Roman Kent, survivant de la Shoah qui a négocié des restitutions, meurt à 92 ans
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Roman Kent, survivant de la Shoah qui a négocié des restitutions, meurt à 92 ans

Le survivant du ghetto de Lodz et d'Auschwitz a négocié avec le gouvernement allemand d'après-guerre des milliards de dollars de dédommagement pour les survivants juifs

Capture d’écran de Roman Kent (Crédit : France 2)
Capture d’écran de Roman Kent (Crédit : France 2)

Roman Kent, survivant de la Shoah qui a immigré aux États-Unis en 1946, a longtemps été membre du conseil d’administration de l’organisation en charge des réclamations matérielles des Juifs contre l’Allemagne, la Claims Conference, où il occupa les différentes fonctions de trésorier, de coprésident du comité de négociation, et de conseiller spécial à la présidence.

Tout au long de ses différentes missions, Kent a négocié des milliards de dollars de pensions et d’indemnités pour les survivants juifs auprès du gouvernement allemand, et a défendu les intérêts des survivants auprès des compagnies d’assurance, de l’industrie allemande et des gouvernements d’Europe de l’Est, a déclaré Greg Schneider, vice-président exécutif de la Claims Conference.

L’année dernière, Kent a enregistré une vidéo dans le cadre d’une campagne visant à demander au fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, de supprimer les contenus négationnistes de l’ensemble de ses réseaux sociaux.

« Roman s’est rendu disponible pour chaque cause que nous lui avons soumise, donnant inlassablement de son temps et de son énergie », a déclaré Gideon Taylor, président de la Claims Conference, dans un communiqué.

Saul Kagan, the founding executive director of the Claims Conference, right, speaks with Nahum Goldmann, the founder and longtime president of the World Jewish Congress, in 1958. (Courtesy Claims Conference via JTA)
Saul Kagan, le directeur exécutif et fondateur de la Claims Conference, à droite, s’entretient avec Nahum Goldmann, fondateur et président de longue date du Congrès juif mondial, en 1958 (Autorisation de la Conférence des revendications via JTA)

« On se souviendra de lui comme d’une force inébranlable de bonne volonté, et d’un défenseur indéniable de la communauté juive mondiale. »

Kent a également été président de « l’American Gathering of Jewish Holocaust Survivors and Their Descendants », président du Comité international d’Auschwitz et président de la « Jewish Foundation for the Righteous », qui aide les non-Juifs qui ont sauvé des Juifs pendant l’Holocauste.

« Les survivants d’Auschwitz du monde entier font leurs adieux avec une grande gratitude et une profonde mélancolie à Roman Kent, qui a été un représentant constant et éloquent de leurs souvenirs et de leurs vies pendant de nombreuses décennies », a expliqué Christoph Heubner, vice-président du Comité Auschwitz dont le siège se trouve à Berlin.

Né à Lodz, en Pologne, sans connaître précisément l’année exacte, Roman Kniker a survécu au ghetto et à plusieurs camps, dont Merzbachtal, Dornau, Flossenburg et Auschwitz.

Illustration : Enfants juifs dans le ghetto de Lodz en 1940. (CC BY-SA 3.0/ Bundesarchiv bild)

Son père est mort de malnutrition dans le ghetto de Lodz et sa mère a été assassinée à Auschwitz-Birkenau.

Avec son frère Léon, Roman a vécu dans d’autres camps de concentration jusqu’à ce qu’il soit libéré par des soldats américains lors d’une « marche de la mort » entre Flossenbürg et Dachau, à l’âge de seize ans.

Après leur libération, les frères ont retrouvé leurs deux sœurs, Dasza et Renia, en Suède.

Dasza est morte quelques mois plus tard.

En juin 1946, les frères ont immigré aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme gouvernemental visant à admettre 5 000 orphelins.

Kent a vécu à Atlanta avec des parents adoptifs et a fréquenté l’université Emory dans cette ville de Géorgie, avant de créer une entreprise de commerce international prospère.

En 1988, il a rejoint le conseil d’administration de la Claims Conference, qui avait été chargée d’obtenir la restitution que l’Allemagne a versée sous forme d’aide directe aux survivants et de programmes éducatifs et commémoratifs.

Le diplomate Stuart Eizenstat, qui a travaillé avec Kent en tant que négociateur spécial de la Claims Conference, a déclaré que son co-président du comité de négociation « s’est donné pour mission personnelle de défendre ses camarades survivants jusqu’au bout, participant aux appels de négociation pas plus tard que la semaine dernière.

Sa force et son courage étaient inégalés, et sa volonté et sa détermination à voir la justice rendue ne connaissaient aucune limite. »

Le rescapé de la Shoah Roman Kent, le 4 décembre 2018, à South Orange, New Jersey. Crédit : (Don EMMERT / AFP)

En 2016, dans une interview marquant l’événement de la Journée de Commémoration de la Shoah par l’UNESCO, Kent a mis en garde contre l’abus de langage dans le but de nier le passé.

« J’ai remarqué au fil des années, qu’en ce qui concerne l’Holocauste dans les médias, il y a une tendance à aseptiser le passé », a-t-il déclaré.

« Les gens disent que 6 millions de personnes ont été ‘perdues’ ou ont ‘péri’. Elles n’étaient pas perdues. Elles n’ont pas été déplacées. Elles ont été emprisonnées, affamées, torturées, assassinées et brûlées. C’est difficile à entendre, mais c’est la vérité que nous devons préserver pour éviter que l’Holocauste ne se reproduise. »

Kent a épousé Hannah Starkman, une native de Lodz et une autre survivante, en 1957.

Hannah Kent est décédée en 2017. Ils laissent derrière eux leurs deux enfants, Jeffrey et Susan, ainsi que trois petits-enfants, et un arrière-petit-enfant.

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