Réseaux sociaux, arme à double tranchant pour les LGBT, pour l’auteur de Sapiens
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Réseaux sociaux, arme à double tranchant pour les LGBT, pour l’auteur de Sapiens

Lors du tout premier colloque LGBT en Israël, le philosophe et historien Yuval Noah Hariri, s'est interrogé sur le fait d'être gay à l'époque des réseaux sociaux

Yuval Noah Harari. (Autorisation)
Yuval Noah Harari. (Autorisation)

Les réseaux sociaux ont radicalement changé ce que signifie être une jeune personne aux prises avec son identité sexuelle, a déclaré le philosophe et historien Yuval Noah Harari lors de la première conférence nationale pour la communauté LGBT d’Israël, mardi à Tel Aviv.

Alors que des milliers de drapeaux arc-en-ciel flottaient dans la ville blanche, avant la plus grande marche des fiertés du Moyen-Orient ce vendredi, Yuval Noah Harari notait que les réseaux sociaux peuvent être un lien vital pour les gay, lesbiennes, bisexuels et transgenres qui vivent en dehors des bulles libérales comme Tel Aviv. Mais l’auteur à succès de Sapiens met en garde contre la face sombre des réseaux sociaux, qui peuvent être utilisés par les autorités pour surveiller, manipuler et contrôler.

« Le monde en ligne a fait des choses merveilleuses, comme permettre à des gens qui n’ont pas de communauté de faire partie de quelque chose », a déclaré Yuval Noah Harari après la session de questions-réponses avec le chanteur Ivri Lider et la journaliste Ilana Dayan. « Quand j’ai grandi [à Kiryat Ata, près de Haïfa], je ne pouvais aller nulle part, je ne pouvais rencontrer personne ». Il a rencontré son mari à 17 ans sur l’un des premiers sites de rencontres gays en ligne, appelé CheckMeOut, un site disparu depuis longtemps, un peu l’ancêtre de l’application populaire de rencontre gay, Grindr.

La lutte pour les droits des homosexuels est différente des autres luttes sociales, comme celles des militants noirs contre le racisme ou des militants autochtones pour leurs droits et une juste représentation, explique l’historien. Dans ces situations, vous naissez au sein d’une communauté de personnes qui sont toutes opprimées, et la famille comprend intrinsèquement les défis auxquels vous êtes confronté et vous soutient souvent ou combat même avec vous.

Mais les personnes LGBT ne sont généralement pas nées dans des familles homosexuelles, ce qui signifie qu’elles doivent d’abord surmonter un sentiment d’isolement et créer activement une communauté pour elles-mêmes, en espérant obtenir le soutien de leur famille, avant de pouvoir participer à la lutte publique. Les réseaux sociaux contribuent à réduire cet isolement en fournissant un outil permettant aux gens en plein cheminement personnel de commencer à entrer en contact et trouver des alliés et des personnes aux vues similaires, a-t-il dit.

Yuval Noah Harari, (à gauche), avec la journaliste Ilana Dayan et le musicien Ivri Lider lors d’une table ronde à la première Conférence pour la communauté LGBT d’Israël à Tel Aviv le 11 juin 2019. (Melanie Lidman/Times of Israel)

Mais l’utilisation de la technologie pour construire ces ponts a aussi son revers de médaille.

« [Les réseaux sociaux et Internet] signifient également que les personnes LGBT sont extrêmement vulnérables à la surveillance et aux agressions », a indiqué le philosophe. « Je viens de lire un article sur les groupes fondamentalistes chrétiens qui ciblent les adolescents LGBT avec des publicités pour des thérapies de guérison, qui jouent essentiellement sur leurs inquiétudes. Ils ciblent les gens qui utilisent l’algorithme de Facebook, donc vous n’avez même pas besoin de vous identifier comme homosexuel, il suffit de cliquer sur des sujets ou des articles d’actualité liés à l’homosexualité et ils vous ciblent. »

Au-delà de la publicité manipulatrice, la surveillance des personnes LGBT par les réseaux sociaux peut également mettre leur vie en danger. « En Égypte, il y a eu un cas où la police a utilisé Grindr pour arrêter des gens. Vous avez de plus en plus de régimes dans le monde qui ciblent les personnes LGBT. Avec l’avènement des nouvelles technologies, le danger est qu’à mesure que le climat politique se détériore, vous ne pouvez même pas vous cacher. »

« L’option qui existait autrefois, de se cacher dans le placard, a eu des conséquences terribles, parce que cela signifiait que les gens ne luttaient pas contre le système oppressif, mais au moins c’était un mécanisme de survie personnelle », ajoute-t-il. « À l’avenir, il n’y aura peut-être plus la possibilité de retourner dans le placard, parce que la technologie rend le placard complètement transparent. »

Tel Aviv est en pleine célébration de la Semaine des fiertés 2019, qui culminera vendredi avec un défilé qui devrait attirer 200 000 personnes dans les rues de la ville balnéaire submergée de drapeaux arc-en-ciel, avec un final festif sur la plage, agrémenté de chars et de dizaines de DJ sur la promenade du bord de mer.

Environ 250 000 fêtards participent au défilé annuel de la Gay Pride à Tel Aviv, le 8 juin 2018. (Miriam Alster/ Flash90/File)

Par le passé, la fête de Tel Aviv a été accusée de se résumer aux paillettes et au glamour, négligeant la lutte pour l’égalité des droits des personnes LGBT dans la droits familiaux et le mariage.

« Je pense que les festivités sont également importantes, seule la visibilité dans la sphère publique est une partie très importante de la lutte des LGBT », estime l’auteur. « J’ai grandi à une époque où l’on ne voyait presque jamais d’homosexuels ou de lesbiennes dans les médias, et quand il y en avait, c’était des caricatures misérables. La visibilité pure est donc importante. Ce n’est pas suffisant – nous avons aussi besoin de responsabilités politiques et juridiques – mais je ne nierai pas l’importance d’organiser des événements et des défilés publics. Et si les gens s’amusent en même temps, alors merveilleux, non ? »

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