Polémique suite à l’arrestation de Gazaouis par le Hamas après un appel Zoom
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Polémique suite à l’arrestation de Gazaouis par le Hamas après un appel Zoom

Une ancienne employée palestinienne d'Amnesty International a été impliquée dans la polémique après avoir dénoncé dans un message Facebook les activistes gazaouis au Hamas

Les policiers du Hamas effectuent un raid à Nuseirat, au sud de la ville de Gaza, le 22 mars 2018, qui a abouti à l'arrestation d'un suspect dans un récent attentat à la bombe contre le Premier ministre palestinien, ont déclaré des responsables. ("AFP PHOTO / MOHAMMED ABED")
Les policiers du Hamas effectuent un raid à Nuseirat, au sud de la ville de Gaza, le 22 mars 2018, qui a abouti à l'arrestation d'un suspect dans un récent attentat à la bombe contre le Premier ministre palestinien, ont déclaré des responsables. ("AFP PHOTO / MOHAMMED ABED")

Une vive polémique a divisé la communauté palestinienne après que le Hamas, qui contrôle Gaza, a arrêté six activistes locaux pour avoir échangé en visio-conférence avec des activistes israéliens de gauche.

Le groupe terroriste islamique du Hamas interdit toutes les communications avec Israël. La semaine dernière, il a arrêté six membres du Comité de la jeunesse gazaouie pour des accusations de « trahison » et « normalisation » des relations avec l’Etat juif.

Les arrestations ont créé une polémique violente sur la question de la liberté d’expression. Une ancienne employée du groupe de défense de droits de l’homme Amnesty International s’est impliquée dans la polémique en critiquant les activistes en ligne.

Dans un appel en visio-conférence de deux heures sur Zoom – le dernier d’une série qu’ils ont appelée « Skype avec votre ennemi » – les participants avaient discuté de leurs vies quotidiennes et exprimé l’espoir d’une arrivée de meilleurs dirigeants pour les Israéliens et les Palestiniens.

Rami Amman, âgé de 36 ans et fondateur du Comité de la jeunesse gazaouie, a été arrêté et accusé de « trahison » avec cinq autres personnes pour avoir parlé à des dizaines d’activistes israéliens en ligne.

Rami Aman, le fondateur du Comité jeune de Gaza, a été arrêté par les services de sécurité du Hamas le 9 avril 2020, après avoir organisé une visio-conférence avec des activistes israéliens pour la paix. (Facebook)

Le ministère de l’Intérieur de Gaza, sous le contrôle du Hamas, a déclaré que « l’établissement de toute activité ou communication avec l’occupation israélienne sous n’importe quelle excuse est un crime punissable par la loi, et une trahison contre notre peuple ».

Le Hamas, qui est considéré comme un groupe terroriste par Israël et la plupart des États occidentaux, a pris le contrôle de Gaza dans un coup de force en 2007 qui a failli tourner en guerre civile.

Depuis lors, l’État juif a combattu quatre guerres dévastatrices à Gaza tout en maintenant un blocus handicapant sur l’enclave côtière. Israël estime nécessaire d’isoler le Hamas et de l’empêcher d’obtenir des armes qui pourraient autrement être utilisées contre Israël.

« Pas une erreur »

Hind Khoudary, une ancienne activiste d’Amnesty International, a joué un rôle central dans cette polémique. Elle a critiqué Aman sur Facebook pour l’acte présumé de « normalisation » avec Israël.

Khoudary a taggué plusieurs officiels du Hamas dans son message en ligne, pour être sûre qu’ils soient informés de l’appel Zoom d’Aman.

Le ministère de l’Intérieur a cependant démenti que les messages de Khoudary l’avaient renseigné sur la visio-conférence.

« Ce qui a été publié n’est pas vrai. [Il est inexact] de dire que des citoyens ou des journalistes publiant des messages sur Facebook et les réseaux sociaux sont responsables des arrestations », a déclaré le porte-parole du ministère Iyad al-Bozm. « Rami Aman et son groupe étaient constamment sous surveillance des services de sécurité. Malheureusement, Rami a tenté de mener des activités qui enfreignent les lois, la culture et les coutumes de notre peuple. »

Hind Khoudary. (Capture d’écran : YouTube)

Khoudary a déclaré à l’AFP qu’elle ne regrettait pas ses messages et qu’elle ne s’opposait pas à l’arrestation d’Aman, tout en soulignant qu’elle n’était pas responsable de sa détention.

« Je n’ai pas fait d’erreur », a-t-elle dit, en le critiquant pour ce qu’elle a décrit être une tentative de parler au nom de tous les Palestiniens.

« En tant que Palestinienne, avant d’être journaliste, je suis contre la normalisation », a déclaré Khoudary.

Amnesty a confirmé que Khoudary avait été « une employée en freelance pendant peu de temps », qui avait aidé à documenter les manifestations à Gaza l’année dernière. Amnesty a cependant déclaré qu’elle ne travaillait plus pour l’organisation.

Capture d’écran d’une vidéo diffusée par la chaîne publique Kan d’une manifestation dans la bande de Gaza contre le coût de la vie, le 15 mars 2019. (Capture d’écran : Twitter)

« Nous condamnons fermement les arrestations d’individus ; ils font usage de leur droit à la liberté d’expression et de rassemblement », a déclaré Saleh Hijazi, le directeur assistant d’Amnesty pour le Moyen Orient.

Peter Bouckaert, un ancien responsable de Human Rights Watch, a retiré Khoudary d’un groupe en ligne et a dit qu’elle devrait avoir « honte » de son comportement.

UN Watch, organisation basée à Genève mise en place initialement pour s’opposer à l’antisémitisme aux Nations unies, a salué Aman comme un « activiste de la paix courageux à Gaza ».

Dialogue ou pas ?

Khoudary elle-même a été arrêtée par le Hamas l’année dernière pour des messages en soutien aux manifestations organisées dans les rues de Gaza.

Des émeutiers palestiniens brûlent un drapeau israélien lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à la frontière entre Gaza et Israël, à l’est de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 avril 2018. (Crédit : AFP / SAID KHATIB)

Aman avait brièvement été détenue il y a deux ans pour des accusations similaires.

Le débat s’est enflammé sur les réseaux sociaux. Certains Palestiniens ont condamné les dernières arrestations et d’autres ont félicité Khoudary pour son travail contre la normalisation.

Œuvrer ou même communiquer avec les Israéliens fait polémique parmi les Palestiniens. Beaucoup voient un tel dialogue comme une perte de temps.

D’autres affirment que la rupture de tout dialogue éloigne davantage une solution entre les deux parties.

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