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Olaf Scholz, la mue de « l’automate » en chancelier de guerre

Celui qui s'est inspiré durant sa campagne jusqu'au mimétisme de la gestuelle de la populaire Angela Merkel, s'avère être capable d'abattre des totems qui semblaient intouchables

Le chancelier fédéral allemand Olaf Scholz (SPD) s'exprime lors d'une conférence de presse après les consultations sur la pandémie de coronavirus entre le gouvernement fédéral et la Conférence des ministres présidents à la Chancellerie fédérale à Berlin, le mardi 21 décembre 2021. (Crédit : Bernd von Jutrczenka/ Photo de pool via AP)
Le chancelier fédéral allemand Olaf Scholz (SPD) s'exprime lors d'une conférence de presse après les consultations sur la pandémie de coronavirus entre le gouvernement fédéral et la Conférence des ministres présidents à la Chancellerie fédérale à Berlin, le mardi 21 décembre 2021. (Crédit : Bernd von Jutrczenka/ Photo de pool via AP)

Critiqué pour son manque de charisme et son débit monocorde, Olaf Scholz, surnommé « l’automate », s’est mué depuis l’invasion russe de l’Ukraine en chancelier de guerre qui fait voler en éclats nombre de tabous allemands.

En janvier encore, le hashtag « #Où est Olaf Scholz ? » faisait florès sur les réseaux sociaux dans une Allemagne orpheline de la populaire Angela Merkel qui venait de quitter le pouvoir après 16 années à la chancellerie.

Mais la Russie a depuis envahi l’Ukraine et l’ancien maire de Hambourg se révèle aux yeux des Allemands dans un rôle de chef de guerre au parler clair.

Son discours au Bundestag dimanche, dans lequel il a annoncé un investissement sans précédent dans la défense et décrit un monde plongé dans une « nouvelle ère », a marqué les esprits.

Le Bundestag allemand. (Courtesy Whitehouse)

M. Scholz a même été applaudi par ses adversaires chrétiens-démocrates, relégués dans l’opposition mais de nouveau en tête dans les sondages.

Même le quotidien populaire Bild, d’ordinaire peu avare des critiques envers le dirigeant social-démocrate, a décerné un satisfecit à ce « chancelier de gauche qui met en œuvre des exigences délaissées par les dirigeants conservateurs pendant de très, très nombreuses années ».

« Illusions »

A la tête d’une coalition bâtie notamment avec des écologistes traditionnellement anti-militaristes, « Scholz, qui reste souvent dans l’approximation rhétorique, n’a laissé aucun doute sur sa détermination », abonde l’hebdomadaire Der Spiegel.

« Alors qu’au début de la crise russe, le chancelier allemand hésitait encore à se positionner clairement, l’attaque belliqueuse de Poutine a manifestement fait voler en éclats ses illusions », explique à l’AFP la politologue Ursula Münch, pour qui M. Scholz « sait aussi choisir des mots clairs et sans équivoque quand il le faut ».

Le chancelier allemand Olaf Scholz s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre italien Mario Draghi au bureau du gouvernement du palais Chigi à Rome, le lundi 20 décembre 2021. (Crédit : AP/Guglielmo Mangiapane, Pool)

Le controversé gazoduc germano-russe Nord Stream 2, projet pharaonique mené par Moscou et Berlin? M. Scholz le décrivait encore il y a quelques semaines comme un projet « d’économie privé » qui devait rester à l’écart des tensions à la frontière ukrainienne.

Il est désormais suspendu et n’est pas près d’entrer en activité.

Le refus traditionnel de l’Allemagne de livrer des armes létales dans des zones de guerre ? Berlin a autorisé samedi la livraison à Kiev de lance-roquettes antichar, missiles sol-air Stinger et obusiers.

L’Allemagne, attachée à son équilibre budgétaire, qui rechignait à participer au financement de l’Otan, au grand dam de Donald Trump ? Elle consacrera à l’avenir chaque année plus de 2 % de son Produit intérieur brut à sa défense, soit beaucoup plus qu’aujourd’hui.

M. Scholz a aussi pris ses distances ces dernières semaines avec son ancien mentor, l’encombrant Gerhard Schröder, proche du président russe Vladimir Poutine et membre de plusieurs conseils d’administration de groupes russes.

Le chantier du futur avion de combat, mené avec la France et qui semblait enlisé, ainsi que l’achat de drones armés à Israël, rejeté jusqu’ici par la coalition au pouvoir, vont eux aussi être accélérés.

Un paradoxe pour l’ancien cadre des Jeunes sociaux-démocrates, qui a entamé son engagement politique dans les années 1980 en manifestant contre la course aux armements.

« Naïveté » de Merkel

Le successeur d’Angela Merkel avait déjà montré sa capacité d’adaptation aux événements durant la pandémie : après avoir défendu la politique du « déficit zéro », celui qui était alors ministre des Finances du gouvernement Merkel a été un des promoteurs en 2020 du massif plan d’aide européen et n’a pas hésité à dégainer ce qu’il a appelé le « bazooka » de la dépense publique.

La chancelière allemande Angela Merkel lors d’une conférence de presse après une réunion avec les partenaires sociaux à Meseberg, à l’est de l’Allemagne, le 3 septembre 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Tobias SCHWARZ)

M. Scholz, qui s’est inspiré durant sa campagne jusqu’au mimétisme de la gestuelle de la populaire Mme Merkel, s’avère ainsi, comme l’ex-chancelière, capable d’abattre du jour au lendemain des totems qui semblaient intouchables.

Mme Merkel avait ainsi décidé de sortir du nucléaire en 2011 après la catastrophe de Fukushima ou accepté la mutualisation des dettes européennes pour faire face à la pandémie.

Cette crise aiguë peut ainsi permettre à M. Scholz d’entrer pleinement dans le costume de chancelier, tout en assombrissant au passage le jugement porté sur les quatre mandats de Mme Merkel.

« Nous ne louerons plus ses talents de négociatrice, mais nous parlerons davantage de la question de savoir si et pourquoi elle et son gouvernement ont été trop naïfs face à Poutine », relève Mme Münch.

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