Le maire d’Ariel quitte le Conseil de Yesha, opposé au plan Trump
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Le maire d’Ariel quitte le Conseil de Yesha, opposé au plan Trump

Le Conseil de Yesha déplore cette décision mais dit que la position sur la question n'a pas été finalisée et qu'il ne s'oppose qu'à une partie du plan concernant l'État palestinien

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le maire d'Ariel, Eli Sheviro (G), aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu, visite le site d'une attaque terroriste au carrefour d'Ariel, dans le nord de la Cisjordanie, le 18 mars 2019. (Jack Guez / POOL / AFP)
Le maire d'Ariel, Eli Sheviro (G), aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu, visite le site d'une attaque terroriste au carrefour d'Ariel, dans le nord de la Cisjordanie, le 18 mars 2019. (Jack Guez / POOL / AFP)

Le maire de la ville israélienne d’Ariel, dans le nord de la Cisjordanie, a annoncé lundi qu’il annulait son adhésion au Conseil de Yesha en raison de l’opposition de l’organisation des maires des implantations au plan de paix Trump.

Eli Shaviro a publié un communiqué disant que le Conseil de Yesha s’opposait fortement à la proposition « qui apportera des nouvelles fantastiques pour le mouvement des implantations », uniquement parce qu’elle envisage également la création d’un Etat palestinien.

Le maire d’Ariel, où vivent quelque 20 000 Israéliens, a affirmé que cette position avait été établie sans sa contribution ni de celle de plusieurs autres maires d’implantations qui composent le Conseil de Yesha.

En tant que partisan de « l’affaire du siècle » [Deal of the Century], en raison de son soutien à la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain et les localités de Judée et de Samarie, j’ai le sentiment que le conseil ne représente pas les opinions de nombreux [maires de Cisjordanie], de ma ville et de moi-même. C’est pourquoi j’annonce ma démission du Conseil de Yesha », a déclaré M. Shaviro.

Les chefs d’implantation réunis lors d’une fête organisée lors de Yom HaAtsmaout à l’ambassade américaine de Tel Aviv, le 3 juillet 2017. De gauche à droite : le maire d’Ariel, Eliyahu Shaviro ; le maire d’Efrat, Oded Ravivi ; le directeur-général du Conseil de Yesha, Shiloh Adler et le maire de Maale Adumim, Benny Kasriel. (Autorisation : Conseil de Yesha)

Le communiqué de lundi a été le point culminant d’un clivage croissant entre le maire laïc d’une ville où de nombreux habitants vivent simplement en raison du coût plus abordable des logements, et le reste du corps des maires de Judée-Samarie, plus radicaux et plus idéologues.

Shaviro a exprimé son opposition au Conseil de Yesha la semaine dernière après la publication par ce dernier d’un communiqué critiquant le plan de paix la veille de son dévoilement, suite à des rumeurs selon lesquelles il appellerait à la création d’un État palestinien – une ligne rouge pour la plupart des dirigeants des implantations qui estiment qu’aucun autre État ne devrait se voir accorder la souveraineté sur des parties de la Terre d’Israël historique.

Le communiqué laisse entendre que le groupe de coordination est prêt à renoncer temporairement à la souveraineté, plutôt que d’accepter un plan américain qui associe l’annexion de la Cisjordanie à la création d’un État palestinien.

Le maire d’Ariel avait alors déclaré au Times of Israel qu’il pourrait vivre avec un Etat palestinien démilitarisé sur 70 % de la Cisjordanie, compte tenu de la reconnaissance officielle que le plan offrait au mouvement des implantations.

Des chefs d’implantations rencontrent le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara à la Blair House à Washington, le 27 janvier 2020. (Autorisation)

En outre, il a affirmé que l’Autorité palestinienne rejetterait la proposition, comme elle l’a d’ailleurs fait par la suite.

Le chef d’une implantation, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré au Times of Israel que la déclaration initiale de Yesha contre le plan avait été publiée de manière indépendante et en dépit du chef du conseil, le président du Conseil régional de la vallée du Jourdain, David Elhayani, qui était furieux de la décision du Premier ministre Benjamin Netanyahu de rencontrer le président du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, à Washington.

Dagan s’était rendu seul à Washington la semaine dernière pour suivre les discussions de Netanyahu avec les responsables américains avant le dévoilement du plan Trump, et aussi pour rencontrer des responsables républicains et évangéliques afin de faire pression contre l’État palestinien envisagé par le plan. Elhayani était également à Washington avec plusieurs autres membres de Yesha pour les mêmes raisons, mais Dagan a longtemps préféré travailler de manière indépendante, ce qui lui a valu la colère de ses collègues maires de Judée-Samarie.

Reconnaissant apparemment qu’il était allé trop loin dans sa déclaration initiale, en se prononçant totalement contre le plan Trump alors que leur allié, Netanyahu, le soutenait, et avant que ses membres ne se réunissent pour débattre de la question, le Conseil de Yesha a déclaré, après la publication de la proposition américaine, qu’il étudierait le plan et prendrait une décision à une date ultérieure.

Les membres de Yesha se sont réunis samedi soir et ont entendu les informations de ceux qui ont rencontré les responsables américains et israéliens lors de leur passage à Washington pour assister au dévoilement. Le groupe a ensuite publié une déclaration affirmant qu’il continuerait à soutenir l’annexion immédiate de toutes les implantations ainsi que de la vallée du Jourdain tout en s’opposant fermement à la création d’un État palestinien.

De gauche à droite : le président du Conseil régional du Gush Etzion Shlomo Neeman, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président du Conseil de Yesha David Elhayani à un point d’observation du Gush Etzion, le 19 novembre 2019. (Crédit : Haim Zach/GPO)

« A l’issue de la réunion, il a été décidé de poursuivre les discussions sur le sujet dans les jours à venir, et de suivre de près les développements », a déclaré le groupe, en évitant d’exprimer une opposition spécifique au plan Trump comme il l’avait fait la semaine dernière, tout en rejetant simultanément l’un de ses éléments les plus centraux.

Plusieurs membres de Yesha ont publié lundi leurs propres déclarations exprimant leurs regrets quant à la décision de Shaviro de démissionner.

Parmi eux, le président du Conseil régional de Gush Etzion, Shlomo Neeman, a souligné que M. Shaviro n’avait pas pu assister à la réunion de samedi, mais que la discussion sur la question n’était pas terminée.

« L’opposition à un État palestinien est un principe idéologique et je suis quelque peu surpris que cette position surprenne qui que ce soit », a déclaré M. Neeman.

« C’est une période de turbulences, et la réalité de celle-ci conduit à des discussions qui atteignent certainement les nerfs les plus sensibles du corps de notre nation. C’est le moment du dialogue et non des démissions », a-t-il ajouté, en espérant que Shaviro reconsidérerait sa décision.

Shaviro a déclaré au Times of Israel la semaine dernière qu’il n’était pas le seul maire à soutenir le plan et qu’il y en avait plusieurs autres, représentant principalement des municipalités plus proches de la Ligne verte qui y étaient également discrètement favorables.

De gauche à droite, l’ex-député du Likud Gideon Saar et le président du Conseil régional de Samarie Yossi Dagan dans une tente de protestation aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 29 octobre 2017. (Crédit : Miri Tzachi)

Lundi dernier, des centaines d’Israéliens des implantations ont pris part à un « convoi de souveraineté » de tracteurs le long de la route 90 dans la vallée du Jourdain, appelant le gouvernement à annexer immédiatement cette zone ainsi que toutes les autres implantations israéliennes en Cisjordanie.

Netanyahu a annoncé, après le dévoilement du plan Trump, qu’il présenterait une proposition d’annexion au cabinet dimanche dernier. Mais après le soutien initial de l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, le conseiller principal de la Maison Blanche, Jared Kushner, a mis les bouchées doubles en disant qu’il voulait créer un comité conjoint États-Unis-Israël qui coordonnerait la mesure. Il a déclaré à l’émission d’information égyptienne El-Hekaya dimanche que le processus prendrait probablement quelques mois.

Depuis, Netanyahu a cessé de parler d’annexion immédiate, suscitant la colère des partisans de la droite dure ainsi que des dirigeants des implantations. Cependant, il tenterait de convaincre la Maison Blanche d’autoriser une annexion symbolique à petite échelle avant les élections de mars.

Dagan a juré lundi d’augmenter la pression contre le Premier ministre s’il ne tient pas sa parole initiale sur la question. Dans le passé, il a installé des tentes de protestation devant le bureau du Premier ministre, manifestant contre ce qu’il a considéré comme des politiques contre le mouvement des implantations. Le président du Conseil régional de Samarie, qui a un poids important au sein du Likud, a réussi à rallier des membres importants du parti de Netanyahu à ces manifestations.

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