Odeh : « Nous pouvons triompher sous peu du plan Trump »
Rechercher

Odeh : « Nous pouvons triompher sous peu du plan Trump »

"Nous voulons la chute de Netanyahu car c'est le plus grand provocateur des citoyens arabes et c'est le parrain de 'l'accord du siècle'", affirme le chef de la Liste arabe unie

Le chef du parti de la Liste arabe unie Ayman Odeh. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti de la Liste arabe unie Ayman Odeh. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef des partis arabes israéliens Ayman Odeh tente de freiner le plan américain pour le Moyen-Orient en commençant par chasser le « parrain » de ce projet, Benjamin Netanyahu, aux élections israéliennes de lundi.

Sa « Liste unie », une coalition hétérogène de partis arabes israéliens où se mêlent communistes, socialistes, libéraux et islamistes, avait aux élections de septembre 2019 obtenu la troisième marche du podium derrière le Likud de Benjamin Netanyahu et le parti Kakhol lavan de l’ex-général Benny Gantz.

Odeh et une partie de ses troupes avaient recommandé Gantz au poste de Premier ministre afin de mettre un terme au pouvoir de Netanyahu dont le procès pour corruption, malversation et abus de confiance débute le 17 mars.

« Nous voulons la chute de Netanyahu car c’est le plus grand provocateur des citoyens arabes et c’est le parrain de ‘l’accord du siècle' », surnom du projet américain pour un règlement du conflit israélo-palestinien, lance Odeh, dans un entretien avec l’AFP à Haïfa, sa ville d’origine dans le nord d’Israël.

Si Gantz et la gauche s’arc-boutent contre Netanyahu pour ses démêlés judiciaires, Ayman Odeh joue une toute autre carte pour cette troisième élection en moins d’un an : le plan du président américain Donald Trump.

Le président américain Donald Trump (à droite) lors d’une réunion bilatérale élargie avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le 27 janvier 2020, dans le bureau ovale de la Maison Blanche. (Photo officielle de la Maison Blanche par D. Myles Cullen)

Netanyahu jubile à l’annonce du plan fin janvier, les Palestiniens se froissent. Et les Arabes israéliens, ces descendants des Palestiniens restés sur leurs terres après la création d’Israël ?

« Le problème principal de ce plan tient à ce que le Premier ministre israélien a accepté de céder une partie de sa population », lance M. Odeh. Le transfert du « Triangle » vers la Palestine à venir – tant décrié.

Bibi vs. Tibi

Le plan propose en effet de transférer le contrôle d’une dizaine de villages et villes arabes israéliens regroupés dans une région baptisée le « Triangle » à un futur Etat palestinien.

« C’est comme si les Arabes étaient les citoyens non désirés d’un pays qui se voulait exclusivement pour les Juifs », déplore M. Odeh. « Je suis un fils de Haïfa, j’ai grandi avec les Juifs, on ne peut pas établir une frontière entre nous et nos voisins juifs », souligne l’homme.

Ces jours-ci, Ayman Odeh sillonne les secteurs arabes d’Israël pour moissonner la colère face à un projet qu’il qualifie du « plus dangereux depuis 1967 ».

Dans le camp Netanyahu, l’épithète « dangereux » s’écrit plutôt à côté de « Odeh ». Ou de « (Ahmad) Tibi ». Un ténor de la Liste arabe unie dont le visage arrondi orne des affiches du Likud avec la mention en hébreu « Bli Ahmad Tibi », « sans Ahmad Tibi ».

Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh, (à droite), et Ahmad Tibi, membre du parti, arrivent à la Knesset pour une réunion de faction, le 22 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Bref, Netanyahu propose un gouvernement sans les partis arabes et accuse son rival Benny Gantz de s’appuyer sur leur soutien.

Le moins pire

« Mais nous sommes capables de mettre fin au règne de Netanyahu et de l’extrême droite sans appui extérieur », soutient M. Odeh, qui cite Ibn Khaldoun, grand historien arabe du 14e siècle et penseur de la naissance et du déclin des dynasties.

Comment vaincre le « Roi Bibi » ? En septembre, la Liste arabe unie avait remporté 13 sièges et soutenu Gantz. Pourquoi ?

« Il y a un adage palestinien qui dit : ‘qu’est-ce qui t’a conduit à tant d’amertume ? Et la réponse est : encore plus d’amertume' », répond Ayman Odeh. Entre deux maux, il avait choisi, selon lui, le moins pire.

Cette fois, la pilule ne passe plus.

Sa coalition assure ne plus vouloir soutenir Gantz, mais simplement empêcher le Premier ministre et ses alliés d’atteindre le chiffre de 61 députés, seuil pour former un gouvernement.

Et pour y parvenir, elle souhaite passer à 16 députés et priver de sièges précieux le camp Netanyahu qui accuse les députés arabes israéliens de passer leur temps à « jouer au backgammon ».

Netanyahu écarté du pouvoir, les partis arabes espèrent pouvoir freiner le plan Trump, mais devront convaincre pour ce faire une partie de la classe politique israélienne, à commencer par Gantz, de discuter avec eux et avec les Palestiniens. Gantz est favorable au plan, mais son camp a ouvert la voie à des discussions.

D’ici là, Ayman Odeh se rêve en tombeur du « Roi Bibi » qui aura, espère-t-il, amplement le temps après les élections « de jouer au backgammon ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...