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Shireen Abu Akleh: Washington se dit opposé à la saisine par Al Jazeera de la CPI

La Cour pénale internationale doit être "le tribunal de dernier recours pour punir et dissuader les crimes atroces", a précisé le porte-parole du département d'Etat à Washington

La Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, Pays-Bas, le 7 novembre 2019. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)
La Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, Pays-Bas, le 7 novembre 2019. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)

La chaîne de télévision qatarie Al Jazeera a annoncé mardi avoir soumis au procureur de la Cour pénale internationale (CPI) un dossier accusant l’armée israélienne d’avoir délibérément tué la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh en mai.

Israël et les Etats-Unis ont tous les deux exprimé mardi leur opposition à cette saisine.

Al Jazeera soutient que les éléments transmis à la CPI mettent en évidence « de nouvelles preuves et des images vidéo montrant clairement que Shireen Abu Akleh et ses collègues se sont fait tirer directement dessus par les forces d’occupation israéliennes » le 11 mai.

Ce jour-là, la journaliste vedette d’Al Jazeera avait été tuée d’une balle à la tête lors d’un raid de l’armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie.

Shireen Abu Akleh, journaliste pour le réseau Al Jazeera, se tient près d’une caméra de télévision avec la vieille ville de Jérusalem en arrière-plan. (Crédit: Al Jazeera Media Network via AP)

« Ma famille ne sait toujours pas qui a tiré la balle mortelle et qui était dans la chaîne de commandement qui a tué ma tante », a déclaré lors d’une conférence de presse à La Haye Lina Abu Akleh, nièce de la journaliste.

Après avoir reçu des plaintes d’individus ou de groupes d’individus, le procureur décide de façon indépendante des affaires qu’il compte soumettre aux juges de la Cour.

C’est à ces juges qu’il revient alors de décider si le procureur doit ou non ouvrir une enquête préliminaire, laquelle peut être suivie d’une enquête en bonne et due forme et, le cas échéant, d’une ou plusieurs inculpations.

La CPI, créée en 2002 pour juger les pires atrocités commises dans le monde, a ouvert en 2021 une enquête sur des crimes de guerre présumés dans les Territoires palestiniens. Mais Israël n’est pas membre de la CPI, et a déclaré qu’il ne coopérerait à aucune enquête externe sur la mort de la journaliste.

« Personne n’enquêtera sur les soldats de Tsahal (l’armée israélienne) et personne ne nous prêchera la morale dans la guerre, certainement pas Al Jazeera », a déclaré le Premier ministre israélien Yaïr Lapid dans un communiqué.

« Nous nous y opposons », a lui aussi affirmé à la presse le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price. « La Cour pénale internationale doit se concentrer sur sa mission principale », consistant selon lui à être « le tribunal de dernier recours pour punir et dissuader les crimes atroces », a précisé le porte-parole du département d’Etat à Washington.

Le porte-parole du département d’État, Ned Price, s’exprime lors d’une conférence de presse au département d’État, le jeudi 10 mars 2022, à Washington. (Crédit:AP Photo/Manuel Balce Ceneta,)

Le bureau du procureur de la CPI a pour sa part confirmé qu’il « a reçu la communication » d’Al Jazeera mais qu’il ne commente pas les soumissions individuelles.

« Dissimulation »

Le jour de sa mort, à 51 ans, la journaliste couvrait des affrontements armés déclenchés par une opération militaire israélienne dans le camp de Jénine, bastion des groupes terroristes armés palestiniens, où une unité spéciale tentait d’appréhender des suspects.

La journaliste, chrétienne, était équipée d’un gilet pare-balles avec la mention « presse » et d’un casque, et l’Autorité palestinienne et Al Jazeera ont immédiatement accusé l’armée israélienne de l’avoir tuée.

Les preuves montrent également selon la chaîne qu’il n’y avait pas eu de tirs dans la zone, sauf ceux des soldats israéliens. Les journalistes étaient « en pleine vue » et marchaient lentement le long d’une route déserte.

L’armée israélienne a reconnu pour la première fois en septembre qu’il y avait « une forte possibilité » pour que Shireen Abu Akleh ait été tuée par l’un de ses soldats, mais certainement pas de façon délibérée.

« L’affirmation des autorités israéliennes selon laquelle Shireen a été tuée par erreur dans un échange de tirs est totalement infondée », selon Al Jazeera, affirmant que les forces israéliennes ont « directement tiré » sur les journalistes.

Rodney Dixon, l’avocat mandaté par Al Jazeera, a estimé qu’il y avait une « tentative de dissimulation complète » des circonstances de la  mort de la journaliste de la part d’Israël.

La mort de la journaliste procède « d’une campagne systématique et à grande échelle » d’Israël contre Al Jazeera, a-t-il affirmé, faisant aussi référence à la destruction de l’immeuble qui abritait le bureau de la chaîne à Gaza lors d’un bombardement israélien en 2021.

« Il y a clairement une tentative de fermer Al Jazeera et de la réduire au silence », a-t-il ajouté.

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