Ouverture d’une enquête après intervention de la police durant un mariage
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Ouverture d’une enquête après intervention de la police durant un mariage

La police a déclenché un tollé en filmant son intervention dans un mariage de Givat Zeev ; on voit le frère de la mariée en sang, embarqué au poste au milieu des cris des convives

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

La police emmène le frère de la mariée après avoir interrompu un mariage violant les restrictions dues au coronavirus à Givat Zeev le 14 octobre 2020 (capture d'écran/Twitter)
La police emmène le frère de la mariée après avoir interrompu un mariage violant les restrictions dues au coronavirus à Givat Zeev le 14 octobre 2020 (capture d'écran/Twitter)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a demandé une enquête suite à un violent affrontement survenu pendant l’intervention de la police à un mariage célébré dans une maison privée mercredi, en violation des règles du confinement national.

Dans une vidéo mise en ligne sur les réseaux sociaux, filmée sur les lieux, on peut voir une échauffourée entre la police, les invités et la famille, au milieu des tables disposées en vue d’une célébration. Les gens crient et pleurent et un homme – le frère de la mariée – est frappé après avoir été jeté au sol. Le frère de la mariée a ensuite été sorti de la maison, du sang coulant sur son visage.

La police et la famille de la mariée ont donné des versions contradictoires des événements. Les policiers ont affirmé avoir été attaqués alors qu’ils tentaient d’interrompre le mariage, dans l’implantation de Givat Zeev en Cisjordanie, au nord de Jérusalem, tandis que la famille a affirmé que les policiers avaient violemment mis fin à ce que la famille considérait comme un événement conforme au règlement limitant les rassemblements à 20 personnes.

La police a ensuite mis en ligne une vidéo provenant d’une de ses caméras corporelles, dans lesquelles l’on peut apparemment voir des policiers tenter de raisonner la famille, avant qu’une personne, apparemment le frère de la mariée, ne les attaque en déclenchant une bagarre. On y voit aussi un homme exigeant qu’ils soient tous emmenés menottés et que quelqu’un filme la scène.

La police a déclaré que l’homme et un officier ont été légèrement blessés lors de l’incident. Le propriétaire de la maison a été condamné à une amende de 5 000 NIS.

Les images ont provoqué un tollé, en particulier de la part des politiciens ultra-orthodoxes, qui déplorent déjà une discrimination dans les restrictions sur le coronavirus à l’encontre de leurs communautés et de la pratique religieuse, et une intervention musclée de la police.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, qui dirige le parti ultra-orthodoxe Shas, a condamné l’incident en tweetant : « il n’y a aucune raison au monde pour que la police fasse irruption avec des fusils à la main et nuise aux gens ».

Deri a déclaré s’être entretenu avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à ce sujet.

« J’ai demandé qu’une enquête approfondie soit menée par un organisme indépendant. Le Premier ministre a promis de vérifier l’affaire ce soir même », a écrit Deri.

Yaakov Litzman, leader du parti Yahadout HaTorah, un autre parti ultra-orthodoxe, a condamné ce qu’il a qualifié de « graves violences policières ».

« Outre la nécessité de maintenir les règlements, ce genre de comportement scandaleux de la part de la police sur le site est inacceptable », a déclaré Litzman. « Nous ne pouvons rester silencieux face à ces scènes sanglantes et inhumaines, et nous ne pouvons les ignorer. »

Le bureau du Premier ministre a ensuite déclaré que Netanyahu s’était entretenu avec le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana et que ce dernier avait promis de mener une enquête rapide et approfondie sur l’incident et de rendre les résultats publics.

Ohana a twitté qu’il avait regardé les images de l’incident « avec une grande douleur » et « qu’elles sont en effet graves et regrettables ».

Ohana s’est engagé à vérifier personnellement l’affaire en disant qu’il ne portera pas de jugement tant que « tous les détails ne seront pas réglés ».

Le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana tient une conférence de presse à Jérusalem, le 15 juillet 2020. (FLASH90)

Cependant, le chef de la police par intérim, Motti Cohen, a fermement soutenu les officiers dans une déclaration et a déploré les critiques à l’encontre des forces de police.

« Une fois de plus, nous sommes témoins d’une agression contre des officiers de police qui exercent leurs fonctions contre ceux qui piétinent la loi. À mon grand regret, au lieu d’entendre une condamnation ferme de ceux qui enfreignent les règlements et nuisent aux agents qui les font respecter, certains ont choisi d’attaquer la police et de la discréditer. »

Le responsable de la gestion du coronavirus Ronni Gamzu a initialement soutenu les actions de la police, déclarant qu’il s’agissait d’un « message » adressé à ceux qui bafouent les restrictions. « Ce genre de mise en application de la loi va se poursuivre. Nous n’avons aucune patience pour les rassemblements de masse et les mariages. »

Gamzu a affirmé n’avoir aucune empathie pour la famille. « Quiconque organise un mariage aujourd’hui doit tenir compte du fait qu’il met des vies en danger à tous points de vue – en contaminant les gens avec le coronavirus et nous mettant face au besoin d’interrompre le mariage quoi qu’il arrive. »

Cependant, après sa réponse, il a suscité la colère, notamment de Litzman qui a déclaré que Gamzu avait « perdu la tête ».

Peu de temps après, Gamzu a publié une autre déclaration, s’excusant pour ses propos et disant qu’on lui avait fourni « des informations inexactes et trompeuses » sur l’incident.

« Je retire ma réponse initiale, et je m’excuse pour son ton », a déclaré Gamzu. « La police a une mission difficile et compliquée visant à faire respecter les restrictions et la santé publique. »

Les versions des événements de la police et des participants étaient très différentes.

Le rabbin Ori Pollack, le père de la mariée, a affirmé que le mariage s’était déroulé conformément au règlement.

« La police s’est comportée horriblement. On portait des masques, ils ont ouvert la tête de mon fils. Tout cela parce qu’ils voulaient arrêter ma femme et que mes enfants ont résisté », a-t-il déclaré au site Internet Ynet.

Mordechai Pollack, un autre frère de la mariée, a déclaré aux médias israéliens que lorsque la police est arrivée, il n’y avait que 16 personnes présentes, qu’elles portaient toutes des masques et que le mariage s’est déroulé conformément aux instructions du ministère de la Santé.

Il a admis que sa mère avait pris une caméra vidéo à un officier, mais a affirmé qu’elle lui avait été rendue avant que la situation dégénère. Malgré les appels de la famille pour que l’incident se résolve calmement, la police a insisté pour que sa mère soit amenée au poste, plutôt que de reporter l’affaire au lendemain, a-t-il poursuivi.

Pollack a déclaré que son père était également blessé, souffrant de coupures à quatre doigts, et qu’il avait besoin de soins médicaux.

La police a déclaré dans un communiqué que les officiers ont été alertés du mariage et qu’à leur arrivée, ils ont constaté qu’il y avait des « dizaines » de personnes présentes. Une policière qui enregistrait la procédure a été attaquée par la propriétaire, et lorsque les officiers l’ont informée qu’elle serait emmenée au poste, d’autres personnes les ont attaqués, y compris en jetant des bouteilles en verre et des bouteilles d’huile, selon la déclaration.

Un homme a été arrêté et, alors qu’il résistait, lui et un des officiers ont glissé dans l’huile, tombant à terre et se coupant avec du verre, selon la police. Ils ont tous deux été légèrement blessés et l’homme arrêté a été soigné au poste.

« Malheureusement, au cours de la dernière heure, des détails totalement déformés sur l’incident ont été diffusés sur les réseaux sociaux dans le but de discréditer les officiers et de rejeter la faute sur leurs actions, au lieu de condamner ceux qui piétinent les violations, n’écoutent pas les instructions de la police et l’attaquent », a déclaré la police.

Après le départ de la police, les célébrations du mariage ont continué.

Le confinement national actuel d’Israël, le deuxième depuis le début de l’épidémie du virus au début de l’année, a commencé le 18 septembre.

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