratie. La démocratie est une règle de la majorité avec une protection des droits individuels et pour obtenir ces deux choses, il faut un équilibre des pouvoirs entre les trois branches du gouvernement – le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Tout le monde comprend cela », a-t-il déclaré.

« En Israël, au cours des 20 dernières années, cet équilibre a été rompu parce que le pouvoir judiciaire est devenu – non pas indépendant, il a toujours été indépendant et le sera toujours – mais tout-puissant, de sorte qu’il peut annuler n’importe quelle décision du Parlement, la Knesset, et qu’il peut s’agir d’une loi qu’il considère comme non raisonnable », a-t-il ajouté.

« Il n’y a pas d’équilibre des pouvoirs », a-t-il ajouté.

« En Israël, le débat est si étroit et si unilatéral que l’on se demande comment il est possible que les juges soient choisis par les élus, ce à quoi je réponds : ‘Reveillez-vous, c’est ce qui se fait dans toutes les démocraties' », a-t-il affirmé.

Les partisans de la réforme ont affirmé que les changements proposés alignaient Israël sur d’autres démocraties, telles que l’Irlande.

Mais l’ancien ministre irlandais de la Justice, Alan Shatter, a qualifié la réforme du système judiciaire de « politisée, opportuniste, mal pensée et régressive », et a déclaré que l’ensemble du paquet de réformes devrait « être immédiatement mis en chambre froide », lors d’une conférence organisée par l’Institut israélien de la démocratie dimanche.

Il a noté qu’en Irlande, la grande majorité des membres de son conseil consultatif pour les nominations judiciaires sont soit des juges, soit des juristes, et qu’il n’y a aucun politicien au sein du panel, même si trois des membres sont nommés par le ministre de la Justice. Cette commission soumet une liste de candidats recommandés pour un poste juridique au ministre de la Justice, qui soumet ensuite sa propre recommandation à partir de cette liste au cabinet pour approbation, a-t-il expliqué.

En revanche, la loi que le gouvernement israélien s’apprête à approuver donnerait une majorité automatique à la coalition gouvernementale au sein de la commission de sélection des juges et lui permettrait vraisemblablement de contrôler toutes les nominations aux tribunaux inférieurs et la grande majorité des nominations à la Cour suprême.

L’ancien ministre de la Justice irlandais Alan Shatter s’exprimant lors d’une conférence organisée par l’Institut israélien de la démocratie, à Jérusalem, le 26 mars 2023. (Crédit : Oded Karni)

« Je défendrai toujours l’indépendance du pouvoir judiciaire et la manière dont elle est assurée dans toutes les démocraties où les juges sont nommés par des représentants élus », a déclaré Netanyahu dans l’interview.

Alors que Netanyahu a multiplié les interviews dans les médias internationaux au cours des derniers mois pour tenter d’expliquer la réforme, il ne s’est jamais adressé aux médias israéliens.

Vendredi dernier, les dirigeants des mouvements de protestation ont annoncé une « semaine de paralysie » sans précédent à l’échelle nationale, visant à bouleverser la vie quotidienne dans le pays, avec notamment des manifestations de masse à Tel-Aviv et à Jérusalem.

Depuis près de trois mois, des manifestations de masse hebdomadaires sont organisées contre le projet de loi, et une vague croissante d’objections a été soulevée par des personnalités publiques de premier plan, dont le président, des juristes et des chefs d’entreprise.

Jeremy Sharon a contribué à cet article.

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