Ronnie Gamzu chargé de s’occuper du drame dans les maisons de retraite
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Ronnie Gamzu chargé de s’occuper du drame dans les maisons de retraite

Après 34 décès dus au COVID-19 et une plainte à la Haute-cour, le ministère a annoncé la nomination du directeur de l'hôpital Sourasky pour gérer les victimes du 3e âge

Un urgentiste du Magen David Adom, portant un équipement de protection, arrive pour tester au COVID-19 des résidents dans la maison de retraite Nofim le 27 mars 2020. (Yonatan Sindel / Flash90)
Un urgentiste du Magen David Adom, portant un équipement de protection, arrive pour tester au COVID-19 des résidents dans la maison de retraite Nofim le 27 mars 2020. (Yonatan Sindel / Flash90)

Après le 34e décès lié au coronavirus et survenu dans des structures accueillant des personnes âgées, le ministère israélien de la Santé a nommé Ronni Gamzu, actuellement directeur-général du centre médical Sourasky de Tel Aviv, alias Ichilov, comme coordinateur de l’action publique.

Gamzu sera dorénavant chargé de coordonner les départements gouvernementaux et de formuler un plan d’action nationale. Cette nomination intervient dans le contexte d’une vague d’indignation publique et après qu’une plainte a été déposée devant la Haute-cour. L’Etat a jusqu’à lundi prochain pour apporter une réponse à cette plainte.

Ron Ozeri, président de l’Association des maisons de retraite et des foyers en Israël, avait averti le gouvernement, depuis le début du mois de mars, de la pénurie d’équipements de protection et autres pour le personnel et d’un manque général de préparation à la pandémie dans les institutions chargées de prendre soin d’une population excessivement vulnérable au COVID-19 – les personnes âgées.

Une source de l’association a indiqué dimanche au Times of Israel qu’avec l’épidémie, le ministère de la Santé avait orienté les équipements de protection et les matériels de stérilisation principalement vers les hôpitaux et les pharmacies, tandis que les maisons de retraite avaient reçu pour consigne de ne se protéger qu’en cas d’infection individuelle. Ce qui, selon la source, s’était avéré insensé dans la mesure où le virus pouvait apparaître jusqu’à 14 jours après la contamination. « On ne peut pas faire manger quelqu’un ou lui donner une douche tout en maintenant une distance de deux mètres avec elle », a affirmé la source.

Une directive obligeant tous les personnels des maisons de retraite à porter en permanence un équipement de protection n’a été émise qu’il y a une semaine, a continué la source.

« C’était une simple déclaration. La question est maintenant de savoir si ces équipements ont été livrés », a-t-elle ajouté.

Ron Ozery, président de l’Association des maisons de retraite en Israël (Crédit : Facebook)

Frustrée par ce qu’elle a qualifié de manque de réponse à ses appels de la part du ministère de la Santé, l’Association, aux côtés de 23 maisons de retraite, a porté plainte mardi dernier devant la Haute-cour.

Parmi les demandes soumises, des tests de dépistage immédiats pour tous les résidents et pour tous les employés dans les 27 institutions (il y en a 130) accueillant les personnes âgées où le coronavirus a fait son apparition, ainsi que des tests dans les dix jours qui suivent dans tous les établissements qui n’ont apparemment pas été touchés pour le moment.

La plainte réclame également une somme d’environ 80 millions de shekels pour indemniser les institutions qui ont dû acheter des matériels de protection sur le marché noir à des prix exorbitants, pour organiser des transports privés là où les transports publics ont été abandonnés, pour payer des heures supplémentaires pour les gardes de plus de 12 heures et pour préparer des équipes de suivi là où des employés et autres se sont trouvés dans l’obligation d’entrer en quarantaine.

La Haute-cour a ordonné à l’Etat de répondre à cette plainte d’ici lundi prochain et qu’un débat urgent soit organisé sur la question devant trois juges, jeudi matin.

Plusieurs heures après le dépôt de la plainte, le ministère de la Santé avait émis une note disant qu’il souhaitait effectuer des tests de dépistage dans les maisons de retraite déjà touchées par le coronavirus.

Selon la source de l’Association des maisons de retraite, toutefois, des dépistages rigoureux n’ont été menés que dans cinq des 27 institutions qui ont été affectées par le coronavirus à ce jour – et des tests partiels d’échantillon ont eu lieu dans huit autres.

« Tout ça avec un mois de retard », a confié la source au Times of Israel.

« Ils anticipent une commission d’enquête », a continué cette source. « Puis ils trouveront des excuses… Les échecs des autres ministères, le manque de coopération… »

Les employés des urgences du Magen David Adom, avec des habits de protection, viennent pour effectuer des tests de dépistage à la maison de retraite Nofim de Jérusalem, le 27 mars 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les 350 structures accueillant des personnes âgées en Israël comportent des complexes de logements en foyer pour les seniors encore autonomes – dont un grand nombre comportent également un bureau de soins infirmiers pour ceux dont la santé se détériore avec le temps, et des maisons de retraite pour les personnes dont l’état médical complexe exige des soins et une surveillance à temps plein. Dans ces dernières, environ 70 % des résidents ne peuvent pas se permettre de payer des aides privées à domicile, ou ils ont des complications médicales exigeant une assistance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils dépendent du ministère de la Santé, qui assume les coûts de cette aide.

Sur les 103 décès des suites du coronavirus qui ont été enregistrés au moment de la rédaction de cet article, presque un tiers – 34 – concernait des personnes âgées hébergées dans des maisons de retraite (Il y en a 111 depuis).

Parmi les établissements les plus durement frappés par le coronavirus jusqu’à aujourd’hui, le complexe de logements Mishan, de Beer Sheva, où treize sur un total de trente-cinq résidents sont morts. Trois sont par ailleurs hospitalisés dans un état grave.

La maison de repos Mishan à Beer Sheva (Capture d’écran/Treizième chaîne)

Les proches des résidents de l’établissement Mishan, à Beer Sheva, disent avoir l’intention de porter plainte contre les gérants de la structure et contre le ministère de la Santé pour faute professionnelle présumée tandis que la police enquêterait sur d’éventuelles négligences.

Sur tous les décès, neuf sont issus de l’institution Yokra, à Yavnéel, dans le nord d’Israël ; quatre de la section des soins de l’établissement Nofim de Jérusalem, et trois de la maison Bulgare accueillant des personnes âgées à Rishon Lezion, dans le centre du pays.

Un employé de l’institution Yokra, à Yavneel, aurait attrapé le coronavirus et l’aurait ramené dans la ville arabe de Daburiyya, où 26 habitants sont dorénavant infectés.

Le COVID-19 est aussi apparu dans un foyer Mishanàe Holon, au centre du pays, et à la maison de retraite Freemasons, située dans la ville côtière de Nahariya.

Un appel à l’aide

Ces dernières semaines, des directeurs des maisons de retraite sont apparus à la télévision en suppliant d’apporter de l’aide. Jocelyn Sayag, co-fondatrice de la maison HaBonim HaHofshiim à Nahariya, s’est entretenue avec le site d’information en hébreu Walla il y a huit jours. Elle a déclaré qu’il y avait non seulement une pénurie d’équipements de protection mais que la plupart de ses 30 membres du personnel avaient soit été placés à l’isolement ou qu’ils avaient trop peur de venir travailler et d’infecter les résidents. C’était donc elle, son ancien mari, ses quatre enfants et une infirmière qui s’occupaient de tout le monde.

Des urgentistes de Magen David Adom transfèrent un homme suspecté d’être porteur du coronavirus vers une ambulance à Bnei Brak en banlieue de Tel Aviv, le 31 mars 2020. (Gili Yaari / Flash90)

Dans le quartier ultra-orthodoxe de Bnei Brak, un important foyer de l’épidémie, le coronavirus a été détecté dans la maison de retraite Ganei Margoa. En conséquence, les 18 membres du personnel médical ont dû être placés en isolation, laissant ainsi le directeur, Moshe Cohen, seul.

Omri Cohen, directeur du groupe de neuf maisons de retraite Mishan, a prévenu qu’en l’absence de mesures adaptées, le coronavirus allait devenir incontrôlable. Un mois après le début de l’épidémie, il a affirmé que son organisation n’avait toujours reçu aucune directive officielle de la part du ministère de la Santé.

Omri Cohen, directeur du groupe de maison de retraite Mishan pour seniors. (Capture d’écran)

Dimanche, la source à l’Association de maisons de retrait et des foyers en Israël a déclaré au Times of Israël qu’il manquait 6 000 employés en temps normal. Les Israéliens ne sont pas intéressés par effectuer le travail physiquement et mentalement épuisant de lever, doucher et nourrir des personnes âgées. En outre, le gouvernement n’a pas validé des demandes pour autoriser des travailleurs étrangers à venir s’occuper de ce travail. Le ministère de la Santé envisagerait de réquisitionner des étudiants médecins et infirmiers qui ont besoin d’une formation pratique, a déclaré la source.

« Le ministère nous a demandé de recenser les besoins, comme s’il ne savait pas de quoi nous avons besoin. Il faudrait s’attendre à voir des officiels aller sur le terrain et nous apporter ce dont nous avons besoin », a déclaré la source.

« Nous mettons beaucoup d’espoir sur Ronnie Gamzu. Jusqu’à présent, nous n’avions aucun contact, personne à qui s’adresser. Les foyers sont du ressort du ministère des Affaires sociales, et les maisons de retraite dépendent du ministère de la Santé. Ce dernier nous renvoie vers le Commandement du Front intérieur (chargé il y a une semaine par le Bureau du Premier ministre, avec le ministère de la Défense, d’assister les aspects pratiques des maisons de retraite) et le Commandement du Front intérieur nous renvoie vers le ministère de la Défense.

Ronni Gamzu, alors directeur-général du ministère de la Santé, participe à une réunion de la Commission des Finances à la Knesset à Jérusalem, le 23 avril 2014. (Flash 90)

« Jusqu’à présent, les directives n’ont pas été très bien organisées. Elles changent au bout de quelques jours, leur application pratique n’est pas convenablement évaluée (comme celle voulant qu’un employé ne travaille que dans un seul établissement, qui a ensuite été annulée) et il n’y a aucune synchronisation entre les règles des ministères de la Santé et des Affaires sociales ».

Samedi, Moshe Bar Siman-Tov, le directeur général du ministère de la Santé, a insisté sur la Treizième chaîne de télévision pour dire que le ministère donnait la priorité aux maisons de retraites. Il a indiqué que les urgentistes du Magen David Adom avaient commencé à mener des tests deux jours plus tôt, et qu’en comparaison avec des pays comme la France, où plus de 4 500 personnes étaient décédées du COVID-19 dans des maisons de retraite, le nombre de décès dans les maisons de retraite en Israël était parmi les plus faibles du monde, tandis que le taux de test était parmi les plus élevés.

Dans le même temps, une ONG appelée Veshamarta a cherché à combler ce vide, en aidant à lever des fonds pour acheter et distribuer des équipements de protection aux maisons de retraite. L’ONG forme également le personnel sur la manière optimale d’utiliser ces équipements de protection, recrute d’autres bénévoles pour renforcer son personnel sur des postes qui ne nécessitent pas une formation spécifique et pour aider le personnel et les résidents.

Des bénévoles de Veshamarta trient des boîtes de matériel de protection à destination d’établissements pour seniors. (Capture d’écran)

Présidée par l’entrepreneur social et l’homme d’affaires Ronny Douek, l’organisation rassemble des entreprises, des acteurs sociaux et des bénévoles qui coordonnent les bureaux compétents du gouvernement pour s’assurer que les institutions reçoivent ce dont elles ont besoin.

Dans le cadre du projet, un représentant de l’organisation Aharai, qui aide la jeunesse et les jeunes adultes à développer des projets sociaux, a été mis à disposition de chacune des institutions pour seniors du pays afin de faire remonter les problèmes et les besoins.

Le coronavirus affecte différemment les maisons de retraite

Dans la maison de retraite privée Zigfried Mozes du quartier huppé de Baka à Jérusalem, qui associe des logements assistés avec un service de soin, le directeur Amnon Sirota a déclaré au Times of Israël que l’argent n’était pas un problème. Dès le départ, l’établissement avait pu acheter assez d’équipements de protection et de gel désinfectant.

Il a également indiqué qu’il avait reçu suffisamment de directives écrites (en hébreu) à la fois de la part du ministère de la Santé et du ministère des Affaires sociales, en imposant lui-mêmes des mesures encore plus strictes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu
lors d’une visite à la maison de retraite Zigfried Mozes dans le quartier Baka de Jérusalem en 2017. (Capture d’écran)

« Nous avons immédiatement divisé notre personnel en deux. Un groupe sous ma direction et un autre groupe sous la direction de mon assistant de telle sorte que, Dieu nous en garde, si quelqu’un venait à être infecté, nous n’aurions pas à isoler l’ensemble de l’équipe », a-t-il dit.

« Dès le départ, nous avons été très prudents avec le personnel et l’hygiène générale. Tous les employés se lavent les mains et portent des masques et des gants en entrant dans l’établissement. On mesure aussi leur température et ils signent un formulaire déclarant, qu’à leur connaissance, ils n’ont pas été exposés au virus ».

Les employés et les résidents volontaires font régulièrement le tour de l’établissement avec de l’eau de javel diluée afin de nettoyer des surfaces comme les rampes, les poignées de porte, les boutons d’ascenseur, a ajouté Sirota. Des flacons de gel pour les mains sont à disposition dans l’ensemble du bâtiment.

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