Pétrolier attaqué: l’Iran rejette des accusations du G7 et de l’armée américaine
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Pétrolier attaqué: l’Iran rejette des accusations du G7 et de l’armée américaine

Vendredi, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont affirmé que "tous les éléments de preuve disponibles désign(ai)ent clairement l’Iran"

Le pétrolier Mercer Street, battant pavillon libérien, au large de Cape Town, en Afrique du sud, le 2 janvier 2016. (Crédit : Johan Victor via AP)
Le pétrolier Mercer Street, battant pavillon libérien, au large de Cape Town, en Afrique du sud, le 2 janvier 2016. (Crédit : Johan Victor via AP)

L’Iran a rejeté samedi les accusations du G7 et de l’armée américaine selon lesquelles il était à l’origine d’une attaque meurtrière d’un pétrolier, accusant Israël de préparer un « scénario » coïncidant avec l’entrée en fonction du nouveau président iranien.

La République islamique a fermement nié avoir un quelconque lien avec l’attaque du 29 juillet au large d’Oman contre le MT Mercer Street, un pétrolier géré par une société appartenant à un milliardaire israélien, qui a conduit à la mort d’un garde de sécurité britannique et d’un membre d’équipage roumain.

Depuis, l’Iran est confronté à une vague croissante d’accusations de la part d’Israël, des Etats-Unis et du Royaume-Uni qui avaient pointé du doigt sa responsabilité.

Vendredi, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont affirmé que « tous les éléments de preuve disponibles désign(ai)ent clairement l’Iran ».

« Le comportement de l’Iran, ainsi que son soutien à des forces agissant en relais et à des acteurs armés non-étatiques, menacent la paix et la sécurité internationales », ont martelé les ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Canada et du Japon avec le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

Barbara Woodward (Crédit : capture d’écran YouTube)

Washington et ses alliés européens membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont réitéré les mêmes accusations lors d’une réunion à huis clos à New York, a déclaré à la presse l’ambassadrice britannique Barbara Woodward. « Le Royaume-Uni a informé le Conseil des preuves dont nous disposons », « et ces preuves sont sans appel : le Royaume-Uni sait que l’Iran est responsable de cette attaque », a-t-elle dit.

A l’ONU, l’ambassadrice britannique a assuré que « la porte de la diplomatie et du dialogue » restait « ouverte ». « Mais si l’Iran décide de ne pas emprunter ce chemin, nous allons le tenir pour responsable et lui en faire payer les conséquences », a-t-elle prévenu.

Le Conseil de sécurité se réunira lundi matin pour un débat public sur la « sécurité maritime », à la suite de cette attaque.

« Nous condamnons fermement les accusations sans fondement des ministres des Affaires étrangères du G7 et du haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères » contre la République islamique, a indiqué le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, dans un communiqué.

Selon ce porte-parole, l’attaque du pétrolier et les accusations contre l’Iran qui ont suivi, étaient un « scénario » fabriqué avec un timing « remarquable », car elles sont survenues quelques jours avant que le nouveau président iranien, Ebrahim Raïssi, ne prête serment. « Pour les experts et ceux qui connaissent l’histoire de cette région, ce n’est pas nouveau que le régime sioniste (Israël, ndlr) conçoive de telles conspirations », a déclaré Khatibzadeh.

Vendredi, à l’appui de ces accusations, le commandement militaire central (Centcom) de l’armée américaine a publié les résultats de son enquête. Selon son communiqué, deux drones piégés ont d’abord manqué leur cible, avant qu’un troisième, « chargé d’explosif à usage militaire », ne vienne s’abattre sur le MT Mercer Street. Les experts américains « ont pu récupérer plusieurs morceaux de ce troisième drone » et « ont conclu, sur la base de preuves », qu’il « avait été fabriqué en Iran », a-t-il ajouté, en publiant plusieurs photos.

Aux yeux du général de brigade iranien Abolfazl Shekarchi, cité par l’agence de presse officielle Irna, « les Américains disent qu’ils ont trouvé des parties des drones iraniens dans l’eau, et c’est leur preuve. Mais quel laboratoire a déterminé que (les drones) appartiennent à l’Iran? », a-t-il interrogé.

« C’est la méthode des Américains, de tisser des histoires et de les utiliser pour accuser l’Iran (…) c’est la méthode qu’ils ont choisie pour faire pression sur l’Iran », a ajouté ce porte-parole militaire.

Pour M. Shekarchi, ces accusations sont aussi une « opération psychologique » lancée contre l’Iran par ses ennemis.

« Si nous étions censés affronter nos ennemis, comme c’était le cas à Ain al-Assad, nous l’annoncerions clairement », a-t-il noté, faisant référence à une base militaire irakienne abritant des troupes américaines.

Le commandant principal des Gardiens de la révolution, le général Qassem Soleimani, (au centre), assiste à une réunion avec le Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei (hors cadre) et les commandants des Gardiens de la révolution à Téhéran, Iran, le 18 septembre 2016. (Bureau du Guide suprême iranien via AP)

La base a été touchée par un barrage de missiles iraniens en janvier 2020 pour venger l’assassinat de Qassem Soleimani tué dans une frappe américaine de drone à Bagdad en janvier 2020. Il était le chef de la Force Qods, chargée des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique d’Iran.

« Créer de fausses preuves n’est pas très difficile, et puisque les sionistes ont l’habitude de créer de fausses preuves, provoquer une explosion sur un navire n’est pas très difficile », a ajouté le général Shekarchi.

Mardi, le Premier ministre Naftali Bennett a assuré que son gouvernement travaillait à une réponse commune à l’attaque, mais que son pays savait aussi comment agir seul.

Dans une nouvelle conversation téléphonique vendredi, le ministre américain de la Défense Lloyd Austin et son homologue israélien Benny Gantz ont « condamné l’agression de l’Iran qui sape la liberté de navigation et évoqué les prochaines étapes », s’est ainsi borné à rapporter le Pentagone.

Depuis des années, Israël et l’Iran s’affrontent directement ou indirectement au Liban, en Syrie, en Irak et dans la bande de Gaza palestinienne. Mais ces derniers mois, cette rivalité s’est transposée en mer avec l’émergence d’une mystérieuse série de sabotages et d’attaques.

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