Olmert : Netanyahu devrait « démissionner élégamment » dès maintenant
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Olmert : Netanyahu devrait « démissionner élégamment » dès maintenant

Lors d'une première interview à sa sortie de prison, l'ex-Premier ministre attribue sa chute à Netanyahu et Adelson et affirme avoir été renversé pour avoir tenté de faire la paix

L'ancien Premier ministre Ehud Olmert dans une interview télévisée de Keshet diffusée le 17 mars 2018 (Capture d'écran de Keshet).
L'ancien Premier ministre Ehud Olmert dans une interview télévisée de Keshet diffusée le 17 mars 2018 (Capture d'écran de Keshet).

Dans sa première interview depuis sa libération de prison, à laquelle il avait été condamné pour pots-de-vin et obstruction à la justice, l’ancien Premier ministre Ehud Olmert a dit que des forces puissantes – notamment son successeur Benjamin Netanyahu et le milliardaire et magnat du casino Sheldon Adelson — avaient fait en sorte de le renverser dans la mesure où il se rapprochait de la paix avec les Palestiniens.

S’exprimant sur la chaîne Keshet lors d’un entretien diffusé samedi dans la nuit, Olmert, qui a été Premier ministre de 2006 à 2009, a également donné des conseils à Netanyahu qui est profondément plongé dans ses propres scandales de corruption en lui disant qu’il devait immédiatement démissionner. « Je vais lui dire, Bibi, démissionne et d’une manière élégante », a dit Omer. « Va, cours, disparais !… Et c’est ce qui va se passer en fin de compte ».

Dans une scène filmée aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, Olmert a été interrogé sur ce qu’il regrettait le plus.

« La plus grande perte, pour moi, est que nous pourrions être en paix depuis maintenant sept ans, que j’aurais pu signer la paix avec les Palestiniens », a-t-il dit. « C’est moi qui ai été le plus proche de la conclure », a-t-il ajouté, évoquant ses entretiens avec le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Et c’est sa volonté de faire des compromis, particulièrement sur la question de Jérusalem – où il avait offert aux Palestiniens Jérusalem-est comme capitale et un mont du Temple partagé ainsi qu’une Vieille Ville sous contrôle international – qui a mis en colère ses ennemis, a-t-il dit.

« Est-ce que nous avons véritablement besoin de 300 000 Arabes dans des zones qui n’ont jamais fait partie de Jérusalem ? Et pour cela, nous mettons en péril la destinée de Jérusalem et notre chance de faire la paix », a-t-il expliqué.

« Je me suis laissé aller au-delà des slogans, j’ai osé me libérer et aller là où les autres n’allaient pas et pour cela, j’ai payé un prix terrible », a dit Olmert. »

Comme l’a dit Yuval [le fils de Yitzhak] Rabin : « Deux Premiers ministres ont voulu faire la paix et les deux ont été éliminés. L’un, mon père, on lui a tiré dessus et l’autre a été éliminé de manière différente’ « , a-t-il dit.

L’ancien Premier ministre Ehud Olmert dans une interview télévisée de Keshet diffusée le 17 mars 2018 (Capture d’écran de Keshet).

« Il y a eu une initiative, des gens étaient derrière », a dit Olmert en commentant sa chute.

Alors qu’il lui était demandé s’il pouvait donner des noms, il a désigné Netanyahu et Adelson, leur reprochant la série soudaine d’enquêtes ouvertes à son encontre lors de la première année de son mandat de Premier ministre.

« Il y a eu plusieurs personnes, et avant tout, Benjamin Netanyahu »,a-t-il dit, ajoutant que Netanyahu ne l’appréciait pas, le considérant comme l’héritier d’Ariel Sharon qui l’avait battu lors des élections de 2006.

Dans la Knesset en octobre 2004 (de gauche à droite) : Ehud Olmert, Omri Sharon, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahu. (Crédit photo : Sharon Perry/Flash90)

« Cela l’avait rendu furieux et il cherchait tous les moyens possibles pour me renverser en collectant de l’argent, en recrutant des gens, en faisant des promesses d’avancement politique si ses recrues réussissaient dans leur mission, c’était une seule force », a-t-il commenté.

« Un autre était Sheldon Adelson, qui a fondé le journal Israel Hayom et qui a perdu des milliards de shekels avec. Il l’avait établi pour me renverser », a dit Olmert.

Ce n’est pas la première fois qu’Olmert blâme Netanyahu.

Dans des extraits de son prochain livre qui ont été publiés au début du mois, il a confié que Netanyahu avait fait se propager des théories complotistes à son sujet et qu’il avait utilisé la guerre du Liban de 2006, présidée par Olmert, pour renverser son gouvernement, organisant de fausses manifestations contre lui de la part des réservistes de l’armée et « incitant et provoquant » des parents en deuil pour qu’ils organisent des mouvements de protestation.

Olmert, qui a été libéré de prison l’été dernier après avoir servi 16 mois pour avoir accepté des pots-de-vin et pour obstruction à la justice, a été interrogé par le journaliste télévisé sur le conseil qu’il donnerait à Netanyahu, si ce dernier devait lui demander son avis alors qu’il affronte actuellement plusieurs enquêtes de corruption. Olmert a déclaré qu’il recommanderait vivement à Netanyahu de démissionner.

« Je lui dirais, Bibi, démissionne, et de manière élégante », a commenté Olmert. « Si Netanyahu devait démissionner, peut-être, peut-être qu’il y aurait une chance qu’il parvienne à préserver un minimum d’honneur pour les bonnes choses qu’il a faites. Il a fait de bonnes choses aussi ».

« Va, cours, disparais ! », a continué Olmert, « de façon à ce que l’on ne te voie plus, à ce que l’on ne t’entende plus ou ceux qui sont autour de toi. C’est ce que je lui dirais. Et c’est ce qui surviendra à la fin ».

Olmert a refusé de reconnaître un parallèle entre les affirmations de Netanyahu qu’il se trouverait persécuté par les médias, la police et le procureur de l’Etat, et ses propres assertions. « J’ai été blessé », a-t-il insisté.

Olmert a noté que tous les dossiers contre lui s’appliquaient à la période qui avait précédé son mandat de Premier ministre tandis que toutes les allégations contre Netanyahu, a dit Olmert, sont associées à sa mission de chef de l’Etat.

Interrogé sur le fait de savoir s’il s’était rendu coupable du péché d’orgueil, Olmert a répondu que « tout le monde a péché dans ce sens-là. Moi aussi ».

Alors que le journaliste lui demandait « Alors, êtes-vous corrompu ? », il a répondu : « Je suis convaincu que je ne le suis pas. Mais je sais que beaucoup de gens disent que je le suis. Oui, c’est ce qu’ils disent. Ce n’est pas ce que je suis ».

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