Plus de 20 000 personnes à Tel Aviv pour soutenir les demandeurs d’asile
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Plus de 20 000 personnes à Tel Aviv pour soutenir les demandeurs d’asile

Les manifestants ont défilé samedi soir dans le centre de Tel Aviv pour protester contre le plan gouvernemental d'expulsion d'Africains entrés illégalement en Israël

  • Des demandeurs d'asile africains et des militants protestent contre les projets d'expulsion de migrants sur la place Rabin à Tel Aviv le 24 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)
    Des demandeurs d'asile africains et des militants protestent contre les projets d'expulsion de migrants sur la place Rabin à Tel Aviv le 24 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)
  • Des demandeurs d'asile africains et des militants protestent contre les projets d'expulsion de migrants sur la place Rabin à Tel Aviv le 24 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)
    Des demandeurs d'asile africains et des militants protestent contre les projets d'expulsion de migrants sur la place Rabin à Tel Aviv le 24 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)
  • Des demandeurs d'asile africains et des militants protestent contre les projets d'expulsion de migrants sur la place Rabin à Tel Aviv le 24 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)
    Des demandeurs d'asile africains et des militants protestent contre les projets d'expulsion de migrants sur la place Rabin à Tel Aviv le 24 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)
  • Manifestants contre l'expulsion prévue des demandeurs d'asile africains à Tel Aviv, 24 mars 2018 (Luke Tress)
    Manifestants contre l'expulsion prévue des demandeurs d'asile africains à Tel Aviv, 24 mars 2018 (Luke Tress)

Plus de 20 000 personnes ont manifesté samedi soir à Tel Aviv contre le projet d’expulsion des demandeurs d’asile africains.

Les manifestants se sont rassemblés en masse sur la place Rabin au centre de la ville pour exprimer leur opposition au projet du gouvernement de commencer à expulser les migrants vers des pays tiers (le Rwanda et l’Ouganda sont généralement signalés comme étant les pays tiers), avec des peines de prison pour ceux qui refusent de partir.

« Il n’y a pas de différence entre notre sang et leur sang car nous sommes tous des êtres humains », scandaient les manifestants, rassemblant des migrants et des Israéliens, selon des images retransmises en direct par le site d’informations Ynet.

S’exprimant lors du rassemblement, l’immigrant soudanais Monim Haron a déclaré qu’il avait « survécu au génocide » chez lui. « Pendant 14 ans, le gouvernement a délibérément attaqué ses citoyens avec des armes chimiques. « Cette semaine, la région où je suis né et j’ai grandi a de nouveau été attaquée et des dizaines de personnes ont été tuées, principalement des femmes et des enfants.

« Et je ne suis pas un réfugié ? Alors, qui est un réfugié ? Il y en a beaucoup comme moi en Israël », a-t-il dit à la foule rassemblée. « Ils prennent le bus avec vous, ils font la vaisselle dans vos restaurants, ils nettoient les rues que vous parcourez. Et ils ont peur chaque jour pour les gens qu’ils aiment.

« Mais le gouvernement d’Israël ne veut pas de nous ici. »

Malgré tout, M. Haron a dit qu’il avait beaucoup d’espoir en raison de la forte participation au rassemblement.

La députée Merav Michaeli de l’Union sioniste a dit à la foule que « les milliers de personnes qui sont venues prouvent au gouvernement qu’il y a un autre moyen ». Elle a dit qu’il était impératif de réhabiliter le sud de Tel Aviv et qu’il est impératif de donner l’asile à ceux qui nous le demandent.

Des demandeurs d’asile africains et des militants des droits de l’homme protestent contre l’expulsion des demandeurs d’asile sur la place Rabin à Tel Aviv le 24 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Reuven Abergel, ancien chef des Panthères noires israéliennes, a déclaré : « Je suis venu envoyer un message à ce gouvernement, pour protester… l’incarcération d’innocents et les expulsions de personnes dont la vie est en danger ». Il a dit aux migrants : « Vous n’êtes pas seuls. Vous êtes nos frères… Nous serons à vos côtés dans ce combat, jusqu’à ce que justice soit faite. »

Dror Sadot de la Hotline pour les réfugiés et les travailleurs migrants, l’un des groupes responsables de l’organisation de la manifestation, a déclaré au Times of Israel : « Avec la dernière protestation, le mois dernier, nous avons vu que la pression du public est vraiment massive contre la déportation. Il y a un sentiment d’urgence parce que le plan est censé commencer en avril, mais nous croyons que nous serons en mesure de le bloquer. »

La politique d’expulsion, qui fournit à chaque migrant 3 500 dollars et un billet d’avion, a été condamnée par les Nations unies comme étant désorganisée, mal exécutée et dangereuse. Les demandeurs d’asile précédemment expulsés vers l’Ouganda et le Rwanda ont déclaré au Times of Israel qu’ils étaient confrontés à un grave danger et même à l’emprisonnement après leur arrivée en Afrique sans documents en bonne et due forme.

Il y a environ 38 000 demandeurs d’asile africains en Israël, selon le ministère de l’Intérieur. Environ 72 % sont érythréens et 20 % sont soudanais. La grande majorité d’entre eux sont arrivés entre 2006 et 2012, franchissant illégalement la frontière en provenance d’Égypte. Les Africains disent qu’ils ont fui pour sauver leur vie et font face à un nouveau danger s’ils y retournent.

Israël considère que la grande majorité d’entre eux sont des demandeurs d’emploi – des migrants économiques dont la vie n’était pas en danger dans leur pays d’origine – et déclare qu’il n’a aucune obligation légale de les garder. Les responsables israéliens les appellent communément des « infiltrés ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré la semaine dernière que le « flux » de migrants était pire que les terroristes du Sinaï, et que les demandeurs d’asile menacent Israël en tant qu’Etat juif et démocratique.

Le plan gouvernemental a suscité de nombreuses critiques, notamment du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU, mais aussi en Israël de certains survivants de la Shoah.

Amir, un résident de Tel Aviv âgé de 67 ans, a déclaré au Times of Israel que sa mère était une réfugiée polonaise. « Elle était dans un camp en Allemagne et est venue en Israël. Je comprends l’expérience vécue par un réfugié », dit-il. « L’histoire des Juifs est celle des réfugiés. Je ne pense pas qu’il soit moral ou pragmatique d’expulser » les migrants.

Manifestants contre l’expulsion prévue des demandeurs d’asile africains à Tel Aviv, 24 mars 2018. (Luke Tress)

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, chef du parti nationaliste religieux HaBayit HaYehudi, a réagi sur son compte Twitter : « Le gouvernement ne doit pas céder face à la campagne visant à laisser les infiltrés illégaux à la recherche de travail rester en Israël, sinon nous deviendrons le service d’emploi du monde entier ».

Le chef du Parti HaBayit HaYehudi a déclaré, « Les règles sont simples : les réfugiés qui ont fui le danger seront acceptés. Les infiltrés illégaux seront expulsés. »

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a également insisté dans un tweet sur le fait que « les infiltrés économiques seront renvoyés, les réfugiés de guerre et les enfants seront autorisés à rester.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri assiste à une réunion de la Commission des finances à la Knesset à Jérusalem le 27 février 2018. (Flash90)

« Je continuerai à m’occuper des habitants des quartiers du sud de Tel Aviv et du caractère de l’État d’Israël, malgré la pression et les mensonges », a écrit Deri.

A la mi-mars, la Cour suprême de justice israélienne a temporairement suspendu le plan. La veille, le gouvernement avait déclaré qu’il gèlerait les expulsions prévues avant la décision judiciaire attendue, tout en s’attaquant aux questions juridiques entourant la campagne. L’injonction d’urgence a été émise en réponse à une pétition signée par 120 réfugiés et demandeurs d’asile d’Érythrée et du Soudan.

Le tribunal a donné au gouvernement jusqu’au 26 mars pour répondre à la pétition et, dans l’intervalle, l’a chargé de suspendre son projet controversé d’expulser des migrants vers des pays tiers.

Les organisateurs ont déclaré avant la manifestation de samedi que leur objectif était d’exprimer clairement le large soutien aux demandeurs d’asile dans la société israélienne et de mettre en évidence quelques alternatives possibles aux expulsions, comme aider certains Africains à se déplacer vers des régions d’Israël en dehors du sud de Tel Aviv, où vit actuellement la majorité d’entre eux.

Les organisations qui avaient fait appel devant la Cour suprême dénonçaient notamment l’illégalité de l’accord annoncé par les autorités avec un pays tiers, jugeant que seul le Parlement pouvait voter en faveur d’un tel accord.

La présidente de la Cour suprême Esther Hayut (C) et les juges Hana Meltzer et Niel Hendel arrivent à la Cour suprême de Jérusalem le 12 mars 2018 pour examiner un appel contre l’expulsion de demandeurs d’asile africains. (Hadas Parush/Flash90)

« Nous ne savons pas exactement ce qui se passera la semaine prochaine. L’État est censé donner des réponses le 26 et nous verrons si le gel va se poursuivre ou si les expulsions vont commencer », a dit Sadot. « Mais nous croyons que si nous continuons notre combat… publiquement et légalement, en considérant toutes les options, qu’il y a une chance de l’arrêter. »

Plus tôt ce mois-ci, Israël a fermé le centre de détention de Holot, une installation en plein air où l’État hébergeait des migrants illégaux en grande partie originaires d’Érythrée et du Soudan. Cette mesure est considérée comme une étape importante vers la mise en œuvre du plan d’expulsion.

Selon le ministère de l’Intérieur, 42 000 migrants africains vivent en Israël, dont la moitié – des femmes et des enfants – ne sont pas menacés par l’échéance du 1er avril.

Quelque 300 migrants ont quitté volontairement le pays depuis la décision gouvernementale, selon le ministère de l’Intérieur.

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