Quand Pierre Bellemare a fait face à la Gestapo en 1944
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Quand Pierre Bellemare a fait face à la Gestapo en 1944

Le conteur s'est éteint à l'âge de 88 ans, mais sa voix devrait résonner encore longtemps sur les ondes

Il y a trois jours encore, les programmes télévisés annonçaient la rediffusion d’une émission intitulée « Pierre Bellemare raconte… La Seconde guerre mondiale ». Ce magazine en 13 épisodes sera donc diffusé à titre posthume, puisque cette « grande voix » de la radio et de la télévision françaises, âgée de 88 ans, s’est éteint le 26 mai à Suresnes.

La voix de ce journaliste précoce a longtemps suffi à assurer un succès d’audience à toutes sortes d’émissions. Des récits fantastiques, historiques et de simples faits divers devenaient hors-normes grâce à la diction de Pierre Bellemare, conteur passé maître du suspens.

« On reconnaît un conteur à son débit et à sa façon d’accentuer certains mots ou certaines phrases, racontait Bellemare à un journaliste. Et surtout de marquer les silences ! J’ai appris cela de mon beau-frère qui s’appelait Pierre Hiegel, grand animateur de radio et grand musicologue ».

De la Seconde Guerre mondiale, racontera-t-il cette épisode où il a provoqué une descente de la Gestapo au bas de son immeuble boulevard Saint-Jacques à Paris en avril 1944 ?

Alors chef scout à la « 38e », il devait alors faire passer une épreuve d’orientation à un « compagnon » de son âge. Téméraires, ils montent sur le toit de l’immeuble où réside Pierre Bellemare.

L’épreuve consiste pour la jeune recrue à localiser des bâtiments de Paris et des rues à l’aide d’une carte et d’une boussole. Alors que la Gestapo contrôle a ville.

Très vite un groupe de badauds s’attroupe sur l’avenue et les désigne du doigt en criant : « il y a des terroristes la-haut ! ».

Il raconte le reste dans Paris Match en 2007 :

« Des pas rapides et lourds gravissent les escaliers. J’entends tambouriner à toutes les portes de l’immeuble. Je fixe la nôtre de mes yeux écarquillés. De puissants coups de poing la frappent. Mon père ouvre et se heurte à un duo vêtu de cuir sombre. La Gestapo. « Sortez tout de suite!» nous crient-ils ».

« A l’extérieur, j’aperçois un déploiement de forces inouï. Un car, chargé d’une vingtaine de policiers français, bloque le boulevard Saint-Jacques. A deux pas, une colossale voiture allemande noire ».

Tous les habitants de l’immeuble doivent passer en file indienne devant les témoins. Arrive le tour de Pierre Bellemare qui avait pris le soin de changer de coiffure et de vêtements.

« L’un d’eux crie : «Non!» La frayeur de ma vie se métamorphose en soulagement absolu. Mais je reste dégoûté par ces Français qui se prêtent à ce jeu effrayant, pour dénoncer d’autres Français. De sinistres cons. M’ont-ils laissé partir parce qu’ils ont compris que je n’étais qu’un gosse ? Je ne le saurai jamais. »

Si Pierre Bellemare était déjà une vedette pour les générations précédentes, lui qui a commencé à l’ORTF en 1954, qui a importé le télé-achat en France, a fait partie d’émissions populaires comme Coucou c’est nous, avec Christophe Dechavanne, ou encore des Grosses têtes sur RTL, il a connu un retour d’estime d’un public plus jeune avec son rôle de Armand Lesignac chef-espion de OSS 117, interprété par Jean Dujardin.

Comme le note un amateur de cinéma, Pierre Bellemare, « dégage une autorité naturelle, un charme pompidolien et une grivoiserie toute gauloise. Grâce à sa voix et ses intonations, la France de l’ORTF ressurgit à l’écran ». Tout Pierre Bellemare.

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