Pays-Bas : Un roman sur la Shoah épinglé pour ses erreurs
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Pays-Bas : Un roman sur la Shoah épinglé pour ses erreurs

Pour ses critiques, le livre dépeignant l'opération mise en place pour exfiltrer et sauver des enfants d'une crèche d'Amsterdam trahit l'histoire ; l'éditeur défend son autrice

Le Musée national de la Shoah des Pays-Bas à Amsterdam. (Crédit : Luuk Kramer/Avec l'aimable autorisation du Quartier culturel juif d'Amsterdam via JTA)
Le Musée national de la Shoah des Pays-Bas à Amsterdam. (Crédit : Luuk Kramer/Avec l'aimable autorisation du Quartier culturel juif d'Amsterdam via JTA)

AMSTERDAM (JTA) — Il voulait être une ode à l’une des initiatives les plus courageuses – et pourtant peu connue – de secours apporté aux Juifs pendant la Shoah.

Mais une semaine après sa publication, un roman historique écrit en néerlandais est au cœur d’une controverse : celle de savoir si son autrice a déformé l’histoire d’une manière qui serait susceptible de nuire à la compréhension du génocide par le grand public.

Les critiques disent que La crèche – un ouvrage basé sur une opération qui avait consisté à faire sortir des centaines d’enfants juifs d’Amsterdam et qui, sur sa couverture, se présente comme « une histoire vraie » – contient des dizaines d’inexactitudes historiques. La plus importante d’entre elles est sa description du Conseil juif – un organisme qui avait été créé par les nazis pour aider à assassiner les Juifs hollandais mais qui est décrit dans le livre comme une organisation établie pour « rendre plus forts les Juifs en les rassemblant ».

Esther Gobel, qui travaille au musée de la Shoah des Pays-Bas, autrice de plusieurs livres sur la Shoah, dit que cette erreur est « tout simplement terrible » dans un entretien qui a été publié jeudi dans le quotidien Het Parool.

Photo d’illustration – un employé du musée présente un projet de recherche scolaire avec la photo d’un résident juif d’un quartier d’Amsterdam, qui a été déporté, avant une présentation à la presse du musée national de la Shoah d’Amsterdam, aux Pays-Bas, le 12 mai 2016. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)

« Le Conseil juif a été établi par les nazis comme outil permettant de mettre en place les mesures anti-juives », a dit Gobel au journal.

Gobel a précisé saluer l’effort visant à faire connaître ce récit à un nouveau public, mais « il faut qu’elle soit présentée dans le bon contexte historique, avec exactitude, en particulier alors que le négationnisme de la Shoah et l’antisémitisme reprennent actuellement de la vigueur ».

L’écrivaine, Elle van Rijn, une actrice de soap-opera non juive qui s’est reconvertie dans l’écriture de romans, a fait savoir à Het Parool qu’elle avait été « profondément blessée » par les critiques, qu’elle a qualifiée « d’injustes ». Van Rijn a indiqué avoir présenté des versions du livre à des personnes qui critiquent dorénavant l’ouvrage, affirmant que ces dernières avaient donné leur feu vert à ses écrits.

« J’ai voulu décrire cette histoire en portant la plus grande attention aux détails », a-t-elle déclaré.

Hollands Diep, l’éditeur de van Rijn, a annoncé « défendre totalement le livre ». Pour sa part, Elco Lenstra, un porte-parole de la maison d’édition, a souligné qu’il s’agissait bien d’un « roman ».

« Tout le monde a la liberté d’écrire un roman, indépendamment du sujet », a dit Lenstra à Het Parool.

La crèche — “De Creche” en néerlandais – paraît à une époque où l’intérêt populaire porté à la Shoah ne faiblit pas.

Michael Berenbaum, ancien directeur de projet au musée de la Shoah américain, avait déclaré au cours d’un entretien, en 2016, que la publication continue d’ouvrages sur la Shoah était la preuve que la « lassitude du grand public », parfois invoquée face au sujet, n’existait pas.

Et pourtant, alors que les écrivains se saisissent de plus en plus de la Shoah dans leurs ouvrages, certains s’inquiètent d’un certain manque de précision factuelle – une précision à laquelle les auteurs ne semblent plus aussi attachés qu’auparavant.

« Il semble y avoir de plus en plus de livres basés sur l’histoire d’Auschwitz qui sont écrits en l’absence de recherches appropriées », avait commenté au début de l’année le responsable de la communication du mémorial d’Auschwitz, Pawel Sawicki, auprès du Irish Times.

« Le problème, c’est que les lecteurs pensent – en particulier quand l’ouvrage est vendu comme étant basé sur une histoire vraie – que tout ce qui est écrit dans le livre est juste et réel alors que dans de nombreux cas, ça ne l’est pas », avait-il ajouté.

Le livre de Van Rijn raconte une opération de sauvetage qui avait été dirigée par Johan van Hulst, qui travaillait dans un séminaire protestant à Amsterdam, une ville qui était alors occupée par les nazis. Les Allemands avaient ouvert une crèche pour y interner des enfants juifs dans un immeuble adjacent au séminaire, tout en détenant leurs parents dans l’enceinte du théâtre Hollandsche Schouwburg, qui se trouvait de l’autre côté de la rue et que les Allemands avaient transformé en prison.

A partir de 1942, un plan avait permis de transférer les enfants depuis la crèche – dont les employés étaient juifs – en les faisant passer au-dessus de la clôture qui la séparait du séminaire. Ils étaient ensuite emmenés à la campagne. Cela avait été, de loin, la plus importante opération unique de sauvetage des Juifs aux Pays-Bas.

Photo d’illustration : Un soldat allemand, son vélo à côté de lui, est allongé sur l’herbe, au bord d’une route de Hollande pendant l’invasion des Pays-Bas par les nazis, le 8 juillet 1940. (Crédit : AP Photo)

Parmi les autres inexactitudes citées par les critiques, un mariage juif organisé dans un grand magasin dont l’entrée était interdite aux Juifs. L’ouvrage représente également Henriette Pimentel, qui était directrice de la crèche et qui avait joué un rôle déterminant dans l’opération de sauvetage, sous les traits d’une lesbienne même si rien ne peut factuellement l’affirmer. Le livre établit également qu’elle avait commencé à négliger certains enfants parce qu’elle était tombée sous le charme d’un bébé qui s’appelait Remi, à qui elle avait consacré toute son attention.

La fille de Sieny Cohen, bénévole à la crèche qui avait pris part à l’opération de secours, s’est également plainte du livre, demandant qu’il soit réimprimé sans mentionner l’histoire de sa mère et sans sa qualification « d’histoire vraie ».

« Il représente mal ma famille », a clamé Greta Cune. « Mon père y est décrit comme un type grossier de Rotterdam, ma grand-mère comme une femme indifférente aux déportations. Cela me trouble énormément ».

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