Regev quitte une cérémonie pour protester contre la lecture d’un poème palestinien
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Regev quitte une cérémonie pour protester contre la lecture d’un poème palestinien

La ministre de la Culture a assuré qu'elle n'avait aucun problème avec les autres poètes arabes, mais que Mahmoud Darwish dépassait les bornes

Miri Regev (Crédit : YouTube)
Miri Regev (Crédit : YouTube)

La ministre de la Culture Miri Regev a quitté la cérémonie des récompenses des compositeurs, auteurs et éditeurs (ACUM) lundi soir, parce que le groupe a décidé d’autoriser un artiste à rendre hommage à un poème écrit par le poème palestinien Mahmoud Darwish.

La chanteuse arabe israélienne Mira Awad, qui a reçu une distinction pour sa promotion de la créativité arabe au sein de la culture israélienne, a chanté une chanson sur les paroles du poème de Darwish « Pense aux autres ».

Regev a été très claire avant la cérémonie, et a prévenu qu’elle quitterait la salle de Tel Aviv plutôt que d’écouter cette chanson, qui a été chantée comme prévu.

Précédemment, la ministre de la Culture s’est adressée à la foule, fustigeant l’ACUM et Darwish. Elle l’a décrit comme un « poète palestinien qui espérait… la mort de l’État juif, qui voulait manger la chair de ‘l’occupant’ et qui est passé à l’action en rejoignant l’OLP (Organisation pour la Libération de la Palestine) ».

Rehearsal for tonight's Acum award ceremony. "Think of others".

Posted by Mira Awad on Monday, 12 June 2017

Regev a salué l’alternative de rendre hommage à d’autres chants et poèmes arabes, « mais Darwish, c’est une autre histoire », a-t-elle soutenu. « On a le droit de dire, et je le dis ici : oui à la poésie arabe, non à Darwish ».

Dans une publication Facebook pour justifier son choix d’interpréter cette chanson, Aad a écrit que Regev avait une mauvaise interprétation des paroles. « Je suis consterné par l’incitation continue envers le défunt poète et sa poésie », a-t-elle ajouté.

Awad a ensuite invité Regev à « s’instruire » sur la poésie de Darwish, indiquant qu’elle « n’aurait jamais interprétée un texte écrit par un ennemi des juifs ».

Mahmoud Darwish, poète nationaliste palestinien, à l'université de Bethléem. (Crédit : Amer Shomali/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Mahmoud Darwish, poète nationaliste palestinien, à l’université de Bethléem. (Crédit : Amer Shomali/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Darwish, décédé en 2008, est considéré comme un symbole national palestinien et a été membre de l’OLP. Il est né dans un village qui est ensuite devenu partie du nord d’Israël, il a vécu au Liban, en France et en Jordanie, et a passé la fin de sa vie à Ramallah, en Cisjordanie.

Darwish visitait fréquemment Israël, où 4 de ses livres ont été traduits en hébreu.

Il était très critique d’Israël et du groupe terroriste du Hamas, qui contrôle actuellement la bande de Gaza.

En 2000, le ministère de l’Éducation a brièvement envisagé de l’inclure dans les programmes scolaires, mais l’idée a été rejetée après un scandale suscité par la droite politique.

En septembre 2016, Regev a réagi de manière similaire en quittant la salle quand un poème de Darwish a été lu durant la cérémonie des Ophir (oscars israéliens). Elle est ensuite revenue et s’est excusée auprès du public, mais a été huée, et certains membres du public ont quitté la salle durant son discours.

Puis, Regev s’est également attiré les foudres après avoir dit que les acteurs arabes israéliens qui se sont levés et ont levé la main pour protester durant la lecture du poème faisaient « le salut nazi ».

Le chef du parti de la Liste arabe unie Ayman Odeh a déclaré que Regev avait « violé la mémoire de l’Holocauste » en tenant cette comparaison.

« Face à l’ignorance et au racisme de la ministre de la Culture, s’élève une nouvelle génération d’artistes et de créateurs palestiniens qui sont des citoyens de l’État et qui choisissent l’art comme instrument de combat », a écrit Odeh sur Facebook.

Regev s’est également attiré de violentes réactions de la part d’acteurs l’an dernier, quand elle a évoqué l’idée de stopper le financement d’un cinéma de la ville de Jaffa, dirigé par l’acteur arabe Norman Issa, parce qu’il avait refusé de participer à une production du théâtre de Haïfa, dans la vallée du Jourdain, qu’il considère comme part de la Cisjordanie.

En 2015, Regev s’en est pris à la Cinémathèque de Tel Aviv, quand le cinéma d’artiste a fait la promotion du festival 48mm, aussi connu sous le nom de Troisième Festival du cinéma international sur la Nakba et le Retour.

Jessica Steinberg a contribué à cet article.

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