Nouvelle normalité (surréaliste): Des journalistes israéliens à Abou Dhabi
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Nouvelle normalité (surréaliste): Des journalistes israéliens à Abou Dhabi

Pendant que les hauts responsables officialisaient les relations, nous avons visité la capitale et sommes rentrés chez nous en survolant l'Arabie Saoudite - du jamais vu auparavant

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des journalistes israéliens à la tour de guet historique d'Abu Dhabi, le 1er septembre 2020. (Matty Stern/ Ambassade des États-Unis)
Des journalistes israéliens à la tour de guet historique d'Abu Dhabi, le 1er septembre 2020. (Matty Stern/ Ambassade des États-Unis)

ABOU DHABI, Émirats arabes unis – Alors que la journée de lundi a été dominée par les gros titres concernant le tout premier vol sans escale historique d’Israël de Tel Aviv vers un pays du Golfe arabe, la deuxième et dernière journée du voyage de la délégation israélienne à Abou Dhabi a été moins spectaculaire – mais non moins chargée et colorée.

Nos hôtes émiratis ont mis en place un programme chargé, toujours dans le but de nous montrer les meilleurs aspects de leur pays, avec un accent particulier sur l’histoire et la religion. Ce fut une journée de tourisme fascinante et parfaitement normale, rendue surréaliste par le fait que nous étions des Israéliens dans la capitale d’un État du Golfe avec lequel les relations normales étaient inexistantes avant ce voyage.

Avant la partie officielle de l’itinéraire, vers 7h30, j’ai rejoint le chef de la délégation israélienne, le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, ainsi que d’autres responsables israéliens et un groupe de Juifs locaux, pour un office de prière matinale rapidement organisé dans une salle de l’hôtel chic St. Regis où nous étions logés.

Des membres des deux congrégations orthodoxes rivales de Dubaï étaient présents et avaient apporté deux rouleaux de la Torah à Abou Dhabi (il n’y a pas de communauté juive dans la capitale), bien que la Torah ne soit généralement pas lue le mardi matin.

Un minyan juif organisé à l’hôtel de la délégation israélienne à Abu Dhabi, Émirats arabes unis, le 1er septembre 2020. (Raphael Ahren/Times of Israel)

Après les offices habituels, dirigés par un cantor d’origine belge de la congrégation officielle, un rabbin de la communauté dissidente a sonné le shofar en l’honneur de la prochaine fête de Rosh HaShana et a récité une prière en hébreu pour les EAU, ses dirigeants et ses forces armées. Ben-Shabbat a entonné brièvement les seli’hot, récitées avant le Nouvel An juif pour demander le pardon divin. « Nous avons péché devant toi, aie pitié de nous », a-t-il chanté sur des airs traditionnels sépharades. Quelques instants plus tard, les membres de la communauté ont brièvement ouvert l’un des rouleaux de la Torah, et Ben-Shabbat, repérant un verset qui se rapportait à « venir en paix », l’a lu à haute voix.

Après l’office, nous avons suivi un écriteau à l’extérieur du hall : « Nourriture casher servie dans la salle à manger principale ». Tout comme le banquet de la veille, le petit-déjeuner a été fourni par Elli’s Kosher Kitchen, une entreprise de restauration basée à Dubaï, et supervisé par un rabbin israélo-américain venu spécialement pour l’occasion.

Le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat rencontre son homologue, le conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis, Sheikh Tahnoun bin Zayed, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale des Émirats arabes unis, Sheikh Abdullah bin Zayed, le conseiller présidentiel américain Jared Kushner et le conseiller américain à la sécurité nationale Robert O’Brien, et d’autres responsables, dans le palais du conseiller à la sécurité nationale des Emirats arabes unis à Abou Dhabi, le 31 août 2020. (Amos Ben-Gershom / GPO)

Ben-Shabbat et les autres responsables israéliens sont ensuite retournés dans les salles de réunion pour poursuivre leur travail sur les questions juridiques et logistiques de l’accord de paix, avec leurs homologues émiratis. Ils ont élaboré le premier protocole sur les services bancaires et financiers, et ont discuté d’autres domaines, tels que les liaisons aériennes et la coopération en matière de science et de technologie. Ces discussions étaient fermées à la presse.

En revanche, nous, les journalistes, sommes allés faire du tourisme.

Tout d’abord, nous avons eu droit à une visite guidée du centre de la grande mosquée Sheikh Zayed, la plus grande maison de prière musulmane du pays.

Vue de la mosquée Sheikh Zayed, Abu Dhabi. (Raphael Ahren / Times of Israel)

Achevée en 2007, cette immense mosquée – qui peut accueillir 41 000 fidèles – n’est actuellement pas utilisée en raison de la pandémie de coronavirus, elle était donc à la fois vaste et sereine. (Avec une population de taille similaire, près de 90 % d’expatriés et d’immigrants, les EAU se portent plutôt mieux qu’Israël dans la lutte contre le COVID-19, et sont considérés depuis cette semaine comme un « pays vert » par Israël).

En termes de taille et d’impact architectural, la mosquée peut être comparée à la grande synagogue de Belz à Jérusalem (bien que le sanctuaire principal de ce bâtiment ne puisse accueillir qu’environ 7 000 personnes).

Nommée en l’honneur du père fondateur du pays, le cheikh Zayed bin Sultan al-Nahyan, la mosquée est l’une des principales attractions d’Abou Dhabi. Les ministres israéliens Yisrael Katz et Miri Regev s’y sont tous deux rendus lorsqu’ils sont venus y représenter Israël lors de conférences internationales, quelques mois avant que les EAU ne s’engagent ouvertement à établir des relations diplomatiques avec Israël le 13 août.

Devant la mosquée Sheikh Zayed. (Raphael Ahren / Times of Israel)

Il y a des entrées séparées pour les hommes et les femmes, et les reporters féminins de notre groupe ont dû se couvrir les cheveux avec les foulards fournis et mettre des tenues allant des épaules aux pieds dans différentes teintes de rouge, rose et violet.

Une fois la sécurité passée, nous avons été conduits dans des sortes de voiturettes de golf jusqu’à l’entrée de la mosquée elle-même.

Nous avons enlevé nos chaussures et sommes entrés dans le sanctuaire principal, qui comporte un tapis persan vert – que l’on dit être le plus grand du monde – et sept lustres massifs, éblouissants et colorés, pesant chacun 12 tonnes. Bien que nous ayons été autorisés à photographier, on nous a demandé de ne pas publier de photos de l’intérieur de la mosquée, mais c’est vraiment un spectacle.

Dunes de sable dans l’oasis de Liwa. (Peter Dowley / Wikipedia)

L’étape suivante a été une très brève visite de Qasr Al Hosn, un musée hyper-moderne sur l’histoire d’Abou Dhabi. Un guide nous a parlé de Liwa, un arc d’oasis au nord du désert de Rub Al Khali qui est la maison ancestrale des Bani Yas, l’une des plus grandes tribus de la région.

Elle nous a ensuite conduits à la tour de guet historique, qui a été construite dans les années 1700 et qui fait partie de l’enceinte du musée. Elle est considérée comme la plus ancienne structure permanente de l’île d’Abou Dhabi.

Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan, fondateur des EAU (Ministère des Affaires étrangères des EAU)

Elle nous a également raconté la biographie du père fondateur des EAU, le Cheikh Zayed, et lorsque nous lui avons demandé ce qu’il penserait de la normalisation avec Israël, elle a répondu : « Il serait très heureux. C’était un homme de paix ».

Et qu’en pense-t-elle ? « Nous suivons nos dirigeants. Quoi qu’ils décident, nous les soutenons, aveuglément », a-t-elle déclaré.

De là, nous nous sommes rendus directement à l’aéroport, pour un briefing enregistré avec Jamal al-Musharakh, le directeur du département de planification politique du ministère des Affaires étrangères émirati. Sa réponse à la question de savoir si le processus de normalisation s’effondrerait si Israël devait annexer des parties de la Cisjordanie a fait les gros titres en Israël – il a répondu que ce ne serait pas le cas, bien qu’il ait apparemment voulu dire que ce serait le cas – mais dans ses remarques d’ouverture, il a longuement parlé des progrès réalisés dans les relations bilatérales.

« Si je devais résumer les deux derniers jours, deux mots me viendraient à l’esprit : historique et plein d’espoir », a-t-il déclaré. Il a refusé de spéculer sur la date d’ouverture des ambassades ou sur l’inauguration de vols directs reliant les deux pays. Mais « nous voulons que cela se fasse le plus tôt possible », a-t-il assuré.

Après le briefing, nous avons été invités à un autre repas somptueux, un buffet de déjeuner (sans option casher cette fois), puis nous sommes retournés au Boeing 737-900 d’El Al qui avait marqué l’histoire un jour plus tôt.

Personnes se rendant à bord de l’avion d’El Al pour retourner d’Abu Dhabi à Tel Aviv, le 1er septembre 2020. (Raphael Ahren / Times of Israel)

Contrairement à l’arrivée du lundi, pour le départ du mardi, il n’y avait pas de drapeaux « Stars and Stripes » [drapeau des États-Unis « étoiles et bandes »] au terminal de l’aéroport – seulement les drapeaux émiratis et israéliens. Cette fois-ci, il n’y avait pas de hauts fonctionnaires de la Maison Blanche dans l’avion, car Jared Kushner et son équipe devaient se rendre dans d’autres pays du Golfe.

Mais le vol 972 d’El Al (code d’appel international d’Israël, par opposition au vol 971 avec l’indicatif des Émirats arabes unis lundi) était toujours autorisé à survoler l’espace aérien saoudien en direction de Tel Aviv.

Ce processus de normalisation semble fonctionner.

Le conseiller à la sécurité nationale israélienne Meir Ben-Shabbat salue alors qu’il monte dans l’avion avant de quitter Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, le 1er septembre 2020. (NIR ELIAS / POOL / AFP)
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