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Opinion

Oui, Israël est toujours un modèle d’excellence en termes de vaccination

Deux Israéliens sur cinq ont peu ou pas d'immunité contre le variant Omicron, mais ne tirons pas trop vite la conclusion que la campagne de vaccination a déraillé

Un garçon israélien serre la main de son frère alors qu'il reçoit un vaccin contre le Covid19 aux services de santé Clalit à Jérusalem, le 23 novembre 2021 (AP Photo/Maya Alleruzzo).
Un garçon israélien serre la main de son frère alors qu'il reçoit un vaccin contre le Covid19 aux services de santé Clalit à Jérusalem, le 23 novembre 2021 (AP Photo/Maya Alleruzzo).

Omicron avance et se propage dans le monde entier – et Israël ne fait pas exception. Deux Israéliens sur cinq ont peu ou aucune immunité contre l’infection entraînée par cette mutation. Est-ce inquiétant ? Oui. Est-ce un signe d’un échec de la campagne de vaccination ? Non, très certainement non.

La semaine a été troublante en matière de COVID. Le plus important hôpital d’Israël a pris l’initiative inhabituelle d’organiser une conférence de presse dans la soirée de samedi. Les chercheurs de l’hôpital Sheba ont tiré comme conclusion que les personnes immunisées avec le vaccin Pfizer, il y a six mois ou plus, n’ont « presque plus de capacité de neutralisation du virus » face à la souche Omicron (et que les Israéliens ayant bénéficié d’une injection de rappel sont, pour leur part, bien mieux protégés).

Gardez ces informations à l’esprit en observant les statistiques de la vaccination dans le pays et l’image d’ensemble qui se profile semble inquiétante : Si vous comptez les personnes non-vaccinées, plus les personnes qui n’ont pas reçu une troisième dose six mois après les deux premières, ce ne sont pas moins de 42 % des Israéliens qui ne sont pas protégés.

Et certains médias israéliens se sont hâtés d’en tirer des conclusions. « Leader de la vaccination dans le monde, Israël est aujourd’hui à la traîne », explique Haaretz ; « l’État d’Israël est-il devenu la nation des non-vaccinés ? », s’interroge pour sa part le Jerusalem Post.

Selon reportage en hébreu qui a été diffusé par Israel National News – l’information n’a pas été confirmée – le Premier ministre Naftali Bennett lui-même aurait déclaré pendant une rencontre, dimanche, que le taux de vaccination dans le pays était « horrible ».

Un employé de station service près d’une affiche promotionnelle de journal à Pretoria, en Afrique du sud, le 27 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Denis Farrell)

Disons-le clairement : La menace représentée par Omicron est réelle et potentiellement grave. Elle pourrait faire des ravages en Israël et nous ne devons pas nous laisser leurrer par le faux sentiment de sécurité que peut nous apporter son avancée lente sur le territoire jusqu’à présent. Oui, un grand nombre d’Israéliens ne sont pas prêts à affronter Omicron et oui, seulement un dixième des enfants de 5 à 11 ans ont reçu une première dose de vaccin, trois semaines après le début de la campagne en direction de cette catégorie d’âge.

Mais ceux qui pensent qu’il faut être déçu par les statistiques de la vaccination dans le pays, ou qu’elles seraient une raison d’admonester les Israéliens dans leur ensemble, ont tort.

Troisième au classement mondial de l’injection de rappel

En s’attardant sur les graphiques réalisés par le ministère de la Santé concernant les taux généraux de vaccination, la conclusion manifeste est que les Israéliens méritent des éloges. Le pourcentage d’Israéliens vaccinés n’a cessé de grimper depuis le mois d’octobre.

Ce nombre est, de surcroît, pratiquement le même que celui de la fin du mois de juillet – juste avant que les règles du jeu ne changent soudainement au niveau de l’enregistrement : pendant l’été, Israël avait déclaré tous les adultes éligibles à la troisième dose. Les citoyens qui avaient laissé s’écouler six mois ou plus depuis la deuxième dose sans procéder à une piqûre de rappel n’avaient plus été considérés comme « vaccinés », mais comme des personnes « dont les vaccins ont expiré ».

Un graphique du ministère de la Santé montrant les niveaux de vaccination pour les six dernier mois. Le vert sombre désigne les personnes pleinement vaccinées, le vert clair désigne les personnes ayant été vaccinées mais dont les vaccins ont expiré et qui n’ont pas bénéficié d’une injection de rappel et le bleu représente les personnes qui n’ont pas du tout été vaccinées. (Crédit : Ministère israélien de la Santé)

Ce qui avait entraîné une baisse rapide du pourcentage de citoyens « vaccinés », qui était passé d’environ 60 % à 45 %. Imperturbable, les Israéliens, une fois encore, avaient commencé à se retrousser les manches et les taux de vaccination (qui se basent dorénavant sur un régime de trois doses) sont revenus au niveau où ils se trouvaient quand les deux doses étaient la norme.

Cette réponse positive et obligeante est d’autant plus impressionnante si on se souvient de la situation délicate dans laquelle se trouvait le pays quand il avait pris sa décision, pour la première fois, en faveur de l’injection de rappel, à un moment où l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) faisait part à voix forte de son opposition à l’administration d’une troisième dose et où la Food and Drug Administration (FDA) américaine rejetait l’idée d’un rappel pour la majorité.

Aujourd’hui, grâce à cette adoption excellente, Israël est le troisième pays en termes d’injection de rappel – après l’Islande et le Chili – dans le monde. Les infirmiers israéliens ont administré 44 rappels pour cent citoyens – ce qui est particulièrement élevé dans la mesure où il y a une population importante, parmi les moins de seize ans, qui sont inéligibles au rappel. Le même chiffre, pour les États-Unis, est de 17 rappels pour 100 personnes et la moyenne mondiale est de cinq.

Un travailleur médical prépare le vaccin COVID-19 dans un centre de vaccination de Clalit à Jérusalem, le 8 mars 2021. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Les circonstances ont changé ces derniers jours, c’est certain. Pour combattre le variant Omicron, il est clair que l’injection d’une troisième dose est déterminante si votre deuxième dose remonte à six mois ou plus. Oui, peut-être que les vaccins « expirés » pourront encore potentiellement minimiser l’impact d’Omicron. Nous l’ignorons pour le moment, tout simplement. Toutefois, l’étude qui a été réalisée par Sheba suggère qu’il y a urgence à encourager une nouvelle fois le public israélien à aller se faire administrer une injection de rappel.

Rediriger le message vers ceux qui en ont le plus besoin

Mais dans le message qu’il cherche à transmettre au public israélien, Bennett n’adopte pas le bon ton. Qu’il ait évoqué ou non des taux de vaccination « horribles », ses propos, lors de la réunion du cabinet de dimanche, ratent leur cible lorsqu’il souligne que l’État d’Israël « n’est pas suffisamment protégé » en donnant l’impression que c’est nous, les Israéliens, qui aurions été absents au rendez-vous.

Ces propos omettent quelque chose de très important : L’éloge que mérite la population, dont la réponse à la campagne de vaccination permet au pays d’affronter Omicron en bonne posture.

Le Premier ministre Naftali Bennett lors d’une conférence de presse au Bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 19 décembre 2021. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Au lieu de se laisser aller à la plainte, le gouvernement de Bennett doit davantage concentrer les efforts livrés par le pays sur les groupes qui ont le plus besoin de l’injection.

Oui, c’est potentiellement une mauvaise chose pour les taux de transmission que 17,5 % des Israéliens âgés de 20 à 30 ans présentent des « vaccins ayant expiré » – mais c’est beaucoup, beaucoup plus grave que 13 % des nonagénaires aient besoin d’une injection de rappel qu’ils n’ont pas reçue.

Pourquoi ? Qu’est-ce qui les retient ? Voilà une catégorie d’âge excessivement vulnérable face à une éventuelle hospitalisation, voire face à la mort, en cas d’infection à la COVID-19. Il est improbable que dans ce groupe d’âge, un grand nombre de personnes s’oppose à l’idée d’une injection de rappel. Nombreux sont ceux qui ont surtout besoin d’une aide logistique pour organiser l’administration d’une troisième dose ; certains peuvent être encore inconscients de l’urgence – un problème qui peut être rapidement résolu par un appel téléphonique de leur médecin traitant.

Pour les enfants, néanmoins, c’est très différent. Ressentir de la déception face aux chiffres – qui indiquent que seulement un dixième des enfants de 5 à 11 ans sont allés se faire immuniser – est hors de propos. Si la vaccination des enfants est précieuse, il était clair dès le début que le processus serait lent. Les plus jeunes développent généralement une forme légère du coronavirus et il est naturel que les parents aient besoin de réfléchir à l’inoculation de leurs enfants. De plus, c’est un phénomène connu que les parents attendent de voir d’autres, autour d’eux, faire vacciner leurs enfants, ne suivant cet exemple qu’une fois qu’ils ont constaté de leurs propres yeux qu’il n’y a aucune raison dont s’inquiéter.

Distribution de tests en kit à domicile avant l’ouverture de la nouvelle année scolaire, à Tel Aviv, le 30 août 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Oui, c’est sûr, d’autres pays vont plus vite dans la vaccination des enfants – mais l’instinct de protection poussé à l’extrême des adultes pour les plus jeunes est une caractéristique nationale d’Israël. La vaccination des enfants va, c’est indubitable, accélérer même s’il faut rester réaliste et reconnaître qu’elle n’atteindra jamais le niveau des adultes. Et pourtant, chaque enfant vacciné reste un allié précieux dans la rupture de la chaîne des infections dans les écoles.

Il est temps que les leaders israéliens regardent l’image d’ensemble du pays et qu’ils parlent au public des résultats significatifs obtenus dans la campagne de vaccination, tout en évoquant franchement les défis qui se profilent encore à l’horizon.

Le chemin de l’immunisation qui reste à parcourir implique d’encourager les citoyens avec respect tout en saluant toute la distance qui a été accomplie jusqu’à présent. Échouer à le faire ne fera que donner aux citoyens le sentiment qu’on est en train de les culpabiliser, et de faire naître chez eux un ressentiment à l’encontre des autorités en charge de la pandémie – ces responsables en qui ils doivent continuer de croire et qu’ils doivent absolument continuer à respecter.

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