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Retour sur Camp Confidential diffusé sur Netflix

Le documentaire s'interroge sur la facilité avec laquelle Washington a su faire abstraction du passé de leurs prisonniers nazis au nom des avancées technologiques

Une photo du nouveau documentaire animé Netflix "Camp Confidential : Les nazis secrets de l'Amérique". (Crédit : avec l'aimable autorisation de Netflix)
Une photo du nouveau documentaire animé Netflix "Camp Confidential : Les nazis secrets de l'Amérique". (Crédit : avec l'aimable autorisation de Netflix)

JTA — “P.O. Box 1142” c’est la seule adresse donnée aux soldats juifs pour indiquer leur destination. Ces soldats américains de la Deuxième guerre mondiale, dont beaucoup étaient des réfugiés européens, pensaient qu’ils iraient outremer pour se battre contre les nazis. Au lieu de quoi ils ont été transportés vers une base hors-réseau dans un coin rural de la Virginie.

« Camp Confidential: America’s Secret Nazis », un documentaire animé des metteurs-en-scène israéliens, Mor Loushy et Daniel Sivan, raconte l’histoire d’un groupe d’anciens combattants juifs américains dont la seule expérience de la Seconde guerre mondiale était d’être le gardien d’un camp secret de prisonniers de guerre nazis sur le sol américain (dont la plupart était des scientifiques ayant des informations sur le développement de fusées par le régime hitlérien.)

Sorti en septembre sur Netflix, le film de 35 minutes est présélectionné pour l’Oscar du Meilleur court-métrage documentaire. Les finalistes seront annoncés le 8 février.

Alors que les sujets du documentaire notent qu’ils avaient fait vœu de silence à la fin de leur engagement militaire et après la destruction par bulldozer du camp et l’incinération des documents, leur histoire n’est pas exactement inconnue.

Il ne manque pas de livres et de films sur les « Ritchie Boys », ces réfugiés juifs européens qui se sont servis de leurs précieuses compétences linguistiques pour interroger des prisonniers de guerre nazis et obtenir des renseignements.

Les producteurs, Benji et Jono Bergmann, ont réalisé des entretiens avec les seuls survivants, mais la plupart des séquences d’entretiens proviennent d’un projet d’histoire orale réalisé par le National Park Service [une agence dépendant du gouvernement fédéral américain, chargée de gérer les parcs nationaux, les monuments nationaux et quelques autres propriétés historiques et zones protégées du domaine fédéral] au milieu des années 2000, en reconnaissance de l’importance du travail de ces soldats.

Loushy et Sivan trouvent une façon fraîche et dynamique d’engager avec l’histoire en accompagnant les entretiens de séquences animées du camp, donnant à l’histoire du suspens et de l’intrigue : ils nous mettent droit dans le camp avec ces gars dans leur étrange position de pouvoir sur leurs ennemis et en nous laissant sentir la rage qu’ils éprouvaient à l’égard de leurs captifs nazis.

On voit plus souvent des documentaires animés (dont le documentaire salué « Flee », le récit d’un réfugié afghan) depuis la sortie en 2008, du film israélien exceptionnel ,« Waltz With Bashir », dont le mélange d’entretiens dans la vie réelle avec des interludes d’animation s’est révélé tendance.

Dans « Bashir » on raconte tantôt un événement historique plus ou moins tel qu’il s’est déroulé, tantôt à travers un dreamscape surréaliste au sein duquel la pensée du sujet prend forme.

La stratégie du « Camp Confidential » est semblable : montrant les héros dans leur jeune âge dans des séquences de forte tension où ils doivent confronter leurs captifs nazis. Ils sont souvent contraints de céder aux demandes de leurs supérieurs et de faire plaisir aux nazis dans l’espoir de leur soutirer des renseignements. On demande aux soldats, par exemple, d’emmener les nazis au cinéma et de faire les boutiques pour acheter des sous-vêtements à leurs femmes.

Mais il y a des moments plus sombres aussi : celui où l’on enferme un nazi dans une camionnette, le faisant croire qu’il sera gazé, une technique efficace, selon l’un des gardiens juifs, parce que les nazis étaient persuadés qu’ils voulaient leur faire subir les mêmes cruautés qu’ils avaient subies.

Le film brille quand il utilise des entretiens pour explorer les conflits internes des soldats juifs confrontés à cette charge grotesque. Se rappelant l’épisode du shopping pour des frous-frous, un ancien gardien juif raconte sa petite victoire quand il se souvient que le propriétaire du magasin où le nazi avait fait ses achats était Juif !

Wernher von Braun et le président John F. Kennedy lors du lancement d’une fusée (Crédit : domaine public)

Dans la courte durée du film, se dessine également une boussole morale : celle de la facilité des Etats-Unis à faire abstraction des crimes commis par leurs prisonniers – surtout avec la Guerre Froide et l’intérêt des scientifiques nazis comme Werhner Von Braun comme sources valables à l’intérêt national.

« Camp Confidential » est la plus récente des collaborations entre Loushy et Sivan sur des documentaires qui explorent l’histoire juive.

Leurs précédents films ont traité des sujets comme les Accords d’Oslo, la Guerre des Six jours et l’héritage de l’AIPAC.

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