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Analyse

Opération Aube, un succès tactique, mais pas le dernier cycle d’affrontements

Les responsables militaires font l'éloge du Dôme de Fer qui a évité des pertes civiles importantes mais reconnaissent que le Jihad dispose encore de milliers de roquettes

Emanuel Fabian

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le système antimissile israélien du Dôme de Fer intercepte des roquettes lancées depuis la bande de Gaza vers Israël, à Ashkelon, le 7 août 2022. (Crédit : Tsafrir Abayov/AP)
Le système antimissile israélien du Dôme de Fer intercepte des roquettes lancées depuis la bande de Gaza vers Israël, à Ashkelon, le 7 août 2022. (Crédit : Tsafrir Abayov/AP)

Le combat de 66 heures entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Jihad islamique, baptisé opération Aube, qui s’est terminé par un cessez-le-feu dimanche soir, a été salué par les responsables comme l’un des rounds de combat les plus réussis dans la bande de Gaza. Mais ce ne sera pas le dernier.

L’armée israélienne a au départ été critiquée pour les mesures préventives prises durant les trois jours précédant l’opération.

Déclarant détenir des renseignements sur l’imminence d’une attaque du Jihad islamique contre des civils ou des soldats à la frontière, l’armée avait bloqué des milliers d’habitants dans leurs maisons et fermé les routes et les lignes de chemin de fer exposées aux tirs en provenance de Gaza. Décision qui a été fortement critiquée par les députés de l’opposition, clamant que le groupe terroriste avait gagné sans même avoir eu à tirer un seul coup de feu.

Mais au terme des combats, avec un accord de cessez-le-feu, des commandants terroristes de haut rang tués, un nombre minime de blessés du côté israélien et des taux d’interception record du système de défense aérienne du Dôme de fer, l’humeur a changé. L’armée reconnaît néanmoins qu’elle n’a pas atteint tous ses objectifs, et a indiqué l’inévitabilité que les combats contre le groupe terroriste reprennent a un moment ou à un autre.

Alors que les violences ont duré un peu moins de trois jours, l’escalade a commencé une semaine plus tôt. Tsahal ayant multiplié les opérations d’arrestation dans le nord de la Cisjordanie contre des membres du Jihad islamique palestinien et d’autres Palestiniens armés, le Directorat du renseignement militaire avait des indications que le groupe terroriste basé à Gaza allait tenter de lancer une attaque à la frontière. Ces indications ont été renforcées après l’arrestation de Bassem Saadi, le chef du Jihad en Cisjordanie.

L’arrestation de Saadi lundi dernier a entraîné le bouclage généralisé de la frontière avec la bande de Gaza. Les responsables militaires ont annoncé que des informations « concrètes » indiquaient une attaque « imminente ». Les bouclages ont duré plusieurs jours, pendant lesquels Tsahal a déployé des milliers de soldats dans la région ainsi que le système de défense antimissile du Dôme de fer dans le sud, à Tel Aviv et à Jérusalem.

Peu après midi vendredi, au terme d’une longue réunion avec le Premier ministre Yair Lapid et de hauts responsables militaires, le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré aux journalistes que la menace posée par le groupe terroriste du Jihad islamique serait éliminée « d’une manière ou d’une autre ».

Le Premier ministre Yair Lapid (à gauche) et le ministre de la Défense Benny Gantz (2ème à gauche) visitent le commandement du Sud de Tsahal le 7 août 2022, au milieu des combats dans la bande de Gaza entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Jihad islamique. (Crédit : Haim Zach/GPO)

La décision avait déjà été prise.

À 16 h 16, l’armée de l’air israélienne a visé un appartement dans un immeuble de 14 étages, tuant Tayseer Jabari, le commandant du Jihad pour le nord de Gaza. Dans des frappes aériennes distinctes, plusieurs escadrons terroristes sur le point de commettre un attentat ont également été attaqués, selon des responsables militaires. La durée de l’opération initiale n’a pas dépassé 170 secondes.

Tsahal a poursuivi ses frappes contre les sites du Jihad islamique palestinien dans la bande de Gaza, et le groupe terroriste a réagi en lançant des roquettes sur Israël quelques heures plus tard.

Tsahal a déclaré qu’au total, au cours de ces trois jours, plus de 1 100 roquettes et mortiers ont été lancés sur Israël depuis la bande de Gaza. Le Dôme de fer a intercepté quelque 380 projectiles visant des zones habitées, avec un taux de réussite sans précédent de 96 %. Ce taux d’interception élevé a été attribué aux améliorations apportées au système de défense, ainsi qu’à la puissance de feu limitée du Jihad.

Des roquettes sont lancées de la bande de Gaza vers Israël, dans la ville de Gaza, le 7 août 2022. (Crédit : Hatem Moussa/AP)

Le Jihad disposerait de milliers de projectiles, mais la grande majorité d’entre eux seraient des roquettes à courte portée ou des mortiers, selon les estimations de l’armée. Le groupe terroriste dispose de quelques roquettes à longue portée, mais sans commune mesure avec la capacité du groupe terroriste du Hamas, qui a réussi à attaquer le centre d’Israël à plusieurs reprises lors d’une guerre au mois de mai 2021. En parallèle, les améliorations apportées aux missiles Tamir du Dôme de fer ont augmenté le taux d’interception réussie.

Plusieurs roquettes ont malgré tout réussi à échapper au système et à atterrir dans des zones habitées, causant quelques dommages aux maisons et aux infrastructures civiles, et blessant légèrement au moins quatre personnes, dont deux soldats. Les responsables militaires ont félicité l’unité de l’armée de l’air qui opère le Dôme de fer pour avoir réussi à éviter des pertes importantes.

Toujours selon les données de Tsahal, quelque 200 roquettes lancées vers Israël ont échoué dans la bande de Gaza. Dans plusieurs cas, les tirs de roquettes ratés ont tué des civils palestiniens. Selon les estimations de l’armée, au moins 16 Palestiniens innocents ont été tués dans ces incidents, dont certains enfants.

Une boule de feu s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 août 2022, peu avant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu. (Crédit : MOHAMMED ABED/AFP)

Au total, Tsahal a déclaré avoir touché plus de 170 cibles du Jihad dans la bande de Gaza, notamment des caches d’armes, des postes d’observation et des sites de lancement de roquettes. Une frappe aérienne très importante, la deuxième nuit de l’opération, a tué l’homologue de Jabari dans le sud, Khaled Mansour.

Les responsables militaires ont déclaré que les assassinats ciblés de membres supérieurs du Jihad avaient paralysé sa chaîne de commande, une réussite capitale pour Israël dans ce round de combat. Mais cela n’a pas empêché les tirs de roquettes de se poursuivre jusqu’a peu après le cessez-le-feu.

Des partisans du groupe terroriste palestinien Jihad islamique défilent avec des affiches représentant les commandants principaux Khaled Mansour (à gauche) et Tayseer Jabari, qui ont été tués dans les frappes israéliennes sur la bande de Gaza, lors d’un rassemblement dans le camp de réfugiés libanais de Burj al-Barajneh, le 7 août 2022. (Crédit : Anwar Amro/AFP)

Tsahal a déployé beaucoup d’efforts pour empêcher activement les tirs de roquettes sur Israël, les responsables affirmant avoir frappé 10 escadrons qui étaient en route pour lancer une attaque ou qui venaient de tirer des roquettes. Pendant ce temps, les responsables ont reconnu que si Tsahal a frappé plusieurs entrepôts de roquettes du Jihad islamique, causant des « dommages significatifs » à ses capacités, ce n’était « pas absolu », et que le groupe terroriste disposait encore de milliers de roquettes prêtes à être tirées lors des prochains affrontements.

Les responsables militaires ont également déclaré que l’opération n’avait pas réussi à endommager de manière significative l’infrastructure du groupe terroriste. Si les combats s’étaient poursuivis, ont-ils dit, l’armée « aurait atteint cet objectif également ».

Tsahal a déclaré qu’elle allait enquêter sur la mort d’au moins 11 civils innocents tués lors de frappes aériennes. Il s’agit notamment de la femme de Mansour et de l’épouse d’un autre commandant du Jihad, qui se trouvaient dans un appartement du sud de Gaza lors de la frappe aérienne la plus importante.

Le ministère de la Santé de la bande de Gaza, dirigé par le Hamas, a déclaré que 44 personnes avaient été tuées au cours des combats, dont 15 enfants, mais il n’a pas précisé combien d’entre elles étaient affiliées à des groupes terroristes. Au moins 15 décès ont été revendiqués par le Jihad, le Hamas et un autre groupe terroriste plus petit.

Des roquettes sont lancées de la bande de Gaza vers Israël, dans la ville de Gaza, dimanche 7 août 2022. (Crédit : Hatem Moussa/AP)

L’armée affirme que la sélection de ses cibles repose sur des renseignements précis et est approuvée par des conseillers juridiques et d’autres experts, et qu’elle avertit souvent les habitants qu’ils évacuent leur domicile avant que ce dernier ne fasse l’objet d’une frappe. L’armée affirme également avoir perfectionné ses missiles guidés, qui délivrent de petites charges permettant de minimiser les dommages au-delà de la cible précise.

Israël affirme également que les victimes civiles sont inévitables dans un environnement urbain aussi densément peuplé que celui de Gaza. Les terroristes tirent souvent des roquettes depuis des zones résidentielles très fréquentées, attirant les frappes de représailles israéliennes, et Israël accuse les terroristes d’utiliser des civils, y compris leurs propres familles, comme boucliers humains.

Israël a mené quatre guerres majeures et plusieurs cycles d’affrontements plus courts contre les groupes terroristes dans la bande de Gaza. Certains cycles, dont le dernier, se sont limités au Jihad, soutenu par l’Iran, tandis que le Hamas, qui dirige la bande de Gaza, est resté sur la touche.

Le cessez-le-feu a débuté dimanche à 23 h 30 et, malgré plusieurs tirs de roquettes dans les instants qui ont suivi, Israël a levé toutes les restrictions sur le front intérieur lundi à midi, ouvrant les routes, les lignes ferroviaires et les postes-frontières fermés depuis près d’une semaine.

Et ce, jusqu’au prochain cycle inévitable.

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