Rajoub: « nous avons protesté contre le match parce qu’il se joue à Jérusalem »
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Rajoub: « nous avons protesté contre le match parce qu’il se joue à Jérusalem »

Jibril Rajoub a indiqué que l'AP ne se serait pas opposé à la rencontre si elle avait eu lieu à Haïfa, comme prévu ; le ministère tente encore de sauver l'événement

Jibril Rajoub, cadre du Fatah et président de la Fédération palestinienne de football à Ramallah, en Cisjordanie, le 12 octobre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Jibril Rajoub, cadre du Fatah et président de la Fédération palestinienne de football à Ramallah, en Cisjordanie, le 12 octobre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Les Palestiniens ne se sont opposés au match de football annulé entre l’Argentine et Israël qu’en raison de la décision prise par les responsables de l’Etat juif de lui donner une portée politique en le relocalisant de Haïfa à Jérusalem, a expliqué le président de la Fédération palestinienne de football, mercredi.

« Si le match entre l’Argentine et Israël avait eu lieu à Haïfa« , comme c’était initialement prévu, a déclaré Jibril Rajoub au Times of Israel, « nous ne nous y serions pas opposés du tout ».

Les dirigeants du football israélien ont expliqué pour leur part que les efforts livrés par Rajoub pour faire annuler le match « ont franchi toutes les lignes rouges » et ils ont promis d’appeler à des sanctions au sein des forums internationaux.

Rajoub a noté que les Palestiniens n’avaient commencé à lancer une campagne contre cette rencontre qu’après que la ministre de la Culture et des sports Miri Regev a pris la décision de le transférer à Jérusalem et de le « transformer en événement politique ».

« Si le match était resté à Haïfa, nous, Palestiniens, nous nous serions opposés à tous ceux qui auraient tenté de l’entraver », a-t-il affirmé. « Mais votre gouvernement a décidé d’en faire un événement politique ».

Dès lors, a-t-il dit, les Palestiniens ont lancé des initiatives fortes pour empêcher la tenue du match. « Nous avons envoyé des messages et interpellé toutes les instances concernées et le tout en accord avec tout ce qui a été convenu par le biais des résolutions de l’ONU – tant que la rencontre se déroulait dans les frontières reconnues d’Israël, cela ne nous posait aucun problème ».

Il a insisté sur le fait que les Palestiniens n’ont « rien contre les matchs israéliens ou les matchs [des équipes internationales] contre Israël. L’inverse est vrai ».

Rajoub a mené des initiatives vaines et répétées de faire interdire ou sanctionner l’Etat juif au sein de la FIFA en raison des équipes israéliennes se produisant dans les implantations ainsi qu’en raison des restrictions de mouvement imposées aux joueurs palestiniens.

« Aujourd’hui est une journée de victoire pour les sports », a-t-il dit.

L’appel de BDS Argentine à l’équipe nationale argentine de football pour boycotter un match amical contre Israël prévu à Tel Aviv le 9 juin. Le hashtag #ArgentinaNoVayas signifie « L’Argentine n’y va pas ». (Page Facebook de BDS Argentine)

Rajoub a également déclaré à la télévision palestinienne que la star du football argentin Lionel Messi et son pays « ont donné une gifle au racisme israélien ».

Il a affirmé que le match prévu était « clairement politique. Les Israéliens essayaient d’utiliser Messi comme une icône internationale. Le gouvernement israélien utilise les sports pour couvrir ses crimes ».

L’annulation de la rencontre, a-t-il ajouté, est « une gifle au gouvernement Netanyahu qui a dépensé des millions pour qu’elle se joue à Jérusalem », ainsi qu’au Premier ministre Benjamin Netanyahu et à Regev, qui voulaient « prendre leurs photos avec Messi ».

Le Hamas a applaudit l’Argentine pour cette décision.

« La décision de l’Argentine d’annuler un match amical avec l’équipe de l’occupation israélienne est très louable et très appréciée », a déclaré Husam Badran, du bureau politique de l’organisation terroriste.

Il a ajouté que le boycott est un autre moyen de résistance capable de remporter des « victoires » contre Israël.

Le directeur-général du ministère de la Culture et des Sports, Yossi Sharabi, a déclaré mercredi matin que de « d’ultimes efforts » étaient encore livrés pour maintenir le match.

Sharabi, qui s’exprimait à la radio israélienne, a rejeté les suggestions qui laissaient entendre que c’est le transfert du match depuis Haïfa, comme c’était prévu à l’origine, vers Jérusalem qui avait attisé la controverse et contribué à son annulation.

« On ne peut pas mettre en cause le transfert du match et nous ne pouvons pas accepter les diktats nous interdisant de jouer à Jérusalem », a-t-il dit, ajoutant que « Jérusalem n’a jamais été considéré comme un obstacle ou comme un problème par la fédération de football argentine ».

Le problème a été plutôt, a insisté Sharabi, l’arrivée même de l’équipe sud-américaine en Israël. « C’est une tentative d’intimidation, une campagne terrible de menaces contre les joueurs et contre leurs familles », a-t-il précisé.

Mardi, le ministre des Affaires étrangères argentin avait confié que les joueurs représentant son pays avaient de l’appréhension à l’idée de disputer une rencontre en Israël. Jorge Faurie n’avait pas confirmé une annulation pure et simple mais indiqué aux journalistes , alors qu’il se trouvait interrogé à Washington en marge d’une réunion de l’Organisation des Etats américains (OEA), qu’il pensait que les joueurs étaient réticents à l’idée de s’illustrer sur un terrain en Israël.

« D’après ce que je sais, les joueurs de la sélection ne souhaiteraient pas jouer le match », avait dit Faurie, soulignant des inquiétudes liées à la sécurité émanant des tensions sur les frontières de l’Etat juif et à Jérusalem.

Une source officiant au sein de la Fédération de football argentine avait par ailleurs confié mardi à l’Associated Press que le match au stade Teddy de Jérusalem avait été annulé. Elle s’était exprimée sous couvert d’anonymat, n’ayant pas l’autorisation de commenter l’information.

Cette annulation avait ensuite été confirmée par l’ambassade israélienne à Buenos Aires, qui avait fait référence dans un communiqué à des « menaces et à des provocations » contre Messi.

Faurie avait également évoqué des menaces reçues par les joueurs qui avaient davantage nourri leur craintes. Il avait cité des maillots tachés de peinture rouge, évoquant du sang, qui avaient été brandis lors d’une manifestation organisée aux abords du centre d’entraînement de l’équipe, mardi à Barcelone.

Les manifestants avaient pour leur part déclaré que ces maillots voulaient incarner les crimes présumés des Israéliens et n’étaient pas une menace envers les joueurs.

Au début de la semaine, Rajoub, le haut-responsable chargé du football au sein de l’AP, avait demandé à l’Argentine de renoncer au match et vivement recommandé de brûler des photos et des tee-shirts de Messi s’il devait jouer.

Le député arabe israélien Yousef Jabarin avait également demandé à l’Argentine d’annuler la rencontre, citant les actions israéliennes dans la bande de Gaza. Le maintien du match, avait-il écrit dans une lettre adressée à l’ambassadeur argentin au sein de l’Etat juif, « envoie le message dangereux au gouvernement israélien que le monde ignore ses violations flagrantes faites aux droits de l’Homme ».

Rajoub « a franchi toutes les lignes rouges »

La Fédération israélienne de football a pour sa part estimé mercredi que Rajoub, avec ses « menaces brutales et physiques » contre la formation d’Amérique du sud, « a franchi toutes les lignes rouges », promettant d’agir contre l’AP au sein des forums internationaux.

L’Etat juif prévoit d’envoyer un courrier de doléances à la FIFA et de demander des sanctions contre « ceux qui osé inciter explicitement à faire du mal à des joueurs de football », a-t-il dit.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2018. (Marc Israel Sellem)

Répondant à l’annulation de la rencontre, Regev, ministre de la Culture et des sports, a déclaré dans la matinée de mercredi que les joueurs argentins avaient reçu des menaces de la part de « groupes terroristes ».

« Depuis qu’ils ont annoncé qu’ils affronteraient Israël, divers groupes terroristes ont envoyé des messages et des lettres aux joueurs de l’équipe nationale d’Argentine ainsi qu’à leurs proches, et notamment des menaces claires de leur faire du mal et des menaces contre les vies de leurs familles », a-t-elle déclaré. « Elles comprenaient des vidéos montrant des enfants morts ».

Le vice-président de la fédération d’Argentine, Hugo Moyano, a déclaré aux médias locaux que l’annulation de la rencontre était une « bonne chose ».

« C’est ce qu’il fallait faire, ça ne valait pas le coup. Ce qui arrive dans ces pays, où tant de gens sont tués, on ne peut l’accepter d’aucune manière en tant qu’être humain. Les familles des joueurs souffraient à cause des menaces », a-t-il commenté, selon ESPN.

Photo illustrative du stade Teddy Kollek lors d’un match international de football, le 10 octobre 2015. (Flash90)

Le match, qui devait servir de répétition finale pour l’Argentine avant la Coupe du monde en Russie qui commencera la semaine prochaine, était très attendu au sein de l’Etat juif et les billets s’étaient vendus en 20 minutes. Il avait suscité une réaction furieuse des Palestiniens.

Suite aux informations faisant état l’annulation, les responsables se sont battus pour tenter de maintenir encore la rencontre, et le Premier ministre Netanyahu a appelé personnellement le président argentin Mauricio Macri.

Un responsable du bureau de Netanyahu a expliqué que Macri avait déclaré à ce dernier que la question ne relevait pas de sa responsabilité et qu’il n’y avait qu’une chance infime que la rencontre puisse être sauvée.

Ce renoncement représenterait l’une des plus importantes réussites du mouvement BDS (Boycott Divestment Sanctions) pro-palestinien de ces dernières années.

Les groupes palestiniens favorables au boycott ont salué la nouvelle, disant qu’Israël avait tenté de « blanchir par le sport ses crimes contre les Palestiniens ».

Sharabi, du ministère de la Culture et des sports, a toutefois fait savoir qu’il était déterminé à rester optimiste.

« Je veux rappeler à tous qu’il y a deux semaines, le Giro était ici », a-t-il dit, se référant à l’accueil récent par Israël du tour du monde cycliste d’Italie 2018.

« Et avant cela, nous avons accueilli les championnats de basket et de judo. C’est un incident regrettable isolé », a-t-il poursuivi. « Tout n’est pas fini, il y a encore un petit espoir ».

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