Sessions : la politique migratoire américaine n’a rien à voir avec les nazis
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Sessions : la politique migratoire américaine n’a rien à voir avec les nazis

Le procureur général des États-Unis rejette la comparaison entre la séparation des enfants migrants de leurs parents et les camps de concentration durant la Shoah

Le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, lors d'une conférence de presse au ministère de la Justice, le 15 décembre 2017. (Crédit : Chip Somodevilla / Getty Images / AFP)
Le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, lors d'une conférence de presse au ministère de la Justice, le 15 décembre 2017. (Crédit : Chip Somodevilla / Getty Images / AFP)

Le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, a défendu lundi la politique de l’administration Trump consistant à séparer les enfants migrants de leurs parents à la frontière avec le Mexique, affirmant que les comparaisons avec les camps de concentration nazis étaient « excessives », car pendant la Shoah, « ils empêchaient les Juifs de vivre et de quitter le pays ».

« Eh bien, c’est une véritable exagération », a déclaré Sessions à Fox News lorsqu’on lui a demandé de s’exprimer sur la comparaison avec les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. « Bien sûr, dans l’Allemagne nazie, ils empêchaient les Juifs de quitter le pays ».

« C’est une affaire sérieuse, a-t-il ajouté. « Nous devons y réfléchir, être rationnels et attentifs. Nous voulons accorder l’asile aux personnes qui y ont droit, mais les personnes qui souhaitent une migration économique pour des raisons financières personnelles et ce qu’elles considèrent comme étant un bienfait pour leur famille ne constitue pas une base pour une demande d’asile.

Les appels se multiplient aux États-Unis pour que l’administration mette fin à la séparation des familles avant la visite du président américain Donald Trump au Capitole pour discuter de la législation. La rencontre avec les républicains de la Chambre des représentants, prévue pour mardi en fin d’après-midi, intervient à un moment où les législateurs des deux partis sont en armes face à l’approche « tolérance zéro » de l’administration en matière de franchissement illégal des frontières.

En vertu de cette politique, tous les franchissements illégaux font l’objet de poursuites – un processus qui place les adultes sous la garde de l’US Marshals Service [agence de police du gouvernement fédéral des États-Unis dépendant du département de la Justice, ndlr] et envoie de nombreux enfants dans des établissements gérés par le Département de la santé et des services sociaux du pays. Sous l’administration précédente, ces familles étaient généralement orientées vers des procédures civiles d’expulsion, ne nécessitant pas de séparation.

Sur cette photo prise le 4 janvier 2017, des agents de la US Border Patrol emmènent des immigrants d’Amérique centrale en détention près de McAllen, au Texas. (AFP PHOTO / GETTY / JOHN MOORE)

Près de 2 000 enfants ont été séparés de leur famille sur une période de six semaines en avril et mai.

L’agence de presse américaine à but non lucratif ProPublica a publié lundi ce qu’elle a dit être des enregistrements de dix enfants appelant désespérément leurs parents dans une installation près de la frontière américano-mexicaine la semaine dernière.

On entend un agent de la US Border Patrol Patrol pendant le clip de huit minutes qui plaisante au sujet des enfants en pleurs en disant : « Eh bien, nous avons un orchestre ici, ce qui manque, c’est un chef d’orchestre ».

Les démocrates se sont emparés de la question de la séparation familiale, essaimant les centres de détention au Texas pour dénoncer cette politique. Ils demandent à l’administration d’agir pour que les familles migrantes restent unies. Les républicains se joignent de plus en plus aux démocrates dans cet appel.

Le représentant républicain du Michigan, Fred Upton, a appelé lundi à la fin immédiate de la « pratique ignoble et inhumaine », ajoutant : « Il n’est jamais acceptable d’utiliser les enfants comme monnaie d’échange dans le processus politique ». Le sénateur républicain du Kansas, Pat Roberts, a déclaré qu’il était « contre le recours à la séparation parentale comme moyen de dissuasion à l’immigration illégale ».

« Le moment est venu pour la Maison Blanche de mettre fin aux séparations cruelles et tragiques des familles », a déclaré Lisa Murkowski, sénatrice républicaine de l’Alaska.

L’administration Trump insiste sur le fait que les séparations familiales sont exigées par la loi.

Lors d’un point presse de la Maison Blanche lundi, la secrétaire à l’Intérieur, Kirstjen Nielsen, a déclaré : « Seul le Congrès peut y remédier. Cette ligne de conduite a été reprise par d’autres membres de l’administration, dont Trump lui-même, qui a faussement imputé à une loi adoptée par les démocrates l’approche de « tolérance zéro » pour les poursuites des familles qui traversent la frontière.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, dans son bureau à Jérusalem, le 13 juin 2018. (Amos Ben Gershom/GPO)

La semaine dernière, Nielsen s’est rendu en Israël, a visité sa barrière frontalière avec l’Égypte et a assisté à une séance d’informations sur la technologie frontalière israélienne afin de tirer des leçons pour la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

« La sécurité frontalière est la sécurité nationale », a-t-elle déclaré lors d’une conférence sur la sécurité à Jérusalem. « Nos partenaires israéliens le savent mieux que quiconque, et j’ai eu la chance aujourd’hui de voir le travail incroyable qu’ils font pour assurer la sécurité de leur territoire ».

Trump aurait évoqué la barrière de sécurité d’Israël à la frontière égyptienne et son succès dans le blocage de l’immigration illégale, comme source d’inspiration pour sa volonté de construire un mur à la frontière mexicaine.

Deux projets de loi sur l’immigration à l’étude à la Chambre pourraient porter sur les séparations, mais les perspectives d’adoption sont faibles. Les conservateurs affirment que la législation de compromis que les dirigeants du parti républicain ont aidé à négocier avec les modérés est inadéquate.

Le représentant Jim Jordan, un républicain de l’Ohio et membre du Freedom Caucus, a dit qu’il est sceptique quant au fait que même un appui total de Trump suffira à faire adopter le projet de loi de compromis à la Chambre.

Le projet de loi de compromis s’éloigne de la préférence traditionnelle de la nation pour l’immigration familiale au profit d’un nouveau système qui accorde la priorité à l’entrée sur la base des mérites et des compétences. Il renforce la sécurité aux frontières, réprime les entrées illégales et renforce les autres lois sur l’immigration.

Pour faire face à l’augmentation du nombre de familles séparées à la frontière, la mesure propose de maintenir les enfants en détention avec leurs parents, annulant ainsi des règles vieilles de deux décennies qui limitent la durée de détention des mineurs.

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