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Russie : Poursuites contre des dirigeants européens accusés « d’insulter l’Histoire »

La Russie a lancé mardi des avis de recherche contre au moins trois responsables des pays baltes et trois Polonais, dont la Première ministre estonienne

Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, préside une réunion du Conseil de sécurité au Kremlin à Moscou, le 21 février 2022. (Crédit : Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)
Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, préside une réunion du Conseil de sécurité au Kremlin à Moscou, le 21 février 2022. (Crédit : Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

La Russie a lancé mardi des avis de recherche contre au moins trois responsables des pays baltes et trois Polonais, dont la Première ministre estonienne Kaja Kallas, sur fond de conflit mémoriel entre ces pays de l’ex-bloc communiste et Moscou.

Le Kremlin a invoqué la vision opposée de l’Histoire qu’ont Moscou et ces États pour justifier cette décision. Depuis l’assaut russe en Ukraine en février 2022, c’est la première fois que la Russie émet un avis de recherche contre un dirigeant étranger en exercice.

« Ces gens sont responsables de décisions qui sont de facto une insulte à l’Histoire, ce sont des gens qui mènent des actions hostiles contre la mémoire historique, contre notre pays », a dénoncé le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Les États baltes, qui craignent les ambitions militaires du Kremlin, considèrent que l’URSS les a occupés, tandis que Moscou se voit comme un libérateur et juge toute autre approche comme une « falsification de l’Histoire », un crime en Russie.

Selon une notice visibile sur le site du ministère de l’Intérieur, la Première ministre estonienne Kaja Kallas est poursuivie dans « une affaire pénale », sans préciser de quel crime ou délit la dirigeante est accusée.

Le secrétaire d’État estonien, Taimar Peterkop, a également été visé par un avis de recherche, ainsi que le ministre de la Culture de Lituanie, Simonas Kairys.

Selon l’agence de presse TASS, la même chose s’applique pour le responsable polonais de l’Institut national de la mémoire, Karol Nawrocki, le maire de la ville polonaise de Wałbrzych, Roman Szełemej, et un ancien vice-ministre polonais des Affaires étrangères, Karol Rabenda.

« Tactique d’intimidation »

« Le régime fait ce qu’il a toujours fait : il essaie d’étouffer la liberté (…) et de continuer à créer sa propre version qui est en contradiction avec les faits », a réagi Simonas Kairys dans un communiqué transmis à l’AFP.

Pour sa part, Kaja Kallas a dénoncé une « tactique d’intimidation habituelle » de la part de la Russie.

Des minorités russes résident en Estonie, Lettonie et Lituanie, aujourd’hui membres de l’UE et de l’Otan, et Moscou juge qu’elles y sont opprimées.

Les relations se sont encore envenimées avec le conflit en Ukraine. Les pays baltes et la Pologne soutiennent activement Kiev depuis deux ans dans sa lutte contre l’armée russe.

Moscou de son côté dénonce depuis des années le fait que les Baltes n’acceptent pas le fait que l’URSS était un libérateur face aux nazis et non un occupant.

Ces dernières années, plusieurs de ces monuments hérités de l’URSS après la victoire contre l’Allemagne nazie ont été démontés dans les pays baltes, en signe de rejet de la période soviétique.

Les pays baltes et la Pologne, comme d’autres voisins occidentaux de la Russie, disent envisager sérieusement une attaque russe et renforcent leurs capacités militaires face à cette éventualité.

La semaine dernière, le président russe Vladimir Poutine a déclaré pour sa part écarter l’idée d’envahir la Pologne ou la Lettonie, deux pays dans lesquels son pays n’a, selon lui, « pas d’intérêts ».

Avant l’assaut contre l’Ukraine, fin février 2022, de nombreux hauts responsables russes répétaient aussi à l’envi qu’une offensive militaire contre Kiev n’aurait pas lieu.

Le président russe Vladimir Poutine lors de sa rencontre avec l’ancien animateur de Fox News Tucker Carlson, au Kremlin, à Moscou, le 6 février 2024. (Crédit : Gavriil Grigorov/Sputnik, Kremlin, Pool Photo via AP)

Tensions persistantes

Vladimir Poutine est lui-même visé, depuis mars 2023, par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour la « déportation illégale » d’enfants ukrainiens en Russie depuis deux ans, ce que les autorités russes nient.

Ces dernières semaines, plusieurs signes de tensions persistantes entre Moscou et les pays baltes se sont manifestés.

Le 6 février, la Russie avait convoqué les chargés d’affaires d’Estonie, Lettonie et Lituanie, en les accusant de « saboter » la présidentielle russe de mars en refusant d’assurer la sécurité des bureaux de vote dans les ambassades russes sur leur sol.

Mi-janvier, la Lettonie et l’Estonie avaient décidé de mettre fin à leurs accords d’assistance juridique avec la Russie, les responsables de ces deux pays invoquant l’assaut de Moscou contre l’Ukraine comme motif.

Plus tôt en janvier, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait effectué une tournée dans les pays baltes.

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