Scandale après qu’un évêque russe affirme que les Juifs ont tué le dernier tsar
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Scandale après qu’un évêque russe affirme que les Juifs ont tué le dernier tsar

Un officiel de l’Eglise orthodoxe russe a dit n'avoir aucun doute que le meurtre de Nicolas II en 1917 était un "meurtre rituel"

Le Tsar Nicholas II vers 1890 ; un monument en l'honneur du tsar, à Vyritsa, en Russie. (Crédit : CC-SA/KulikovaTV)
Le Tsar Nicholas II vers 1890 ; un monument en l'honneur du tsar, à Vyritsa, en Russie. (Crédit : CC-SA/KulikovaTV)

Le plus grand groupe juif de Russie a protesté contre l’affirmation de l’évêque local, répétée par une officielle du ministère de la Justice, que le dernier tsar du pays a été assassiné par des Juifs.

Marina Molodtsova, une membre de comité ministériel spécial sur l’assassinat en 1917 de Nicolas II de Russie, a déclaré lundi lors d’une conférence à Moscou que son comité conduira un « examen pyscho-historique » pour déterminer si l’exécution de la famille royale était un meurtre rituel, a annoncé Ria Novosti.

Lors du même événement, le Père Tikhon Shevkunov, un évèque de l’Eglise orthodoxe russe, a déclaré que, selon « l’approche la plus rigoureuse à la version du meurtre rituel, une partie significative de la commission de l’Eglise [sur l’assassinat de Nicolas II pendant la Révolution russe de 1917] n’avait aucun doute que ce meurtre était un rituel ».

La Fédération des Communautés juives de Russie, un groupe affilié au Habad avec plus de 100 communautés à travers la Russie, a qualifié dans un communiqué lundi. les suggestions en question d’ « expression choquante du mythe de l’antisémitisme ».

« Nous pensons tous que c’est absolument inacceptable », a déclaré le porte-parole de la fédération, Boruch Gorin, à Interfax, et « choquant par la pure absurdité de ces affirmations ».

Le Congrès Juif Euro-Asie a aussi condamné ces propos dans un communiqué mardi.

La famille du Tsar Nicholas II, vers 1914. (Domaine public)

Les affirmations qui indiqueraient que Nicolas a été tué par des Juifs pour des besoins rituels étaient limitées, avant la conférence, à une frange d’antisémites fanatiques et à des partisans de théories du complot simplistes.

Avec la recrudescence du nationalisme et la nostalgie de l’époque tsariste dans la Russie sous le président Vladimir Poutine, un tribunal russe a ordonné en 2010 de rouvrir une enquête sur le meurtre du tsar et de sa famille même si les Bolchevik – l’aile radicale du parti communiste qui a fini par le diriger après la révolution de 1917 – dont on pense qu’ils les avaient tués en 1918, sont morts depuis des années.

La prévalence disproportionnée dee Juifs dans les rangs de révolutionnaires constitue un argument constant de l’antisémitisme au vitriole dans ce domaine. Pendant l’Holocauste, cela a servi de prétexte pour le meurtre d’innombrables Juifs à travers l’Europe orientale par des ennemis auto-proclamés du communisme et de la Russie, même si les communistes avaient déjà alors sévèrement opprimé des Juifs et toute expression publique de leur foi.

Le rôle des Juifs dans la révolution est toujours utilisé aujourd’hui pour inciter à la haine contre les Juifs locaux, y compris parmi les dévots chrétiens qui ont été persécutés par les autorités soviétiques anti-religieuses.

Les assassins de Nicolas II étaient « évidemment des athéistes militants qui rejettaient toute forme de foi, à part la leur », a déclaré Gorin, qui est l’assistant de Berel Lazar, le grand rabbin en chef de Russie.

Mais rendre les Juifs responsables de la mort du tsar est « un mythe antisémite utilisé dans la propagande antisémite depuis plusieurs décennies, et c’est pour cela que les Juifs voient cela avec beaucoup d’inquiétude ».

Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, et le grand rabbin de Russie Berel Lazar, en mars 2005. (Crédit : Kremlin/JTA)
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