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Carnet du journaliste

Quelques heures avant l’annonce, Bennett avait fait allusion à sa démission

Le Premier ministre aura réussi à donner un sentiment de normalité lors d'une session avec des journalistes, lundi après-midi - jusqu'à une question sur son avenir immédiat

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett dirige une réunion du cabinet à Jérusalem, le 19 juin 2022. (Crédit :  Alex Kolomoisky/POOL)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett dirige une réunion du cabinet à Jérusalem, le 19 juin 2022. (Crédit : Alex Kolomoisky/POOL)

Quelques heures avant l’annonce faite par le Premier ministre Naftali Bennett, une déclaration empreinte de gravité, de la dissolution du gouvernement dont il était à la tête avec Yair Lapid – un gouvernement qui venait tout juste de souffler sa première bougie – le chef du gouvernement avait rencontré des journalistes diplomatiques israéliens.

Il s’agissait de ce type de conférence de presse que Bennett avait déjà organisé à deux reprises auparavant avec les journalistes – avec une déclaration préparée suivie d’un temps imparti à des questions individuelles, libres, officieuses, puis d’une session de questions/réponses consacrée à moults sujets de politique étrangère et de sécurité.

Et la session avait commencé comme les autres. Nous sommes ainsi arrivés au bureau du Premier ministre de Jérusalem à 11 heures 30 du matin, nous nous sommes soumis au contrôle de sécurité d’usage et nous avons attendu dans la vieille salle de réunion en prenant une collation – des fruits – et en bavardant avec les employés du bureau du porte-parole.

Plus d’une heure plus tard, nous avons été dirigés vers l’Aquarium, le saint des saints du Premier ministre. Les journalistes se sont assis d’un côté de la longue table installée au milieu de la salle aux murs boisés où se rassemble le cabinet et quand Bennett a fait son entrée, quelques minutes plus tard, il s’est installé face à nous, flanqué de son nouveau porte-parole Yotam Ben-Yitzhak à sa gauche et de son secrétaire militaire, Avi Gil, et de son responsable de la diplomatie publique Elad Tene, à sa droite.

Le conseiller à la sécurité nationale Eyal Hulata était absent, se trouvant à Amman, en Jordanie, à l’occasion d’un court déplacement de travail.

Difficile de dire pourquoi l’équipe de Bennett ne nous avait invités que vingt-quatre heures auparavant.

Avec le recul, toutefois, et sachant dorénavant que Bennett était sur le point d’annoncer la fin du gouvernement, cette session semble avoir été une sorte de réunion d’adieu, l’occasion de plaider – peut-être autant pour se convaincre lui-même que pour convaincre nos lecteurs – en faveur de cette courte aventure politique et des succès enregistrés.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à la Knesset de Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Dans l’ensemble, Israël est en train de devenir plus fort », a-t-il dit pour commencer. « Le pays devient plus fort au niveau économique, plus fort au niveau diplomatique, plus fort en matière de sécurité, plus fort au niveau technologique. »

Il a ensuite évoqué la visite, au mois de juillet, du président américain Joe Biden, qui sera reçu par Yaïr Lapid en tant que nouveau Premier ministre. « Cette visite est vitale pour l’État d’Israël », a lancé Bennett, « parce qu’elle s’intéressera à toutes les activités que nous avons accomplies au cours de l’année qui vient de s’écouler. »

Il a parlé de la coopération établie entre Israël et la Turquie, qui tentent de concert de déjouer les tentatives iraniennes de s’en prendre à des ressortissants israéliens sur le sol turc. Il a fait part des objectifs à court-terme et à long-terme de l’État juif dans la lutte contre les groupes mandataires de la République islamique et concernant l’arrêt du programme nucléaire de Téhéran. Il a salué les capacités de dissuasion contre le Hamas qui se sont renforcées, soulignant que l’année qu’il a passé au poste de Premier ministre a été la plus calme pour les habitants de Sderot et des communautés frontalières depuis le désengagement de 2005.

« Cette année, Israël est un pays plus fort et ses capacités de dissuasion se sont améliorées », a conclu Bennett. « Nous avons de nombreux problèmes, de nombreuses difficultés qui sont complexes mais dans l’ensemble le pays progresse bien, et ce dans la majorité des domaines. »

Même s’il savait que son gouvernement était entré dans sa phase finale, Bennett a été admirable – ou peut-être fourbe – en ne laissant rien filtrer dans son comportement de ce qui allait se passer. Il a évoqué très longuement et avec beaucoup de calme les plans futurs à Gaza et dans la région.

Une réponse, malgré tout, aurait pu prédire ce qui s’annonçait. Alors que Moriah Asraf Wolberg, journaliste de la Treizième chaîne, lui demandait s’il serait encore Premier ministre à l’arrivée de Biden, le Premier ministre a fait une pause pendant trois longues secondes, il a ôté ses lunettes de lecture et il a déclaré : « Je ne sais pas. Je ne le sais vraiment pas. »

Mais il le savait presque certainement.

Quelques minutes plus tard, lorsque cette conférence de presse de deux heures s’est achevée, Bennett a fait le tour de la table pour serrer la main aux journalistes présents. Avant de retourner à son bureau pour s’apprêter à clore définitivement le dernier chapitre de l’aventure de son gouvernement.

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