Sheikh Jarrah: Netanyahu et Gantz chercheraient à reporter l’audience de la cour
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Sheikh Jarrah: Netanyahu et Gantz chercheraient à reporter l’audience de la cour

La Cour suprême devrait statuer sur l'appel sur les expulsions de ce quartier de quatre familles palestiniennes lundi alors que des émeutes violentes secouent la capitale

Des policiers israéliens aux prises avec des manifestants protestant contre l'expulsion possible de familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 8 mai 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
Des policiers israéliens aux prises avec des manifestants protestant contre l'expulsion possible de familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 8 mai 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Justice Benny Gantz cherchent à reporter une audience de la cour consacrée à l’expulsion en suspens de familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est – des expulsions qui ont attisé les violences récentes survenues dans la capitale, ont fait savoir les médias israéliens dans la journée de samedi.

Plus de 70 résidents palestiniens sont menacés d’expulsion et pourraient être remplacés par des nationalistes juifs de droite dans le cadre d’une bataille judiciaire actuellement livrée devant les tribunaux. L’affaire a été citée comme ayant été à l’origine des manifestations violentes qui secouent actuellement Jérusalem, et qui ont été marquées par les pires affrontements, vendredi, ayant eu lieu sur le mont du Temple depuis des années.

L’audience de la Cour suprême consacrée à l’appel lancé par les familles menacées d’expulsion doit avoir lieu lundi – ce sera également la Journée de Jérusalem, où des dizaines de milliers de nationalistes juifs devraient défiler dans la Vieille Ville pour marquer le 54e anniversaire de sa capture pendant la guerre des Six jours.

Gantz, qui est aussi ministre de la Défense, et Netanyahu ont évoqué la possibilité de tenter de reporter l’audience pour réduire les tensions, a fait savoir Kan. Ils ont demandé au procureur-général si une telle initiative était légalement envisageable.

La police affronte des manifestants s’insurgeant contre l’expulsion possible de familles palestiniennes dans le quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem-Est, le 7 mai 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le département d’État américain a exprimé son inquiétude concernant ces expulsions. Jalina Porter, porte-parole du département, a déclaré au cours d’un point-presse téléphonique que « nous sommes profondément préoccupés concernant l’expulsion potentielle de familles palestiniennes dans les quartiers de Silwan et de Sheikh Jarrah, dont un grand nombre occupe ces logements depuis des générations ».

Plus d’une demi-douzaines de Démocrates de la chambre ont également réagi, ces derniers jours, en condamnant la politique israélienne ainsi que la répression policière à l’encontre des mouvements de protestation dénonçant ces expulsions.

« Les États-Unis doivent s’exprimer avec force contre les violences commises par les extrémistes israéliens alliés du gouvernement à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, et ils doivent affirmer clairement que les expulsions des familles palestiniennes ne doivent pas aller de l’avant », a écrit dans un Tweet le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, faisant apparemment référence au député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir.

La sénatrice Elizabeth Warren, Démocrate du Massachusetts, a dénoncé les expulsions, les qualifiant « d’odieuses et inacceptables ».

« L’administration doit dire clairement au gouvernement israélien que ces expulsions sont illégales et qu’elles doivent être immédiatement stoppées », a-t-elle indiqué.

Alexandria Ocasio-Cortez, représentante Démocrate de New-York, a elle aussi vivement critiqué l’État juif pour ces expulsions « inhumaines », écrivant sur Twitter que « les forces israéliennes obligent les familles les familles à quitter leur foyer pendant le ramadan et elles infligent des violences ».

L’Égypte a aussi demandé à l’État juif de faire preuve de retenue sur la question des expulsions, selon Al-Arabiya.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a émis vendredi un communiqué accusant l’Autorité palestinienne de « présenter un conflit immobilier entre des parties privées comme une cause nationaliste pour inciter aux violences à Jérusalem », ajoutant que Ramallah assumerait la responsabilité de toutes les violences en découlant.

Une cour israélienne avait ordonné aux familles de partir dans la mesure où les biens immobiliers qu’elles occupent appartenaient à une organisation religieuse juive avant 1948. Une loi israélienne de 1970 permet aux Juifs de revendiquer la propriété de biens immobiliers à Jérusalem-Est qui appartenaient à des membres de la communauté avant qu’ils ne tombent entre les mains des Jordaniens. En revanche, aucun texte similaire n’existe pour les Palestiniens.

La police anti-émeutes après l’incendie d’un véhicule appartenant à une famille juive dans le quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem-Est, le 6 mai 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Selon Ir Amim, un groupe de défense des droits de l’Homme de gauche qui travaille sur Jérusalem, ce sont environ 200 familles de la partie orientale de la ville qui sont actuellement menacées d’expulsion, leurs dossiers n’avançant que lentement au travers des instances administratives et des tribunaux israéliens. Environ 70 de ces familles résident à Sheikh Jarrah.

Cela fait longtemps que le quartier est un point de tensions entre Juifs et Arabes. Une petite communauté juive y vivait avant 1948, année où Jérusalem-Est était tombée sous le contrôle de la Jordanie. Parce qu’il accueille le tombeau de Shimon Hatzadik, un prêtre vénéré du 3e siècle avant l’ère commune qui est également connu sous le nom de Siméon le Juste, le quartier est souvent visité par des pèlerins juifs.

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