Sarsour, militante pro-BDS, chaleureusement reçue à un débat sur l’antisémitisme
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Sarsour, militante pro-BDS, chaleureusement reçue à un débat sur l’antisémitisme

L'Américano-palestinienne est revenue sur son affirmation qu'il est impossible d'être à la fois féministe et sioniste lors d'un débat qui a été accusé de réunir des intervenants plus enclins à attiser la haine anti-juive qu'à la combattre

Linda Sarsour, à droite, parlant de l'antisémitisme lors d’une commission à la New School de New York, le 28 novembre 2017. D'autres participants, de gauche à droite, comprennant Lina Morales, Amy Goodman et Rebecca Vilkomerson. (Avec la permission de Jewish Voice for Peace)
Linda Sarsour, à droite, parlant de l'antisémitisme lors d’une commission à la New School de New York, le 28 novembre 2017. D'autres participants, de gauche à droite, comprennant Lina Morales, Amy Goodman et Rebecca Vilkomerson. (Avec la permission de Jewish Voice for Peace)

NEW YORK (JTA) – La militante américano-palestinienne Linda Sarsour a été accueillie sous les vifs applaudissements du public lors d’un événement qui, ces dernières semaines, a suscité de vives réactions, tant de la part des défenseurs d’Israël que des détracteurs de l’Etat juif.

C’est 
Sarsour, une féministe de premier plan et défenseure pro-palestinienne, qui a été l’intervenante la plus connue d’une conférence sur l’antisémitisme qui a eu lieu mardi à la Nouvelle Ecole pour la recherche sociale.

Se présentant comme un débat sur l’antisémitisme, tel qu’il s’exprime à gauche et à droite de l’échiquier politique, la conférence a été dénoncée par des critiques pro-israéliens qui ont accusé d’antisémitisme Sarsour et d’autres participants, affirmant que l’événement avait pour objectif de flouter l’antisémitisme rampant parmi les détracteurs d’Israël à l’extrême-gauche.


Ce sont 400 personnes qui ont assisté à la Conférence, organisé par un programme de journalisme mis en place au sein de cette université de Manhattan et par plusieurs groupes de gauche – notamment Jewish Voice for Peace, qui soutient le mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) anti-israélien, la maison d’édition Haymarket Books, le journal Jacobin Magazine et l’association Jews for Racial & Economic Justice.


À l’extérieur de la salle du débat, située à Lower Manhattan, 50 manifestants se sont rassemblés derrière des barricades métalliques en brandissant des drapeaux israéliens. Parmi eux, des membres de la Ligue de défense juive d’extrême droite, autrefois considérée comme une organisation terroriste par le FBI.

D’autres groupes juifs, plus importants, se sont également exprimés en amont de l’événement.

« Ces intervenants connaissent le sujet de l’antisémitisme mais, malheureusement, depuis une perspective qui les amène davantage à l’attiser qu’à le combattre », a écrit Greenblatt, directeur de l’ADL (Anti-Defamation League) au début du mois.

L’Organisation sioniste d’Amérique (ZOA) a qualifié Sarsour de « personnalité qui dénigre Israël, haineuse envers les juifs », dans une déclaration dénonçant l’événement.

Sarsour, qui a aidé à organiser la marche des femmes à Washington en janvier, a férocement critiqué Israël dans le passé. Elle a notamment tweeté que « Rien n’est plus effrayant que le sionisme ».

Elle a été dénoncée par les Juifs de droite et du centre qui l’ont qualifiée d’antisémite, inquiets à l’idée qu’elle puisse représenter le courant dominant de la rhétorique israélienne à gauche.

Les intervenants de mardi ont lancé de nombreuses attaques à l’encontre d’Israël, insistant sur le fait que leurs points de vue n’étaient qualifiés d’antisémites que dans le but de réduire au silence les critiques sur le pays et ses politiques.


 »Au cas où ce ne serait pas assez clair, je suis indubitablement une Américaine palestinienne, et je serai toujours une Américaine palestinienne sans concession, et je serai toujours une Américaine musulmane sans appel. Et devinez quoi, je suis aussi une fervente partisane du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions », a proclamé Sarsour, sous une salve d’applaudissements de la foule.

La conférencière Lina Morales, membre du groupe des Juifs de couleur et Mizrahi/séfarade du JFREJ, a qualifié le sionisme « d’erreur » qui « nous a menés sur une route dangereuse et horrible », tandis que Rebecca Vilkomerson, directrice générale du mouvement pro-BDS Voice for Peace, a décrit le traitement israélien des Palestiniens comme un « apartheid ».


Sarsour s’est dite « troublée » par le fait que certains membres de la communauté juive puissent la considérer comme « une menace existentielle ». Mais elle a semblé adopter un positionnement plus modéré face à deux déclarations antérieures qu’elle avait faites cette année et qui avaient suscité la colère de nombreux membres de la Communauté juive.

Interrogée par un spectateur au sujet d’une interview au cours de laquelle elle avait dit que le sionisme et le féminisme s’excluaient mutuellement, Sarsour a rétorqué que les opinions différentes avaient toute leur place dans le mouvement féministe.


 »Si vous croyez que lorsque vous faites partie d’un mouvement, vous devez être d’accord avec tout le monde, alors ce n’est certainement pas un mouvement pour vous, parce que je ne suis pas d’accord avec la moitié des gens du mouvement » a-t-elle déclaré.

Sarsour, cependant, a également réprimandé les activistes pro-israéliens qui ont exigé que les progressistes les accueillent sans réserve dans leurs coalitions.

« Si vous comptez intégrer le mouvement à la condition – ou en imposant aux gens le fait – que vous êtes sioniste et féministe et seulement sur la base de cette idée, [et] que nous devons vous accepter en tant que sioniste et féministe parce que vous voulez imposer cela à tout le monde dans le mouvement, je vous fais juste savoir que ce n’est pas comme ça que ça fonctionne dans le mouvement. Personne d’autres ne fait ça, » a-t-elle dit.

Sarsour a également clarifié un commentaire dans lequel elle disait que l’antisémitisme, contrairement à la discrimination contre les Afro-Américains et l’islamophobie, n’est pas systémique. Elle a précisé qu’elle voulait dire que l’antisémitisme n’est pas codifié dans le système juridique et pénal américain aujourd’hui, contrairement à la discrimination contre d’autres groupes.

Tous les participants ont évoqué les dangers de l’antisémitisme et ont dit être déterminés à le combattre, mais ils se sont concentrés sur sa manifestation sur la droite.


Certains dans le public ont ressenti une certaine injustice dans cette focalisation.

« On s’est largement concentré sur le suprémacisme blanc avec Trump, ce qui est tout à fait valable, mais j’espérais un peu plus d’introspection et de critiques de la part de certaines personnes dans leurs propres cercles, qui sont antisémites », a déclaré Uri Westrich, cinéaste de 32 ans.


Asher Lovy, 25 ans, qui travaille dans la vente en ligne, a déclaré que la conférence n’avait pas abordé les types d’antisémitisme vécus à gauche.


 »J’aimerais voir des tests de pureté idéologique à gauche aussi, avec cette idée que si vous êtes juif, vous devez prouver votre bonne foi anti-sioniste avant qu’on ne vous laisse intégrer n’importe quel mouvement de gauche –
indépendamment des causes défendues, » a-t-il déclaré.

Dans le même temps, Andrew Weitzner a expliqué que Sarsour avait exprimé de manière adéquate les préoccupations des détracteurs de la conférence, notamment avec ses commentaires sur l’antisémitisme. Ce sont les manifestants à l’extérieur qui, a contrario, n’ont pas créé et participé à un dialogue constructif, a déclaré le juriste.


 »Ils crient ‘Am Yisrael Chai’ dehors et chantent l’Hatikvah – c’est ça le niveau du débat ? », s’est-il interrogé, tout en notant les mots signifiant « le peuple d’Israël est vivant » et l’hymne national israélien. « Comment est-ce que cela peut être un débat des deux côtés ? »

L’un des manifestants a déclaré qu’il était là pour protester contre les opinions exprimées par Sarsour, qu’il considère comme « antisémites, anti-israéliennes, anti-américaines ».

« Elle sait comment faire passer la foule de son côté, mais elle ne favorise pas la paix et l’unité et la coexistence entre les Israéliens et les soi-disant Palestiniens, les Juifs et les Musulmans, ou même les Américains », a déclaré Ariel Kohane, chargé de contrôler les processus de casheroute, arborant une kippa et brandissant une photo du président Donald Trump. « Elle est en train de laver le cerveau de ces étudiants. »

À l’intérieur de l’auditorium, les membres du public ont applaudi et encore applaudi plusieurs fois tout au long des discours. Malgré l’enthousiasme dans la salle, de nombreux membres du public n’ont pas voulu être interviewés ou n’ont pas accepté de donner intégralement leurs noms.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi, un homme a simplement désigné du doigt un logo sur sa chemise, qui portait le nom d’une école rabbinique orthodoxe.

« C’est trop risqué », a-t-il riposté.

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