Première mondiale : le principe actif du Viagra pourrait bloquer la propagation du cancer – chercheurs israéliens
Des modèles murins et les données des 5 millions d'adhérents d'une caisse de santé montrent que ce médicament contre les troubles érectiles et certaines statines pourraient améliorer les résultats thérapeutiques en bloquant le cholestérol utilisé par les cellules pour former des métastases
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Des chercheurs israéliens affirment avoir mis au jour le mécanisme biologique par lequel le Viagra, ce médicament principalement connu pour traiter les troubles de l’érection chez l’homme, contribue à freiner la propagation du cancer.
Dans le cadre d’une étude à comité de lecture, des chercheurs de l’Institut Weizmann des sciences ont démontré que le sildénafil, le principe actif du Viagra, perturbe l’apport de cholestérol aux cellules cancéreuses – une substance essentielle dont ces cellules ont besoin pour former des métastases dans d’autres organes.
C’est le Dr Yarden Ariav qui a dirigé ces travaux au sein du laboratoire de la professeure Ayelet Erez à l’Institut Weizmann, en collaboration avec des chercheurs du laboratoire du professeur Eytan Ruppin à l’Institut national du cancer des États-Unis, de la division Innovation de la caisse de santé Clalit (l’organisme national de santé israélien), ainsi que des médecins et scientifiques de l’hôpital Rabin.
Publiés en juillet dans Cancer Research, les résultats de ces scientifiques s’appuient sur des modèles murins de cancer, des cultures de cellules cancéreuses provenant de patients humains, et des données recueillies sur une période de 20 ans auprès d’environ 5 millions d’adhérents de Clalit.
Selon ces données, les taux de survie les plus élevés sont observés chez les patients ayant pris à la fois du sildénafil et des statines, une classe courante de médicaments hypocholestérolémiants, six mois avant leur diagnostic.
Les tests en laboratoire se sont principalement concentrés sur des cancers tels que le cancer du sein triple négatif, le mélanome et le cancer du poumon.
Les données issues de la pratique clinique « ont confirmé les résultats que nous avions obtenus chez des souris mâles pour les cancers du poumon, du côlon et de la prostate », a déclaré Erez, interrogée par téléphone par le Times of Israel.
L’étape suivante, a-t-elle souligné, consistera à « faire évoluer la médecine » en administrant aux femmes un médicament traditionnellement associé à la santé masculine.
« Ce qui rend cette étude unique, et ce que nous devons maintenant faire avant tout, c’est mener un essai clinique dans lequel on administrera du Viagra à des femmes atteintes d’un cancer du sein triple négatif », a expliqué Erez.
Freiner la propagation du cancer en bloquant le cholestérol
Le sildénafil a été initialement développé pour traiter les troubles cardiaques grâce à son effet vasodilatateur. Les médecins ont ensuite constaté qu’il pouvait également aider à traiter efficacement les troubles de l’érection chez l’homme ; il a d’ailleurs été homologué à cette fin en 1998.
Aujourd’hui, l’équipe de recherche a administré ce médicament à des modèles murins mâles et femelles, ainsi qu’à des cellules cancéreuses humaines. À l’aide de techniques d’imagerie cellulaire haute résolution permettant d’observer et de suivre les modifications en temps réel, les scientifiques ont constaté que ce médicament agissait rapidement, en bloquant instantanément l’enzyme phosphodiestérase de type 5 (PDE5), puis en provoquant une augmentation brutale du taux de GMP cyclique (cGMP), un messager chimique clé.
Les scientifiques ont ensuite constaté que le GMP cyclique ciblait puis piégeait une protéine essentielle au transport du cholestérol, ce « carburant » indispensable dont dépendent les cellules cancéreuses pour envahir d’autres organes. Privées de ce cholestérol, les cellules cancéreuses ont perdu leur capacité à se propager, résultant en une réduction significative du nombre de métastases.
« Nous avons découvert une nouvelle voie biologique, et nous avons montré comment mettre cette voie à profit », a expliqué Erez, qui exerce également en tant que médecin et occupe les fonctions de chercheuse senior et de doyenne de la faculté de médecine Miriam et Aaron Gutwirth de l’Institut Weizmann.
Lors de la phase suivante de l’expérience, les chercheurs ont toutefois constaté que les cellules cancéreuses avaient bien d’autres ressources pour se défendre.
Une fois que le sildénafil a fait disparaître le cholestérol mobile, les cellules cancéreuses ont activé un mécanisme leur permettant de produire davantage de cholestérol par elles-mêmes. Les scientifiques ont alors administré des statines, un médicament bien connu, aux cellules cancéreuses.
D’après l’université Johns Hopkins, plus de 200 millions de personnes dans le monde prennent des statines pour réduire leur taux de cholestérol.
Les statines et le sildénafil agissant en synergie ont permis de maintenir un faible taux de cholestérol et de prévenir la propagation des cellules cancéreuses.
Des résultats confirmés par les données de plus de 5 millions de patients
La Dr Samah Hayek, épidémiologiste senior chez Clalit et maître de conférences au département d’épidémiologie et de médecine préventive de l’université de Tel Aviv, a déclaré au Times of Israel que les chercheurs de l’Institut Weizmann l’avaient contactée pour vérifier leurs résultats de laboratoire à la lumière des données des patients de Clalit.
Les chercheurs, a expliqué Hayek, l’ont chargée d’enquêter sur ce qu’il était advenu des patients atteints d’un cancer et auxquels on avait prescrit du Viagra et des statines six mois avant le diagnostic de leur cancer.
« Nous avons utilisé différentes méthodes statistiques et épidémiologiques permettant de mesurer de nombreux facteurs. Nous avons constaté que les résultats concordaient avec ce que les chercheurs de l’Institut Weizmann avaient observé dans leur modèle murin », a-t-elle expliqué. « La combinaison entre nos deux disciplines a donc porté ses fruits. Nous avons réussi à répondre à une question de recherche majeure. »
Pour le Dr Ido Wolf, chef du service d’oncologie à l’hôpital de Tel Aviv et directeur de la faculté de médecine de l’université de Tel Aviv, « cette étude met en lumière un aspect fascinant et sous-estimé de la biologie du cancer ».
Le Dr Wolf n’a pas participé à ces recherches.
« Les cellules cancéreuses métastatiques sont extrêmement dépendantes du cholestérol, et perturber le transport intracellulaire de celui-ci ouvre une voie thérapeutique jusqu’alors méconnue », a-t-il précisé. « Au-delà de la découverte de ce mécanisme, les auteurs sont parvenus à étayer leurs conclusions à l’aide de données cliniques concrètes, recueillies à l’échelle de la population. »
Ces résultats, a souligné le Dr Wolf, « témoignent du potentiel d’une réorientation rapide de l’utilisation de médicaments largement disponibles et éprouvés, tels que le sildénafil et les statines ».
« C’est cette étape de science translationnelle entre le laboratoire, la modélisation murine et la modélisation chez l’homme », a poursuivi Hayek. « Nous nous efforçons de transposer d’abord la science, puis de la mettre au service des patients. »
Selon Erez, cette recherche enseigne également « qu’il ne faut pas se concentrer uniquement sur la mutation cancéreuse et sur le micro-environnement tumoral ».
« Nous devons intégrer les patients dans l’équation », a-t-elle affirmé. « Ce qu’ils mangent, ce qu’ils pratiquent comme activité physique et les médicaments qu’ils prennent. Il est essentiel de considérer les patients tels qu’ils sont, dans leur globalité. »
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