Selihot: Des dizaines de milliers de soldats à Jérusalem en mode « introspection »
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Selihot: Des dizaines de milliers de soldats à Jérusalem en mode « introspection »

Pendant un mois, durant la période de pénitence qui précède Yom Kippour, plus de 30 000 militaires arpenteront la capitale pour des "visites de Seli'hot"

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldats israéliens visitent le mur Occidental pendant une visite de Seli'hot à Jérusalem, au mois de septembre 2021. (Crédit : Armée israélienne)
Des soldats israéliens visitent le mur Occidental pendant une visite de Seli'hot à Jérusalem, au mois de septembre 2021. (Crédit : Armée israélienne)

Ces dernières semaines, des dizaines de milliers de soldats israéliens ont traversé Jérusalem et sa Vieille Ville, parfois de jour, mais le plus souvent de nuit, dans le cadre d’un rituel annuel précédant Yom Kippour, jeudi.

Il s’agit de tournées dites des Seli’hot, du nom des prières traditionnelles de pénitence et de supplication prononcées au cours de la période précédant le Jour du Grand Pardon (certains Juifs commencent à les réciter un mois avant Rosh HaShana, d’autres le samedi soir une semaine environ avant Rosh HaShana).

Pour l’armée israélienne, ces visites – principalement à Jérusalem, mais aussi à Safed et dans d’autres villes – ne sont pas explicitement de nature religieuse, et même des unités à prédominance non-juive y participent, mais sont plutôt destinées à encourager la contemplation et l’introspection, a déclaré la semaine dernière au Times of Israël le lieutenant-colonel Nadav Danino, chef de la division de la sensibilisation et de l’identité juives du corps éducatif.

« C’est un temps d’introspection à l’échelle de l’unité. Ce n’est pas un débriefing que l’on fait après un incident ou une enquête après un exercice. C’est un temps où nous utilisons le calendrier hébraïque, ce temps entre le mois hébraïque d’Elul et le mois de Tishri, un temps d’introspection », a déclaré Danino.

« En tant qu’unité, comment avons-nous fait ? Quels objectifs avons-nous atteints ? Où devons-nous nous améliorer, que devons-nous apprendre pour être là où nous voulons être l’année prochaine », a-t-il ajouté.

Les visites sont officiellement dirigées par les commandants des unités participantes, mais elles sont accompagnées de guides civils qui enseignent aux soldats l’histoire de Jérusalem et de la Vieille Ville. « Les visites comprennent souvent un arrêt chez un musicien ou un groupe musical, qui joue des chansons folkloriques ou des chansons de Seli’hot, afin de relier les soldats à cette période et à son atmosphère », a-t-il ajouté.

Les visites comprennent aussi généralement une conférence, donnée par un rabbin ou un conférencier civil, sur des thèmes liés aux Séli’hot ou à l’introspection, selon Danino.

« La majorité de ces visites se terminent sur la place du mur Occidental où les soldats peuvent prendre leur temps s’ils le souhaitent ; ils peuvent dire des Seli’hot, mais l’objectif de ces visites est de pouvoir discuter de l’esprit particulier de cette période de l’année », a-t-il poursuivi.

Lors de Yom Kippour, mercredi soir, plus de 30 000 soldats auront pris part à ces visites, « depuis les généraux… jusqu’aux nouvelles recrues enrôlées il y a une semaine seulement », a-t-il expliqué.

Même si ces visites se déroulent sur plus d’un mois, presque la moitié de ces militaires – 13 500 soldats divisés en 70 groupes – ont participé à une visite la même nuit, le 5 septembre, la nuit qui a précédé Rosh HaShana.

Tandis que l’écrasante majorité des militaires est juive, une minorité qui n’est pas insignifiante ne l’est pas : Des immigrants non-Juifs venus de l’Union soviétique (ou leurs enfants), des Druzes israéliens ou des bédouins musulmans israéliens.

Si les visites portent le nom de prières juives, Danino a souligné que personne n’était dans l’obligation de les prononcer.

« Il ne s’agit pas de dire les Seli’hot ou de faire en sorte de transformer les gens en religieux, ou de les amener à être plus spirituels, ce n’est pas une question de croyance personnelle. C’est vraiment au sujet de cette période de l’année, de ce que représente cette période de l’année pour les Juifs – nous appartenons tous, finalement, à un État juif et démocratique – mais et c’est vraiment une question d’introspection dans le cadre de l’unité », a-t-il expliqué.

Il a ajouté qu’un certain nombre d’unités explicitement non-juives, comme les unités des pisteurs bédouins, demandaient à prendre part, année après année, à ces visites des Seli’hot.

« Ils ne fêtent pas Rosh HaShana chez eux mais ils savent qu’ils sont dans l’armée israélienne et cela leur apporte l’environnement nécessaire pour s’arrêter, pour réfléchir. Et c’est ce que nous tentons de faire : Offrir l’opportunité de s’arrêter, de réfléchir, de s’évaluer en tant qu’unité et non dans le cadre d’un exercice d’entraînement sur le terrain ou d’une opération militaire. Heureusement, les unités qui comptent un nombre important de membres ou de commandants non-Juifs viennent nous voir pour nous dire que ces visites sont réussies, que l’expérience a été très positive », a-t-il indiqué.

Danino a ajouté que les visites avaient plus ou moins pu continuer normalement malgré le coronavirus, même si la pandémie a posé des problèmes logistiques.

« Cette année – et l’année dernière – ça a été un peu différent à cause du coronavirus », a-t-il noté.

Des soldats israéliens écoutent un discours pendant une ‘visite de Seli’hot’ à Jérusalem, au mois de septembre 2021. (Crédit : Armée israélienne)

Les visites se sont toujours largement réalisées à l’extérieur mais, avant le coronavirus, les discours étaient prononcés à l’intérieur, à la Grande synagogue de Jérusalem ou dans une autre salle de conférence. Et, au cours des deux dernières années, ces conférences – faites devant des dizaines ou des centaines de soldats – ont été organisées dans des parcs et autres lieux en plein air – parfois à l’intérieur, dans des salles offrant suffisamment d’espace pour pouvoir respecter les règles de distanciation sociale.

« Ce qui n’est pas un petit défi au niveau logistique », s’est-il exclamé.

Il y a eu aussi cette année un nombre relativement important d’annulations – par crainte d’un cluster au sein d’une unité, ou parce qu’une unité présentait des cas de COVID-19. Finalement, 30 000 ou 40 000 soldats en totalité participeront probablement à ces visites, selon Danino.

« Il y a eu un grand nombre d’annulations. Nous en avons enregistré 51 000 – c’est un record », a-t-il déclaré.

« Mais il y a une demande. Après un an et demi qui ont été difficiles en termes de programmation éducative pour les unités – en raison de la fermeture de beaucoup de musées, théâtres et autres institutions culturelles pour cause de pandémie – un an et demi où les unités ont donc eu du mal à sortir, il était important pour les commandants de faire participer leurs unités aux visites », a-t-il continué.

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