Retour sur le premier festival du film israélien à Boston
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Retour sur le premier festival du film israélien à Boston

Malgré des annulations et des retards de projections dues à la neige, les organisateurs de ce festival d'une semaine estiment le nombre de participants à 2 000 personnes

  • Taren Metson, au conseil d'administration du festival du film juif de Boston, avec un panneau après la soirée d'ouverture du premier festival du film israélien de Boston à  Cambridge, dans le Massachusetts, le 7 février 2019 (Crédit : Julie Masis/ Times of ISrael)
    Taren Metson, au conseil d'administration du festival du film juif de Boston, avec un panneau après la soirée d'ouverture du premier festival du film israélien de Boston à Cambridge, dans le Massachusetts, le 7 février 2019 (Crédit : Julie Masis/ Times of ISrael)
  • Le public lors de la soirée d'ouverture du festival du film israélien de Boston au  Brattle Theater pour la projection de ‘The Other Story,’ le 7 février 2019 (Crédit :  Julie Masis/ Times of Israel)
    Le public lors de la soirée d'ouverture du festival du film israélien de Boston au Brattle Theater pour la projection de ‘The Other Story,’ le 7 février 2019 (Crédit : Julie Masis/ Times of Israel)
  • Ariana Cohen-Halberstam, directrice artistique du festival du film israélien de Boston, interroge  Yair Lev, réalisateur du documentaire ‘You Only Die Twice’ via Skype à Newton, au Massachusetts, le 10 février 2019 (Crédit : Julie Masis/ Times of Israel)
    Ariana Cohen-Halberstam, directrice artistique du festival du film israélien de Boston, interroge Yair Lev, réalisateur du documentaire ‘You Only Die Twice’ via Skype à Newton, au Massachusetts, le 10 février 2019 (Crédit : Julie Masis/ Times of Israel)

CAMBRIDGE, Massachusetts — La première projection du festival du film israélien de Boston s’est déroulé à guichets fermés jeudi dernier.

Malgré la pluie et les rues verglacées, les cinéphiles ont réussi à arriver à temps pour l’ouverture du festival, Brattle Theater près de Harvard.

Pendant au moins deux heures, le public a été transporté dans les ruelles ensoleillée de Jérusalem, plongés dans l’intrigue d’un couple divorcé qui s’efforce d’empêcher leur fille d’épouser un musicien religieux drogué.

Avant que le film ne commence, plusieurs personnalités, notamment le consul général israélien en Nouvelle Angleterre Zeev England est monté sur l’estrade pour vanter les films israéliens présents dans d’autres festivals internationaux.

« Les gens suppliaient pour avoir des billets », a déclaré Ariana Cohe-Halberstam, directrice artistique du festival, un verre de vin rouge à la main, durant la réception donnée à l’issue de la projection. « C’était fabuleux de voir le résultat. Je pense que les films des prochains jours se joueront aussi à guichets fermés. »

Bien que Boston organise un festival du film juif depuis 30 ans, cette année, un évènement distinct a été lancé, spécialement dédié au cinéma israélien. Un festival portant exclusivement sur les films israéliens est tout particulièrement pertinent au vu de la croissance de l’industrie du cinéma israélien, a déclaré Cohen-Halberstam.

« Il y a, à Boston, un festival du film palestinien, iranien, français, mais il n’y a jamais eu de festival du film israélien auparavant », a-t-elle dit. « Donc l’objectif du festival est de représenter les films israéliens. Le cinéma israélien devient un leader dans l’industrie du cinéma, et pour un pays si petit, c’est extraordinaire. »

Les organisateurs, qui coordonnent également le festival du film juif, ont cherché à attirer un public peu sollicité, avec cette nouvelle appellation, notamment les Israéliens qui travaillent dans le secteur de la technologie à Boston, et les étudiants israéliens qui étudient dans les grandes universités de Boston.

« Il y a une communauté israélienne suffisante ici à Boston pour que des événements culturels israéliens aient leur place ici », a estimé Cohen-Halberstam. « Ils sont nombreux à venir à Boston pour quelques années et finissent par rester [plus longtemps]. Donc c’est une évidence que d’amener ici des films israéliens. »

En comparaison avec le festival du film juif de Boston – qui présente plus de 60 projections dans des salles réparties dans la ville et ses alentours – le premier festival annuel du film israélien a commencé de façon relativement modeste. Les organisateurs ont néanmoins estimé que ce festival d’une semaine – prévu du 7 au 14 février mais qui a été prolongé en raison de séances annulées pour cause de neige – devait rassembler jusqu’à 2 000 amateurs.

Sur le programme, neuf films à découvrir dans différentes salles, notamment dans des cinémas variés, au musée des Beaux arts et au centre communautaire juif du Grand Boston.

Parmi les longs-métrages présentés, majoritairement des histoires d’amour – mais il y a eu également une comédie portant sur un oeuf rare volé dans un zoo israélien pour concocter le plat gagnant dans une émission de cuisine (« Operation Egg ») et un récit teinté de fiction sur la création du parti séfarade ultra-orthodoxe israélien, le Shas (« The Unorthodox »).

L’un des deux documentaires présentés, « You Only Die Twice », était une première nord-américaine tellement déroutante que « si ce n’était pas un documentaire, ce serait incroyable », a estimé Cohen-Halberstam.

L’oeuvre raconte l’histoire d’un homme juif ayant pris l’identité d’un autre juif pendant la Shoah et qui survit à la guerre en vivant dans la clandestinité, grâce à la soeur d’un soldat SS. La projection s’est faite à guichets fermés, les billets étant déjà tous vendus quelques jours avant la séance.

Boston est l’une des quelques villes qui ont récemment lancé des festivals du film juif. Prague, capitale de la République tchèque, a organisé sa première édition d’un festival du film israélien en 2017 et à Santa Rosa, en Californie, un festival du film israélien a vu le jour en 2015 – même si cela fait des années que la ville s’enorgueillit d’avoir son festival du film juif.

Selon le site internet qui lui est consacré, le festival du film israélien de Santa Rosa a également été lancé en raison de la croissance de l’industrie du cinéma au sein de l’Etat juif – ce qui signifie aussi que l’événement ne dure pas suffisamment longtemps pour faire découvrir tous les meilleurs films réalisés en Israël. Dublin, en Irlande, possède aussi depuis 2011 son festival du film israélien.

A Boston, le long-métrage sélectionné pour la soirée d’ouverture de l’événement était « The Other Story » d’Avi Nesher. Les organisateurs ont fait ce choix en raison de l’importance de la ville de Jérusalem sur l’écran, a commenté Cohen-Halberstam – en plus du caractère inclusif de l’oeuvre. Le film dresse le portrait des habitants de la ville sainte : Juifs religieux et laïcs, touristes chrétiens, jeunes arabes et même nonnes catholiques.

Après une interview réalisée avec le réalisateur via Skype, une collation et des boissons ont été servies dans un bar, face au cinéma. Alors que la télévision diffusait un match de basket des Boston Celtics et que du rap s’échappait des enceintes, les spectateurs ont évoqué le film en grignotant des morceaux de pizza végétarienne.

Joseph Melnicove, un Israélien de 26 ans qui étudie la flûte à la faculté de musique de Berkley, à Boston, a déclaré que la vision d’un film israélien lui avait donné le mal du pays.

« C’est le premier film israélien que je vois en deux ans et demi », a-t-il expliqué. « Je l’ai vraiment aimé. J’ai eu l’impression d’être encore en Israël ».

Son ami, Niv Harnam, originaire d’une banlieue de Jérusalem, a déclaré qu’il avait ressenti quelque chose de particulier en voyant des images de sa ville natale projetées sur un écran ici, à Boston. Découvrant l’existence d’un festival du film palestinien dans la ville, il a expliqué être intéressé à l’idée d’aller y voir un long-métrage – il n’a jamais vu de film palestinien jusqu’à présent.

« C’est une très bonne chose qu’il y ait un festival du film palestinien et c’est très important qu’il y ait également un festival du film israélien parce que le cinéma est un art extraordinaire », a dit Harnam. « Tout le monde considère Israël comme un endroit complexe. Nous avons des arts, nous avons des musiciens et nous ne nous préoccupons vraiment, vraiment pas de guerre et de politique. Et je pense que 90 % des Palestiniens en Israël ressentent la même chose ».

Ariana Cohen-Halberstam, directrice artistique du festival du film israélien de Boston, interroge Yair Lev, réalisateur du documentaire ‘You Only Die Twice’ via Skype à Newton, au Massachusetts, le 10 février 2019 (Crédit : Julie Masis/ Times of Israel)

Selon son site internet, le festival du film de Palestine de Boston a déjà dix ans. De façon intéressante, les festivals du film palestinien, iranien et juif organisent tous des projections au musée des Beaux-arts de Boston (les organisateurs du festival du film palestinien n’ont pas répondu à un courriel envoyé par le Times of Israel.)

Tous ceux qui sont venus à la soirée d’ouverture du festival du film n’étaient pas Israéliens.

Henry Leitner et son épouse Catalina Lasarna, qui n’est pas juive, ont indiqué avoir eux aussi aimé le film. Ils se sont rendus à de multiples reprises au festival du film juif mais, au premier abord, ils ont affirmé être incapables de se souvenir d’un seul film israélien. Et pour le moment, ils s’affairent à discuter des personnages du film de la soirée, les imaginant se marier dans un futur imaginaire.

« Je pense qu’ils se marieront », dit Larsana.

« Oui, je le pense également », renchérit son mari.

Cohen-Halberstam a expliqué que dans un proche avenir, elle envisage également d’organiser un week-end du film juif russe. Boston accueille une importante communauté juive russophone et il n’y a pas eu de films russes présentés cette année au festival du film juif.

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