Pour beaucoup d’ados israéliens, la veille de Yom Kippour est aussi une nuit de romance
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Pour beaucoup d’ados israéliens, la veille de Yom Kippour est aussi une nuit de romance

Les jeunes affirment que même la mauvaise haleine due au jeûne ne gâche pas la romance qui s'épanouit avec le sentiment de nouveauté et de renouveau - et d'interdit - du jour du pardon

Les Israéliens profitent de la plage de Tel Aviv pendant Yom Kippour, le 4 septembre 2014 (Crédit : Danielle Shitrit / Flash 90 / via JTA)
Les Israéliens profitent de la plage de Tel Aviv pendant Yom Kippour, le 4 septembre 2014 (Crédit : Danielle Shitrit / Flash 90 / via JTA)

SHOHAM, Israël (JTA) — Ely Cohen a complété sa tenue blanche en se vaporisant avec de l’eau de Cologne.

Au coucher du soleil, et donc le début de Yom Kippour, de tels gestes ne seraient plus casher, et il voulait être prêt pour la grande nuit. Il venait tout juste de commencer à sortir avec une jeune fille de son lycée, et ils avaient l’intention de se retrouver.

« Nous nous sommes mis d’accord pour nous retrouver au rond-point, où tout le monde va après la synagogue », a-t-il précisé.

Comme prévu, le couple de lycéens — ainsi que des centaines d’autres lycéens — se sont retrouvés au rond-point de leur ville. Mais Cohen, âgé de 18 ans, et Yuval Sadaka, 17 ans, se sont rapidement réfugiés dans le gymnase de leur lycée pour une séance de bisous.

Cette nuit s’est révélée être un tournant dans leur relation, ont déclaré Cohen et Sadaka. Un an plus tard, ils sont inséparables.

Pour la plupart des Juifs américains, la notion de romance pendant le Jour du Grand Pardon est comme mélanger de l’huile et de l’eau — vous pouvez, mais vous ne devriez probablement pas. Mais à travers Israël, il y a une tradition où les communautés se rassemblent dans les rues après le service du soir de Yom Kippour, Kol Nidre. Les Israéliens de tous les âges parlent, profitent du calme d’une nuit où il y a peu ou pas de trafic et, s’ils sont jeunes ou célibataires, flirtent.

C’est une coutume spécialement appréciée chez les adolescents israéliens. Malgré le caractère sombre et solennel de Yom Kippour — et l’interdiction religieuse d’avoir une activité sexuelle pendant les 25 heures que dure Kippour — beaucoup attendent le jour le plus saint du judaïsme qu’ils considèrent comme une opportunité pour la romance.

Comme la plupart des villes du pays, la ville natale de Cohen, Shoham, près de l’aéroport Ben Gurion, s’arrête pour Yom Kippour, pendant que les Juifs traditionnellement jeûnent et se repentent de leurs péchés de l’année écoulée. Les entreprises baissent les rideaux, les rues se vident des voitures et la radio et la télévision cessent d’émettre. Même beaucoup de juifs laïcs, qui constituent la majorité à Shoham, et qui représentent environ 40 % de tous les Israéliens, se rendent aux offices de Kol Nidre.

Des Israéliens font du vélo dans les rues vides pendant Yom Kippour. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des Israéliens font du vélo dans les rues vides pendant Yom Kippour. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Ensuite, les gens sortent de la synagogue et se retrouvent dans les rues vides. Respectant la tradition, beaucoup portent du blanc de la tête aux pieds. Les adolescents, principalement du lycée de Cohen, mais aussi du lycée religieux sioniste, ont tendance à rester tard à l’extérieur, à marcher ou à faire du vélo dans la ville. En prime, dormir tard le lendemain facilite le jeûne.

À Shoham, le principal lieu de rencontre est le rond-point mentionné plus haut. Des centaines d’adolescents se rassemblent en blanc, et beaucoup s’étendent sur des coussins et des couvertures dans l’herbe. Certains jouent au backgammon ou à d’autres jeux de société. En public, personne ne viole l’interdiction religieuse de manger ou de fumer. Les smartphones sont à la maison, ou au moins dans la poche. Les manifestations publiques d’affection sont également généralement évitées conformément à l’interdiction talmudique interdisant les relations sexuelles.

Pourtant, selon Cohen — qui est laïc, mais qui respecte beaucoup les coutumes de Yom Kippour — ce jour est connu pour être le début de nombreuses relations. Après tout, tout le monde est habillé et se montre sous leur meilleur jour. Aucun adulte n’est là, et il n’y a nulle part ailleurs où aller ou quelque chose de mieux à faire.

Il est facile d’ouvrir le dialogue avec de nouvelles personnes en leur expliquant « à quel point vous avez faim », plaisante-t-il en riant.

Yuval Sadaka, à gauche, prenant un selfie avec Ely Cohen à Shoham, Israël, le 5 septembre 2017 (Crédit : Sadaka / via JTA)
Yuval Sadaka, à gauche, prenant un selfie avec Ely Cohen à Shoham, Israël, le 5 septembre 2017 (Crédit : Sadaka / via JTA)

« Tout le monde est propre et vêtu de blanc, et vous êtes censé avoir demandé le pardon pour vos péchés », a ajouté Cohen. « Alors, il y a ce sentiment pur et magique dans l’air. »

Sadaka a eu une explication plus simple : « les filles aiment Yom Kippour parce que les garçons agissent bien pour une fois », a-t-elle déclaré.

Et parce que la romance est interdite ce jour-là, c’est plus tentant que jamais.

« Vous voulez le faire parce que vous ne pouvez pas le faire », a déclaré Sadaka. « Pas même la mauvaise haleine du jeûne peut nuire » [à la romance].

Les amours naissantes de Yom Kippour ne sont peut-être pas tout à fait quelque chose de nouveau. Dans le Talmud, le sage du 1er siècle, le rabbin Simeon Ben Gamliel, a raconté que dans les temps anciens, les « filles d’Israël » dansaient dans les vignes avec des robes blanches pour Yom Kippour, et les garçons « qui n’avaient pas de femmes s’y rendaient pour en trouver une » (Taanit 31a).

Des juifs orthodoxes se promènent dans les rues vides de Jérusalem à Yom Kippour, le jour le plus sacré du calendrier juif,, le 12 octobre 2016 (Crédit : Sebi Berens / Flash 90)
Des juifs orthodoxes se promènent dans les rues vides de Jérusalem à Yom Kippour, le jour le plus sacré du calendrier juif,, le 12 octobre 2016 (Crédit : Sebi Berens / Flash 90)

Gamliel a également indiqué que le même rituel avait eu lieu à Tu bAv, une fête pour la récolte célébrée aujourd’hui comme une sorte de Saint-Valentin en Israël. Des deux jours fériés, il a dit : « il n’y avait pas de jours plus heureux pour les Juifs. »

Ari Engelberg, un sociologue israélien, a déclaré que cette description de Yom Kippour comme une fête de joie et de séduction semblable à celle de Tu bAv a déconcerté depuis longtemps les rabbins car cela va à l’encontre de la compréhension et de l’observance contemporaines.

« Dans le judaïsme rabbinique, Yom Kippour est devenu un jour d’expiation très sérieux et sévère pendant lequel tout le monde s’inquiète de leurs péchés », a déclaré Engelberg, qui enseigne la sociologie et les études d’Israël à l’École internationale de Rothberg à l’université hébraïque de Jérusalem.

« Le rabbin Gamliel a vécu juste après la destruction du Temple juif et se rappelle d’une autre tradition, peut-être dans sa mémoire. Cela a été un casse-tête pour des générations de rabbins. »

Eyal Turgeman, âgé de 43 ans qui vit à Rishon Lezion, une ville dans le sud de Tel Aviv, a vécu une rencontre amoureuse pendant un jour de Yom Kippour, il y a des décennies. L’ingénieur en mécanique y repense avec des sentiments mitigés aujourd’hui.

Eyal Turgeman posant avec des filles qu'il a rencontrées lors d'un voyage d'été à Eilat, en Israël, en 1991 (Crédit : Autorisation Turgeman / via JTA)
Eyal Turgeman posant avec des filles qu’il a rencontrées lors d’un voyage d’été à Eilat, en Israël, en 1991 (Crédit : Autorisation Turgeman / via JTA)

Turgeman a grandi à Jérusalem dans une famille juive orthodoxe qui observait Yom Kippour de manière stricte. Ses parents, des immigrants marocains, scotchaient les interrupteurs de lumière, pré-découpaient le papier de toilette (car les actions de déchirer et couper sont interdites pendant les fêtes juives) et ont dormi dans des lits séparés pour éviter tout contact accidentel. Son père — comme beaucoup de Juifs qui observent la fête strictement et pratiquement tous les haredim [ultra-orthodoxes] — ont passé la majorité de la journée de Kippour à étudier ou en prière.

Mais Turgeman et ses amis, orthodoxes et laïcs, erraient dans les rues jusqu’à la petite heure du matin, tout comme les adolescents le font aujourd’hui.

« Aussi à l’époque, c’était une grande opportunité pour rencontrer des filles parce que c’est une grande réunion sociale au centre de la ville », a-t-il déclaré.

Pendant sa dernière année de lycée, Turgeman a passé Yom Kippour chez sa copine. À l’insu de ses parents, ils ont dormi dans le même lit.

Un panneau sur la route 1 vide, "Que tous les foyers d'Israël soient inscrits dans le Livre de la Vie", à Yom Kippour, le 22 septembre 2015. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Un panneau sur la route 1 vide, « Que tous les foyers d’Israël soient inscrits dans le Livre de la Vie », à Yom Kippour, le 22 septembre 2015. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

« Nous avons commencé à nous toucher, et une chose en a entraînée une autre », a-t-il confié. « Nous étions debout toute la nuit. Parce que ce n’était pas permis, c’était mieux que d’habitude. »

Dans la matinée, Turgeman a eu des regrets. Peu de temps après, lui et sa petite amie, son premier amour, ont rompu. Turgeman a expliqué qu’il a souvent pensé que cette rupture était due à leur transgression de Yom Kippour.

« C’était tout le temps dans ma tête, je me disais que cela s’est produit à cause de cela, parce que j’avais le sentiment que j’avais fait quelque chose que Dieu a vu et qu’il nous a punis », a-t-il expliqué.

Bien qu’il soit maintenant laïc, Turgeman a déclaré qu’il « se sent un peu mal » à propos de cette nuit-là et qu’il ne le referait pas.

« Ce qui s’est passé, est arrivé », a-t-il dit. « Mais aujourd’hui, je ne ferais pas ça. C’est un jour par année où vous êtes censés vous contrôler. »

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