Scientifiques et superstars, les fondateurs de BioNTech en pleine lumière
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Scientifiques et superstars, les fondateurs de BioNTech en pleine lumière

Ugur Sahin et Özlem Türeci, enfants d'immigrés turcs et respectivement directeur général et directrice médicale de BioNTech, se sont montrés discrets sur leurs parcours personnels

Logo de la société pharmaceutique allemande BioNTech, sur les quartiers généraux de la firme à Mainz, en Allemagne, le 12 novembre 2020. (Crédit : Daniel ROLAND / AFP)
Logo de la société pharmaceutique allemande BioNTech, sur les quartiers généraux de la firme à Mainz, en Allemagne, le 12 novembre 2020. (Crédit : Daniel ROLAND / AFP)

L’espoir d’un vaccin contre le Covid-19 a propulsé les fondateurs du laboratoire allemand BioNTech vers la lumière, donnant à leur destin d’enfants d’immigrés turcs les allures d’un conte à succès, malgré la réserve du couple de chercheurs.

Dans les demandes d’interview d’Ugur Sahin et Özlem Türeci, respectivement directeur général et directrice médicale de BioNTech, il est conseillé de mener l’entretien sur « l’histoire de l’entreprise » plutôt que sur des questions privées.

Peu diserts avec les médias depuis la spectaculaire annonce de l’efficacité « à 90 % » de leur candidat-vaccin, le duo s’est toujours montré discret sur sa trajectoire personnelle : lui, fils d’un ouvrier de l’industrie automobile, arrivé de Turquie à l’âge de 4 ans ; elle, fille d’un médecin ayant quitté Istanbul pour le nord de l’Allemagne.

Mais la presse ne s’y est pas trompée, aussi heureuse des promesses de vaccin que de la belle histoire qui inspire des titres éblouis : ils sont la « Dream team », « les Curie du Covid », des « héros » passés « d’enfants de travailleurs immigrés à sauveurs du monde » et « milliardaires ».

Le premier patient enrôlé dans l’essai clinique du vaccin anti-COVID de Pfizer à la faculté de médecine de l’université du Maryland à Baltimore, le 4 mai 2020. (Autorisation : Faculté de médecine de l’université du Maryland via AP, File)

Décrits comme des travailleurs acharnés et passionnés, les intéressés paraissent se méfier des superlatifs ou de la tentation d’ériger leur parcours en modèle d’intégration.

« Je ne suis pas sûr de vouloir vraiment cela », a prudemment confié Ugur Sahin dans un entretien au Guardian vendredi.

« En tant que société, nous devons nous demander comment donner à chacun une chance de contribuer à cette société. Je suis un exemple accidentel de personne issue de l’immigration. J’aurais pu être aussi bien allemand qu’espagnol ».

Intègres

Inconnu du grand public, le couple ne l’était pas de la communauté scientifique où il compte depuis de nombreuses années parmi les figures en vue de la recherche contre le cancer, dont il a juré de « révolutionner » les traitements.

Spécialisé en médecine moléculaire et en immunologie, Ugur Sahin, 55 ans, s’est d’abord formé à Cologne (ouest), où son père travaillait dans les usines Ford, puis à l’hôpital universitaire de Hombourg (sud de l’Allemagne) où sa route a croisé celle de Özlem Türeci, sa cadette de deux ans.

Uğur Şahin (Kuebi; Armin Kübelbeck; Wikipédia)

Cette dernière a décrit dans une interview son enfance intimement liée au cabinet médical « qui se trouvait au milieu de la maison familiale », au point qu’elle ne s’est « jamais imaginée » faire d’autre métier que médecin.

Aucun d’eux ne se voyait devenir chef d’entreprise mais leurs axes de recherche apparaissaient « trop osés » pour trouver des relais dans le secteur industriel, ce qui les a convaincus de franchir le pas.

En 2001, ils fondent leur première entreprise de biotechnologie (Ganymed Pharmaceutical) revendue en 2016. Entre-temps, leur seconde société, BioNTech, a vu le jour en 2008, toujours dans le but de développer une nouvelle génération de thérapies individuelles pour les patients atteints du cancer.

Forte de quelque 1 500 salariés aujourd’hui, elle est soutenue par d’importants investisseurs privés.

Deux d’entre eux, Thomas Strüngmann et Michael Motschmann, ont décrit le couple cette semaine comme « des personnalités authentiques, d’une grande intégrité, travailleuses et extraordinairement intelligentes ».

« Vitesse de la lumière »

Dans les locaux de BioNTech, situés « Rue de la mine d’or » à Mayence (ouest), on travaille depuis les débuts sur la technologie nouvelle dite de l’ARN messager, qui consiste à injecter dans l’organisme des brins d’instructions génétiques pour dicter aux cellules le mécanisme de défense à fabriquer contre une maladie.

Aucun vaccin basé sur cette innovation n’a encore été mis sur le marché.

Mettant entre parenthèses leurs travaux sur le cancer, les équipes de BioNTech font, dès janvier dernier, porter tous leurs efforts sur la recherche contre le nouveau coronavirus. Nom du projet : « Vitesse de la lumière ».

Après avoir identifié des formules de vaccin prometteuses, la société noue en mars un partenariat avec le géant pharmaceutique américain Pfizer, en vue des phases de test et de commercialisation.

Les résultats publiés lundi font du projet BioNTech le plus avancé sur la voie d’une protection contre le Covid-19. Les bourses mondiales se sont envolées, les responsables politiques ont jubilé, la communauté scientifique a applaudi.

Informé des résultats la veille au soir, Ugur Sahin s’était senti libéré d’un « grand poids », a-t-il confié au Guardian. Le couple s’était ensuite simplement « préparé des tasses de thé ».

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