Qui a déplacé le match à Jérusalem ? Netanyahu et Regev se renvoient la balle
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Qui a déplacé le match à Jérusalem ? Netanyahu et Regev se renvoient la balle

Il y a 3 mois, le Premier ministre a dit aux dirigeants argentins qu’il avait personnellement ordonné aux autorités d’organiser le match dans "notre capitale éternelle"

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa ministre de la Culture et des Sports Miri Regev pendant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa ministre de la Culture et des Sports Miri Regev pendant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans le cadre des tensions qui entourent l’annulation du match amical entre l’Argentine et Jérusalem, qui aurait du avoir lieu samedi en Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, d’ordinaire très loyale, rejetaient mutuellement la décision d’organiser l’évènement à Tel Aviv, une démarche qui aurait joué un rôle conséquent dans l’annulation.

Le match devait initialement avoir lieu au stade Samy Ofer, dans la ville côtière de Haïfa, mais il a été transféré le mois dernier au stade Teddy Kollek de Jérusalem, après « d’intenses pressions politiques », avait dit la chaîne de télévision Hadashot.

Le chef de la Fédération palestinienne de football Jibril Rajoub avait dit que l’insistance à organiser le match à Jérusalem a conduit à le transformer en un « outil politique », et il avait exhorté les fans arabes et musulmans à brûler des photos et des maillots de Lionel Messi si le match était maintenu.

S’exprimant mercredi après l’annonce de l’Argentine, Netanyahu et Regev ont tous deux nié que la localisation du match ait quoi que ce soit à voir avec l’annulation, mais ils se sont renvoyés la responsabilité de ce transfert.

« Le match a été annulé pour une seule et unique raison – des menaces de mort à l’encontre de la star [Lionel] Messi », a dit Regev durant une conférence de presse au ministère de la Culture et des Sports à Tel Aviv. « Les menaces contre lui et sa famille ont submergé la star internationale de football », a-t-elle dit, indiquant qu’elle tenait cette information des producteurs de l’évènement.

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev durant une conférence de presse au ministère de la Culture et des Sport à Tel Aviv, le 6 juin 2018. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Regev a dit que le fait d’attribuer l’annulation du match à son transfert à Jérusalem était une démarche « méprisable » et « mensongère ».

Depuis Londres, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est fait l’écho de la ministre de la Culture et des Sports, indiquant que « l’Argentine s’est retirée en raison des menaces contre la vie des joueurs ».

Netanyahu avait exprimé mercredi son inquiétude face à la décision « décevante » de l’Argentine d’abandonner son match de football amical contre Israël.

« J’espère que cela n’affectera pas d’autres domaines », avait-il déclaré à Londres. « Nous devons nous préparer à la possibilité que toutes sortes de pressions soient exercées. »

A deux doigts de tenir Regev pour responsable de ce fiasco, Netanyahu a dit qu’elle avait insisté pour que le match se joue dans la capitale.

« Je n’ai pas ordonné ni demandé que le match soit transféré à Jérusalem. Je ne sais pas quels efforts ont été mis en œuvre. Miri Regev a demandé, pas exigé, que le match ait lieu à Jérusalem », a-t-il dit.

Simultanément à la conférence de presse britannique, Regev a livré une version des faits très différente dans une interview accordée à Hadashot.

La lettre du Benjamin Netanyahu adressée au président argentin Mauricio Macri le 12 mars 2018. (Autorisation)

« Le Premier ministre est celui qui avait adressé une lettre au [président argentin Mauricio] Macri il y a quatre mois pour demander à ce qu’ils viennent jouer à Jérusalem », a-t-elle dit. Regev réagissait à l’accusation portée contre son ministère, qui dit qu’elle aurait accepté de verser 2,6 millions de dollars aux organisateurs du match si le match avait lieu à Jérusalem au lieu de Haïfa, à la condition d’avoir une séance photo avec Messi.

Netanyahu a en effet envoyé une telle lettre, que le Times of Israel et d’autres organes de presse se sont procurés, le 12 mars 2018. Dans cette lettre, il dit à Macri qu’il avait « ordonné aux autorités compétentes de mettre tout en œuvre pour que le match puisse avoir lieu à Jérusalem, notre capitale éternelle ».

Le Bureau du Premier ministre a refusé jeudi matin de réagir sur cette lettre ou de retirer les propos de Netanyahu, démentant son implication dans la décision.

Réagissant à l’annulation de mercredi les députés de l’opposition ont accusé Netanyahu et Regev d’avoir politisé le match en insistant pour qu’il se déroule à Jérusalem.

Le président de l’opposition Isaac Herzog a déclaré dans un communiqué qu’Israël avait marqué « un but spectaculaire contre son camp » face au mouvement BDS (Boycott Divestment and Sanctions), mettant en doute les affirmations que la situation israélienne internationale s’améliorerait et qualifiant la décision de l’Argentine « d’échec symbolique d’un gouvernement qui enterre sa tête dans le sable ».

La numéro deux de l’Union sioniste Tzipi Livni a déclaré que l’annulation était le résultat de « l’insistance de Regev et de Netanyahu à transformer le match d’une manifestation de l’esprit sportif en manifestation de politique personnelle ».

« Nous aurions dû laisser les joueurs sur les terrains, les fans dans les gradins et les politiques à l’extérieur », a-t-elle écrit sur Twitter.

Rejetant toute forme de critiques, Regev a menacé jeudi d’annuler l’organisation de l’Eurovision l’an prochain si le concours n’était pas organisé à Jérusalem. « Je dirais au gouvernement que si l’Eurovision n’est pas à Jérusalem, alors il n’y aura aucun sens à l’organiser », a-t-elle dit au radiodiffuseur public Kan dans une interview.

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