Pandémie : Israël « bien placé » pour profiter de la révolution technologique
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Pandémie : Israël « bien placé » pour profiter de la révolution technologique

Start-Up Nation Central appelle Israël à contribuer à la "nouvelle normalité" créée par l'épidémie ; avertit contre la "déconnexion" du secteur technologique du reste de l'économie

Image illustrative en matière d'innovation (metamorworks ; iStock by Getty Images)
Image illustrative en matière d'innovation (metamorworks ; iStock by Getty Images)

Alors que la pandémie de coronavirus accélère l’engouement pour les technologies telles que l’achat en ligne, les banques connectées, en passant par l’éducation et la santé numériques, Israël est en « bonne position » pour réaliser cette nouvelle révolution de l’ère internet et pour en émerger « plus fort et plus résilient » de la crise, estime un document de synthèse publié par Start-Up Nation Central (SNC).

« Le COVID-19 pourrait être un tournant ouvrant la voie au véritable début de l’ère numérique », a déclaré l’organisation à but non-lucratif qui a pour objectif de lier les start-ups israéliennes aux corporations, gouvernements et autres entités du monde entier, dans un communiqué. « Plutôt que de rester en recul à observer le déroulement de cette ‘nouvelle normalité’, les nations tournées vers l’avenir, les industries, les entreprises et les individus doivent réfléchir aux opportunités numériques générées par la crise afin d’en émerger plus forts et plus résilients. »

« La société et l’économie israéliennes en général – et son secteur hi-tech en particulier – doivent considérer la pandémie de coronavirus comme une opportunité », explique le communiqué. « L’écosystème technologique israélien est bien positionné pour contribuer à cette ‘nouvelle normalité’ et soutenir son évolution. »

Et pourtant, Israël doit s’inquiéter de la « déconnexion » qui survient actuellement entre le secteur technologique et le reste de l’économie – un détachement qui entraîne dores et déjà un ressentiment dans certains cercles et qui pourrait entraîner une législation populiste qui chercherait à conserver les talents et l’innovation au niveau local, tout en réduisant les flux d’investissements étrangers dans le pays.

Des travailleurs indépendants et des responsables de jardins d’enfants participent à un rassemblement pour réclamer le soutien financier du gouvernement israélien à Jérusalem, le 19 avril 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

La nation présente le plus haut ratio de start-ups par habitant dans le monde, et 1 000 nouvelles start-ups en moyenne ont ouvert leurs portes chaque année depuis cinq ans, selon le document de synthèse de la SNC, lequel est intitulé « La nouvelle ère numérique ». Avec ces nombreuses start-ups et sa culture de l’entrepreneuriat, Israël est en capacité de « s’adapter rapidement » vers de nouveaux défis du marché en changeant ses activités.

« La longue expertise de la nation en termes de logiciels, de données, de capteurs et dans le secteur de la cybersécurité fournissent un excellent point de départ pour l’entrée dans la nouvelle ère numérique », dit le document. Israël combine de manière unique la culture des start-ups et la « profondeur technologique », ancrés dans ses unités militaires et de renseignement fortes.

Cependant, pour pouvoir saisir cette opportunité, Israël doit s’assurer de maximiser la valeur à long terme qu’il tire de son secteur technologique, et s’assurer qu’elle se répercute sur le reste de l’économie et de la société. Fin 2019, seulement 9,2 % de la main-d’œuvre du pays était employée dans le secteur technologique, selon le rapport annuel de l’Autorité israélienne de l’innovation de 2019.

Cet objectif de tirer plus de valeur du secteur technologique pourrait être atteint en aidant plus d’entreprises à se développer et à maintenir leurs activités principales en Israël, selon le document de politique générale de SNC.

Illustration d’un concept mis au point par une startup. (relif; iStock by Getty Images)

Pour ce faire, les décideurs politiques devraient s’attacher à créer « une offre suffisante et équilibrée de capital humain » pour l’industrie. Au début de la pandémie, de nombreuses entreprises technologiques ont réduit ou cessé de recruter. Cependant, avec la nouvelle ère numérique qu’a propulsée la pandémie, « la demande de professionnels qualifiés dans le domaine des technologies devrait dépasser celle de ces dernières années », selon le document de synthèse.

L’adoption à grande échelle du travail à distance a créé une « opportunité unique » pour le secteur technologique, qui a été privé de talents au cours de la dernière décennie, de puiser dans une plus grande variété de populations, qui sont actuellement sous-représentées dans le secteur.

« Ce faisant, le secteur technologique en tirerait des avantages et les groupes de population concernés bénéficieraient d’un effet d’entraînement, ce qui changerait radicalement la vie de dizaines de milliers de personnes. Les efforts nécessaires pour intégrer ces populations sous-représentées seront importants, mais les avantages sociaux et économiques s’étendront bien au-delà du secteur technologique. Pour saisir cette opportunité, il faut une politique créative et coordonnée entre de nombreuses agences gouvernementales, ainsi qu’une forte collaboration avec l’industrie », prédit la synthèse.

Pour s’assurer que le secteur technologique soit plus rentable, les décideurs politiques doivent également s’assurer que les entreprises disposent du capital financier nécessaire à leur croissance et mettre en place les conditions permettant aux jeunes pousses de tester leurs technologies et de procéder à une validation de principe au niveau local. Cela devient d’autant plus pertinent que les voyages à l’étranger ont été réduits, en raison des restrictions sur les coronavirus, ce qui rendra les entreprises technologiques israéliennes plus susceptibles de se tourner d’abord vers des clients potentiels locaux plutôt que vers les marchés étrangers, comme c’était traditionnellement le cas.

Illustration : investissements en période de pandémie de coronavirus. (Julia_Sudnitskaya ; iStock by Getty Images)

Malgré plusieurs mois de confinement et de restrictions de voyage, les investissements dans le secteur technologique israélien ont continué à être forts au cours du premier semestre, ce qui pourrait indiquer que les investisseurs « anticipent la nouvelle ère numérique et augmentent leurs investissements dans la technologie en conséquence », selon le document.

Les investissements en capital dans les entreprises technologiques se sont élevés à 4,59 milliards de dollars au cours du premier semestre de l’année, contre 3,45 milliards de dollars au premier semestre 2019, selon les données de la SNC, et 7,64 milliards de dollars pour l’ensemble de l’année 2019.

Cela serait « cohérent avec la reprise économique en forme de K, dans laquelle le secteur technologique mondial se redresse fortement, alors que le reste de l’économie mondiale est en difficulté pendant une période beaucoup plus longue ».

Grande incertitude, la déconnexion est une préoccupation

Malgré cela, l’incertitude concernant les investissements futurs reste élevée, selon le rapport. Et parce que le secteur technologique israélien est très dépendant des investisseurs étrangers, principalement américains, en temps de crise, Israël est vulnérable, car « les investisseurs ont tendance à accroître leur préférence nationale ». Les restrictions de voyage imposées par le coronavirus rendent la prise de décision à distance plus difficile.

Israël devrait donc utiliser la crise actuelle comme une opportunité de réduire sa dépendance aux capitaux étrangers, en essayant d’attirer les investisseurs institutionnels locaux « et en encourageant l’épargne israélienne à être investie dans le moteur économique d’Israël – son secteur technologique », recommande le SNC. En raison des risques élevés associés à l’investissement dans les start-ups, les investisseurs institutionnels israéliens qui sont chargés d’investir les fonds de pension et d’épargne des Israéliens ont traditionnellement largement évité le secteur technologique.

Les auteurs du rapport mettent également en garde contre une « déconnexion » entre le secteur technologique israélien en plein essor et le reste de l’économie, qui peut entraîner un ressentiment croissant envers le secteur dans certains milieux.

Eugene Kandel, directeur-général de Start-Up Nation Central, entreprise à but non-lucratif qui sert de caisson de résonance pour les technologies israéliennes lors d’une interview avec l’AFP à Tel Aviv, le 9 septembre 2020. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)

« Nous avons commencé à voir les signes révélateurs au début de la pandémie, lorsque les programmes de soutien aux entreprises de haute technologie se sont heurtés à l’hostilité du grand public », ont commenté les auteurs du document. Cela pourrait conduire à une « législation populiste » qui chercherait à empêcher les étrangers de faire ce qui pourrait être perçu comme « l’accaparement de tous les talents sans partage des profits ».

« Ce scénario est une menace sérieuse pour la durabilité du secteur et pour l’économie israélienne qui dépend fortement de ce secteur », soulignent les auteurs.

« L’écosystème israélien de l’innovation a autrefois prospéré grâce à un partenariat public-privé fructueux. Mais à mesure que l’industrie de la haute technologie s’est développée, elle est devenue plus mondiale et moins israélienne, et ce partenariat s’est érodé », décrivent-ils.

Dans la nouvelle ère numérique, post-pandémique, un nouveau partenariat devrait être formé en s’assurant que les économies de la population locale sont investies dans le secteur technologique, en renforçant les efforts des entreprises technologiques pour embaucher des populations sous-représentées et en connectant les entreprises israéliennes traditionnelles aux solutions technologiques avancées, afin d’amener tout le monde à participer.

« Toutes ces solutions peuvent aboutir à un nouvel équilibre qui soit mutuellement bénéfique pour la haute technologie israélienne et le reste de la société », peut-on lire dans la synthèse.

Les auteurs du rapport montrent qu’au cours de la dernière décennie, Israël a été un pionnier dans l’adaptation des nouvelles technologies, plus rapidement que d’autres écosystèmes technologiques et les a appliquées dans une grande variété d’industries. Ces technologies comprennent l’intelligence artificielle (IA), la réalité augmentée (RA), les technologies autonomes, les grandes données et l’Internet des objets (IoT), qui lui confèrent un avantage mondial, selon le document.

Le pays est également un leader dans une variété de technologies qui deviendront encore plus importantes dans l’ère post-pandémique – y compris la cybersécurité, la santé numérique, les technologies financières, l’industrie 4.0 et les technologies agroalimentaires.

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