Nouvelles tensions entre Chikli et les principaux groupes juifs britanniques
Deux groupes fustigent le ministre de la Diaspora pour avoir invité Tommy Robinson en Israël ; le ministre réplique en accusant le Board of Deputies de s'aligner sur les "partis de gauche woke"

Samedi soir, les deux principales organisations juives britanniques ont publiquement manifesté leur opposition au ministre israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, Amichai Chikli, après que ce dernier a annoncé qu’il accueillerait le militant d’extrême droite anti-islam Tommy Robinson en Israël à la fin du mois et l’a qualifié de « courageux leader ».
Né Stephen Christopher Yaxley-Lennon, Robinson a fait cinq séjours en prison au cours des 20 dernières années pour diverses infractions, de la fraude et de délits liés à la drogue à, plus récemment, la diffamation à l’encontre d’un réfugié syrien âgé de 15 ans.
Vendredi, Chikli, qui est membre du Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a fait savoir qu’il avait invité Robinson à venir en Israël en réponse à l’attaque terroriste meurtrière perpétrée dans une synagogue de Manchester le jour de Yom Kippour, au cours de laquelle deux Juifs ont trouvé la mort.
« Tommy est un courageux leader, en première ligne face à l’islam radical », a déclaré Chikli, louant l’agitateur d’extrême droite.
« Il a prouvé qu’il était un véritable ami d’Israël et du peuple juif. Il ne craint pas de dire la vérité, ni d’affronter la haine », a salué Chikli. « Avec des amis comme Tommy Robinson, nous pourrons construire des ponts de solidarité plus solides, lutter contre le terrorisme et défendre la civilisation occidentale, ainsi que nos valeurs communes. »
Robinson a accepté l’invitation, et fait part de son intention de venir en Israël à la fin du mois.
“Tommy Robinson is a thug who represents the very worst of Britain. His presence undermines those genuinely working to tackle Islamist extremism and foster community cohesion. Minister Chikli has proven himself to be a Diaspora Minister in name only. In our darkest hour, he has… https://t.co/BswfB4mXZ6 pic.twitter.com/LZ1rkPFzOe
— Board of Deputies of British Jews (@BoardofDeputies) October 4, 2025
En réponse à l’annonce de Chikli, le Board of Deputies of British Jews, une organisation communautaire juive fondée en 1760, et le Jewish Leadership Council du Royaume-Uni ont publié un communiqué conjoint dans lequel ils ont qualifié Robinson de « voyou représentatif du pire de la Grande-Bretagne ».
« Sa présence nuit à ceux qui œuvrent sincèrement pour lutter contre l’extrémisme islamiste et favoriser la cohésion communautaire », ajoute le communiqué.
S’en prenant ensuite à Chikli, le communiqué indique qu’il avait « prouvé qu’il n’était ministre de la Diaspora que de nom ».
« Dans les moments les plus sombres, il a ignoré l’opinion de la grande majorité des Juifs du Royaume-Uni, qui rejettent catégoriquement et systématiquement Robinson ainsi que tout ce qu’il représente », ont souligné les deux organisations.
Robinson, ancien hooligan dans les stades de football, a créé l’English Defense League pour protester contre les manifestations islamiques dans sa ville natale de Luton. Son organisation, lorsqu’elle est devenue un mouvement national, n’a pas tardé à attirer une foule d’extrême droite. Robinson milite depuis longtemps contre les crimes prétendument commis par les migrants musulmans.
Ces derniers jours, Robinson a à plusieurs reprises attaqué le Board of Deputies dans des publications sur le réseau X.
Chikli qui, tout au long de son mandat, s’est à plusieurs reprises opposé aux organisations juives à l’étranger, a répondu au Board of Deputies , qu’il a accusé d’être devenu une « organisation politique ouvertement alignée avec les partis de gauche, progressistes et pro-palestiniens ».
« Autrefois fièrement sioniste, désormais politiquement à la dérive », a-t-il déclaré à propos du Board of Deputies, qui représente des centaines d’organismes communautaires juifs au Royaume-Uni. « Si seulement ils déployaient autant d’énergie pour s’opposer à la reconnaissance par le Royaume-Uni d’un État terroriste palestinien que pour s’opposer à moi et à [Tommy Robinson]. »
Contrairement aux affirmations de Chikli, le Board of Deputies n’a pas cessé de faire campagne contre la décision prise le mois dernier par le Premier ministre britannique Keir Starmer de reconnaître un État palestinien à ce stade, alors que 48 otages sont toujours aux mains du Hamas et d’autres groupes terroristes de Gaza.
À la suite de l’annonce de Starmer, l’organisation a fait part de la « consternation profonde » de la communauté juive britannique face à « la manière dont le Royaume-Uni a choisi de reconnaître un État palestinien », une décision qui ne contribuerait en rien « à faire avancer le cessez-le-feu, à libérer les otages, à mettre fin aux souffrances des Palestiniens dans la bande de Gaza ou à promouvoir une paix durable ».
Chikli s’est attelé à renforcer les relations entre Israël et les partis d’extrême droite européens, que l’État juif avait longtemps boycottés en raison de leurs liens avec l’antisémitisme et le nazisme. Un soutien ouvert qui a suscité la condamnation des pays européens.
En mars, après avoir appris qu’une série de personnalités européennes d’extrême droite avaient également été invitées, le philosophe français Bernard-Henri Lévy et deux responsables allemands ont annulé leur participation à une conférence israélienne sur la lutte contre l’antisémitisme organisée par Chikli.
En décembre, l’ambassadeur de Roumanie en Israël a condamné Chikli, qui avait eu une conversation téléphonique avec le candidat à la présidence Calin Georgescu, qui a fait l’éloge des dirigeants roumains responsables de la mort de quelque 280 000 Juifs pendant la Shoah.
L’an dernier, le président français Emmanuel Macron s’est plaint auprès de Netanyahu au sujet de Chikli après que celui-ci a publiquement apporté son soutien à la candidature de Marine Le Pen, du Rassemblement national, aux élections présidentielles du pays.







