Pour encourager l’alyah, le ministère de l’Intégration interviewe de faux olim
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Pour encourager l’alyah, le ministère de l’Intégration interviewe de faux olim

Le bureau chargé d'encourager l'immigration aurait inventé de nombreuses histoires d'alyot réussies, employant des noms fictifs et des clichés issus de banques d'images

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des photos provenant de banques d'images utilisées dans une campagne sur les réseaux sociaux par le ministère de l'Intégration. (Montage : Times of Israël)
Des photos provenant de banques d'images utilisées dans une campagne sur les réseaux sociaux par le ministère de l'Intégration. (Montage : Times of Israël)

Jusqu’à jeudi, la page Twitter du ministère de l’Intégration et de l’Immigration était remplie de photos d’immigrants souriants qui parlaient de leurs réussites en Israël, malgré les difficultés liées au changement de pays.

Mais une ombre subsistait au tableau : ces personnes n’étaient pas réelles. Non seulement les photos provenaient de banques d’images, mais l’identité des présumés immigrants et leurs propos auraient été inventés de toutes pièces.

Le Times of Israël n’a pas pu confirmer avec le ministère que les noms et les propos ont été inventés, mais les individus en question, à l’exception d’une personne qui n’est pas un immigrant, n’ont pas pu être retrouvées, malgré des recherches poussées sur les réseaux sociaux.

Le ministère de l’Intégration a dit qu’il ne pouvait pas répondre aux questions du Times of Israël à ce sujet parce que ses réseaux sociaux en langue anglaise sont gérés par une société externe et qu’ils attendaient des réponses de la part de cette firme. Cependant, le ministère a supprimé de nombreux tweets sur le sujet après avoir été contacté jeudi.

Le ministère de l’Intégration alloue 500 000 shekels pour des programmes destinés à « encourager l’immigration et l’intégration », selon les données publiques du budget. Le financement de cette campagne sur les réseaux sociaux provient probablement de cette somme.

Un tweet publié et supprimé par le ministère de l’Intégration dans lequel provenant de banques d’images est utilisée dans une campagne sur les réseaux sociaux pour promouvoir l’alyah, le 29 octobre 2019 (Crédit : capture d’écran Twitter)

Depuis le début de l’année, le ministère a publié au moins 10 photos sur ses pages Facebook et Twitter, censées représenter des immigrants avec leur nom et des citations sur leur expérience d’immigration en Israël.

Ces publications sont accompagnées du hashtag Aliya Story, utilisant le mot en hébreu pour immigration, qui signifie littéralement « montée ».

Toutes les photos, sauf une, provenaient de banque d’images, apparemment téléchargées par le ministère.

Cette exception porte sur une publication d’avril, qui inclut une photo prise – avec permission – d’Instagram.

Cependant, dans ce cas, le ministère a semblé citer le photographe, Lior Golbary, qui disait : « je suis venu réaliser mon rêve juif ! Faire l’alyah, servir dans l’armée et vivre sur Lillybloom [la rue Lilienblum à Tel Aviv] a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Israël est et sera toujours ma maison. »

Le seul problème c’est que Lior Golbary, comme il l’a confirmé au Times of Israël, n’a jamais dit ça.

Il a confirmé ne pas avoir immigré en Israël, mais être né et avoir été élevé dans le centre du pays.

Des experts en relations publiques ont attesté que l’invention de noms et de citations n’est pas une pratique acceptée dans le domaine, et particulièrement pas dans le climat médiatique actuel, où priment l’authenticité et la transparence.

« S’il s’avère que c’est un compte authentique du ministère, et que les noms et les photos sont inventées, ce n’est rien d’autre qu’ignoble. Utiliser des clichés de banques d’images pour illustrer des cours ou des réunions, c’est une chose, mais, alors que la crédibilité d’Israël est constamment remise en cause sur les réseaux sociaux, inventer des gens n’est rien d’autre que de l’idiotie », a déclaré Jason Pearlman, ancien porte-parole du président Reuven Rivlin et de l’ancien ministre de la Diaspora Naftali Bennett, au Times of Israël.

Selon le fil du ministère sur Twitter, en janvier, une certaine Tanya Lipworth, de Chicago aurait dit : « j’ai grandi dans une maison juive, dans une école juive, mais je n’aurais jamais imaginé que je réaliserais le rêve sioniste. Après un an à étudier en Israël, j’ai réalisé que faire l’alyah pouvait devenir une réalité ».

Cependant, avant la publication du ministère, aucune Tanya Lipworth n’existait sur internet, pas plus que de Tyler Chaplinski de Brooklyn, dont les propos ont été cités par le ministère en août.

La plupart des noms apparaissent sur Facebook mais ne semblent pas correspondre à des personnes vivant en Israël.

Par exemple, une certaine Martine Kaplan, citée dans une publication d’avril, semble exister, mais elle ne vit pas en Israël et ne semble pas être originaire de Perth, en Australie, comme l’a indiqué le ministère, mais plutôt de Sommerville, dans le Massachusetts aux Etats-Unis.

Plusieurs immigrants – ou olim en hébreu – ont été offusqués par l’invention d’identités par le ministère pour sa campagne, surtout parce qu’il y a littéralement « des millions d’immigrants, dont moi », a fait remarquer un internaute sur Twitter.

« Pour ceux d’entre nous qui ont pris cette difficile décision et qui avons construit nos maisons en Israël. Pour ceux qui sont loin de leurs familles et affrontent des obstacles au quotidien pour s’adapter, c’est profondément insultant », a dit Perlman, qui a émigré d’Israël en Angleterre.

David Aaronson, un immigrant et chef du cabinet de l’ancien ambassadeur israélien aux Etats-Unis Danny Ayalon, a également plaisanté sur Twitter que le ministère n’aurait pas été capable de trouver des volontaires en raison des difficiles et frustrantes procédures pour immigrer en Israël.

« Après toutes les inepties bureaucratiques que nous devons supporter quand nous faisons l’alyah, pourquoi l’un d’entre nous leur ferait de la
pub ? », a-t-il écrit.

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