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Shaked, en visite à Rabat, soutient la souveraineté marocaine au Sahara occidental

Elle affirme être la première dirigeante israélienne à soutenir publiquement la revendication de souveraineté du royaume sur la région disputée, ce qui ne semble pas être le cas

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La ministre de l'Intérieur Ayelet Shaked, au centre, avec l'ambassadeur permanent au Maroc David Govrin, à gauche, et le responsable de la communauté juive de Madrid, Samy Cohen, le 20 juin 2022. (Capture d'écran : Instagram)
La ministre de l'Intérieur Ayelet Shaked, au centre, avec l'ambassadeur permanent au Maroc David Govrin, à gauche, et le responsable de la communauté juive de Madrid, Samy Cohen, le 20 juin 2022. (Capture d'écran : Instagram)

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked s’est félicitée, mardi, d’avoir été la première haute-responsable israélienne à avoir fait part publiquement de la reconnaissance par Israël de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental – une affirmation que Rabat a semblé minimiser.

Selon un communiqué qui a été émis par son bureau, Shaked a « exprimé en public et pour la première fois le soutien apporté par Israël à la souveraineté du Maroc au Sahara occidental ». Le communiqué n’a pas compris de propos précis et la porte-parole de la ministre de l’Intérieur s’est refusée à mentionner les mots utilisés par la haute-responsable, renvoyant le Times of Israel au communiqué évoqué ci-dessus.

Le communiqué a été repris par les médias israéliens qui ont fait leur Une en affirmant que Shaked avait été la toute première à apporter ouvertement le soutien de Jérusalem à la souveraineté de Rabat sur cette région riche en ressources et disputée.

Toutefois, un média d’État marocain a pour sa part diffusé une citation qui est venue mettre à mal l’affirmation faite par Shaked. Selon l’agence de presse Maghreb Arabe Presse, la ministre de l’Intérieur a indiqué aux journalistes, après une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, qu’Israël « réaffirme son soutien à la souveraineté du Maroc au Sahara Occidental ».

« Réaffirmer » signifiant, bien entendu, que ce soutien a déjà été affirmé dans le passé.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avait ouvertement apporté son appui au positionnement du Maroc après avoir accueilli Bourita lors du sommet du Neguev, au mois de mars. Il avait émis un communiqué disant que les six pays qui avaient pris par à la conférence, avec parmi eux Israël et le Maroc, œuvreraient de concert à contrer « les tentatives visant à affaiblir la souveraineté et l’intégrité territoriale du Maroc » – une allusion à peine voilée au dossier sensible du Sahara Occidental.

« Nous sommes déterminés à apporter la prospérité et la paix dans cette région et au-delà », avait commenté Lapid à ce moment-là. « Dans ce contexte, la déclaration faite par l’Espagne, la semaine dernière, en soutien au plan d’autonomie envisagé par le Maroc pour le Sahara occidental – un plan qui a d’ores et déjà été approuvé par d’autres – est une avancée positive ».

Le communiqué du bureau de Shaked ne semble pas avoir été coordonné avec le ministre des Affaires étrangères israélien, qui aurait simplement pu dire en réponse que le positionnement officiel de l’État juif était celui exprimé par Lapid pendant le sommet du Neguev.

Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, à droite, fait des remarques lors du Sommet du Néguev, avec, de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, le ministre des Affaires étrangères d’Égypte, Sameh Shoukry, le ministre des Affaires étrangères d’Israël, Yair Lapid, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, et le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Nasser Bourita, le 28 mars 2022, à Sde Boker, en Israël. (Crédit : AP Photo/Jacquelyn Martin, Pool)

Colonie espagnole jusqu’en 1975, le Sahara Occidental est dorénavant placé sous le contrôle du Maroc qui considère la région comme une partie intégrante de son territoire souverain. Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, lutte depuis pour son indépendance, un conflit qui a été essentiellement marqué par des manifestations civiles mais qui a occasionnellement été meurtrier.

En 2006, le Maroc avait soumis une proposition à l’ONU qui aurait offert au Sahara Occidental l’autonomie au sein du Maroc. Au mois de mars, le roi marocain Mohamed VI a révélé que le Premier ministre espagnol avait envoyé une lettre approuvant la proposition faite par le royaume chérifien, disant qu’elle était « la plus sérieuse, la plus réaliste et la plus crédible en matière de résolution du conflit ».

L’affirmation faite mardi par Shaked n’est pas la première annonce ayant des implications diplomatiques qu’elle a pu faire tout en dirigeant un ministère qui s’occupe avant tout de questions intérieures. En 2016, quand elle était ministre de la Justice, Shaked avait appelé à la formation d’un État kurde indépendant, recommandant vivement à Israël de venir en aide aux Kurdes, en Irak, pour atteindre cet objectif.

Si le président américain de l’époque, Donald Trump, avait reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental dans le cadre de l’accord du mois de décembre 2020 qu’il avait négocié en faveur de la reprise des liens diplomatiques entrer le Maroc et l’État juif, cette initiative avait subi des revers au congrès. Le sénateur républicain James Inhofe (Oklahoma) et le sénateur démocrate Patrick Leahy (Vermont) avaient pris la tête de l’opposition, écrivant ensuite, au mois de février 2021, un courrier au président Joe Biden lui demandant « de revenir sur cette décision peu judicieuse » et de faire en sorte que les États-Unis « se réengagent dans la recherche d’un référendum sur l’auto-détermination des Sahraouis du Sahara Occidental ».

Ils avaient également tenté d’empêcher le département d’État de tenir la promesse faite par Trump d’ouvrir un consulat américain au Sahara Occidental par le biais d’une ébauche figurant dans la loi des finances 2022 – mais le texte a finalement été supprimé dans la version définitive.

Un véhicule de l’armée marocaine passe devant des épaves de voitures à Guerguerat, au Sahara occidental, le 24 novembre 2020, après l’intervention des forces armées royales marocaines dans la région. (Crédit : Fadel SENNA / AFP)

Les sénateurs sont malgré tout parvenus à insérer une disposition dans la Loi d’autorisation de la Défense (NDAA) qui bloque les fonds susceptibles d’être utilisés pour soutenir la participation du Maroc dans des exercices militaires conjoints jusqu’à ce que Rabat accepte de s’engager en faveur d’un accord de paix au Sahara Occidental. Le secrétaire d’État à la Défense, Lloyd Austin, bénéficie néanmoins de la capacité de contourner la disposition si la sécurité nationale américaine se trouve en péril.

La visite de Shaked a eu lieu alors que le Maroc accueille, une fois encore, l’important exercice militaire annuel Lion Africain, chapeauté par les États-Unis, un exercice qui implique 7 500 personnels issus de 10 pays, et qui viennent notamment de France et du Royaume-Uni.

Pour la toute première fois, l’exercice comprend également des observateurs militaires israéliens.

Vers des relations diplomatiques pleines et entières

Shaked est arrivée lundi au Maroc et elle restera dans le royaume chérifien jusqu’à jeudi.

Selon un communiqué de son bureau, elle a discuté d’un projet visant à faire venir au sein de l’État juif des travailleurs marocains des secteurs de la construction et de la santé avec le ministre de l’Intérieur du Maroc, Abdelouafi Laftit. Un accord pourrait être signé au cours des prochaines semaines, a précisé le communiqué.

« L’objectif est de lancer, d’ici un mois, un pilote en faisant venir des travailleurs des secteurs des soins de santé et de la construction depuis le Maroc en Israël », a commenté Shaked.

Les deux ministres de l’Intérieur ont aussi évoqué la coopération dans des initiatives liées à la médecine et à la désalinisation de l’eau. Shaked a aussi proposé un plan visant à intégrer des ingénieurs marocains dans le secteur technologique israélien.

Selon son bureau, Shaked a aussi remercié Laftit pour la facilité avec laquelle des visas sont octroyés aux Israéliens désireux de visiter le royaume et pour la chaleur de l’accueil qui leur est réservé.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid tient une réunion bilatérale avec son homologue marocain Nasser Bourita à Sde Boker, le 28 mars 2022 (Crédit : Boaz Oppenheim/GPO)

Selon le communiqué du ministère marocain de l’Intérieur, la rencontre entre Laftit et Shaked « reflète l’engagement des deux pays en faveur du rétablissement de contacts officiels pleins et entiers » entre le Maroc et Israël.

Les deux pays n’ont pas encore ouvert d’ambassades respectives. La semaine dernière, Lapid a révélé que Bourita se rendrait cet été au sein de l’État juif pour y ouvrir une mission digne de ce nom. Jérusalem devrait ouvrir une ambassade à Rabat en parallèle.

Mardi, Shaked et Bourita ont aussi évoqué « le problème iranien », selon le bureau de la ministre de l’Intérieur.

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